Une ville détruite : Marioupol, symbole de la guerre en Ukraine
Mais au-delà des pierres effondrées, une question hante les esprits : qui va (et peut) reconstruire Marioupol ? Est-ce une responsabilité ukrainienne ? Russe ? Ou celle de la communauté internationale ? Rien n’est clair, tout est flou. Et sur le terrain, les choses avancent… mais pas forcément dans le bon sens.
Reconstruction sous occupation : qui fait quoi aujourd’hui ?
Des projets russes controversés
Depuis que la ville est passée sous contrôle russe, Moscou affirme lancer des "travaux de reconstruction". Officiellement, il s’agit de logements neufs, écoles modernisées, infrastructures restaurées. En réalité, plusieurs témoins locaux (dont un ex-prof de maths réfugié à Dnipro que j’ai croisé en 2023 dans un centre d’accueil) racontent que les travaux servent surtout à effacer les traces ukrainiennes.
Des immeubles flambant neufs surgissent là où des bâtiments historiques ukrainiens ont été détruits. Pas de pancartes en ukrainien, drapeaux russes partout. C’est une reconstruction… oui, mais très politique. Et franchement, très inquiétante.
Les entreprises impliquées
La majorité des travaux serait menée par des entreprises russes comme Stroygazmontazh (connue pour avoir construit le pont de Crimée) et MosInzhProekt. Il y a aussi des sous-traitants du Donbass. Mais attention : aucune société internationale sérieuse n’est officiellement impliquée, à cause des sanctions.
Un ancien ouvrier originaire de Marioupol (Renat, 42 ans) m’a confié avoir bossé sur un chantier "pour nourrir ses gamins", même si ça lui arrachait le cœur de le faire "sous le drapeau de l’envahisseur". Dur témoignage.
Quelle place pour l’Ukraine dans cette reconstruction ?
Le rêve d’un retour
Pour Kyiv, Marioupol est toujours ukrainienne. Des plans de reconstruction post-libération ont été annoncés dès 2022. Le gouvernement parle d’une “ville-phénix”, un projet soutenu par des architectes ukrainiens et des ONG de la diaspora.
Des maquettes circulent, des financements sont envisagés (par l’UE surtout), mais tout reste bloqué par l’évidence : tant que Marioupol est occupée, rien ne peut démarrer côté ukrainien. C’est frustrant. Et triste aussi.
Et les habitants, dans tout ça ?
Beaucoup ont fui. Mais d’autres sont restés, parfois par choix, souvent faute d’alternative. Ceux qui espèrent un retour de l’Ukraine vivent dans une ambiance lourde, surveillée. Certains rêvent de revoir leur maison reconstruite un jour… par Kyiv. D’autres, plus résignés, s’adaptent tant bien que mal aux nouvelles règles.
Les enjeux géopolitiques derrière les grues
Reconstruire Marioupol, c’est pas juste couler du béton. C’est une bataille symbolique. Pour la Russie, montrer des immeubles neufs, c’est prouver qu’elle "prend soin". Pour l’Ukraine, empêcher cette reconstruction est une forme de résistance culturelle.
Et puis il y a la Chine. Discrète, mais présente. Des rumeurs (non confirmées) parlent d’un intérêt chinois pour investir dans la zone portuaire – un moyen d’ancrer son influence dans la mer Noire ? Mystère...
Conclusion : qui va (vraiment) reconstruire Marioupol ?
Aujourd’hui, la reconstruction est en marche, mais dans un sens unique – celui imposé par Moscou. L’Ukraine, elle, attend son heure. Les habitants, eux, vivent entre deux mondes, entre deux vérités.
Alors qui va reconstruire Marioupol ? Peut-être tout dépend de qui la contrôlera demain. Parce que construire, ce n’est pas juste bâtir des murs : c’est décider de ce qu’on veut transmettre comme mémoire, comme identité.
Et pour l’instant, cette mémoire-là, elle est encore sous les gravats.

