Russophone en Ukraine : une réalité plus complexe qu'on croit
Parce que comme souvent, les chiffres ne disent pas tout. Et ce que j’ai découvert va peut-être te surprendre autant que moi.
Combien d’Ukrainiens sont russophones ?
Un chiffre officiel… qui date un peu
Selon le dernier recensement complet de 2001 (oui, t’as bien lu, 2001), environ 29,6 % des Ukrainiens déclaraient le russe comme leur “langue maternelle”. Mais attends, parce que ce chiffre-là, il faut le manipuler avec des pincettes.
Déjà, il est vieux de plus de 20 ans. Et depuis, entre l’annexion de la Crimée, la guerre du Donbass et l’invasion de 2022, les dynamiques linguistiques ont beaucoup (beaucoup !) changé.
Le russe parlé au quotidien : plus que la langue maternelle
Une étude plus récente de l’Institut international de sociologie de Kyiv (KIIS), en 2021, montrait que près de 50 % des Ukrainiens utilisaient encore le russe dans la vie de tous les jours (au travail, à la maison, entre amis…). Et là je t’avoue, ça m’a surpris. Parce qu’on pense souvent que l’ukrainien a totalement supplanté le russe. Mais dans la pratique, c’est plus nuancé.
Un collègue à moi, Dmytro (originaire de Dnipro), m’a même confié : “Chez moi, on parle russe depuis toujours. Mais aujourd’hui, j’essaie de parler plus ukrainien, surtout en public.”
Pourquoi autant de russophones en Ukraine ?
L’héritage soviétique toujours bien présent
L’URSS a largement favorisé le russe comme langue dominante dans toutes ses républiques. Et l’Ukraine n’a pas fait exception. Résultat : dans les villes de l’est et du sud (Kharkiv, Odessa, Marioupol, etc.), le russe est resté très ancré.
Je me souviens d’un voyage à Odessa en 2018 – tous les menus, toutes les affiches dans les magasins… tout était en russe. J’avais même demandé à un serveur s’il parlait ukrainien, et il m’avait répondu : “Un peu, mais je parle russe plus facilement.”
Le russe, une langue de culture… mais aussi de domination
Il faut aussi dire les choses clairement : pour certains Ukrainiens, parler russe reste douloureux. C’est perçu comme un symbole d’oppression passée. Depuis l’invasion de 2022, cette perception s’est accentuée. Beaucoup de gens qui parlaient russe chez eux ont consciemment choisi de passer à l’ukrainien. Par patriotisme, par besoin de se réapproprier leur identité.
La tendance actuelle : un recul du russe ?
Depuis 2022, un vrai tournant
Les enquêtes post-invasion (notamment en 2023) montrent une chute significative de l’usage du russe dans les espaces publics. Dans certaines régions, même les russophones de naissance ont basculé à l’ukrainien. Par choix, ou parfois par pression sociale.
Mais attention, ça ne veut pas dire que le russe a disparu. Beaucoup le gardent pour la sphère privée. C’est là que j’ai compris que “russophone” ne veut pas toujours dire “pro-russe”. Une erreur que j’avoue avoir faite, honnêtement.
L’ukrainien gagne du terrain, mais ça prend du temps
Le gouvernement pousse clairement à l’ukrainisation de l’espace public (TV, école, administration). Et ça fonctionne. Mais pour des millions de personnes, le russe reste plus naturel, plus spontané. Ce n’est pas qu’une question politique : c’est aussi émotionnel, culturel, familial.
En résumé : combien sont russophones ? Eh bien… ça dépend
Environ 30 % se disent russophones “de naissance”
Jusqu’à 50 % l’utilisent ou le comprenaient quotidiennement avant 2022
Depuis l’invasion, l’usage du russe est en déclin, surtout dans les villes de l’ouest et du centre
Mais l’est et le sud restent largement bilingues, voire majoritairement russophones dans certains foyers
Donc si tu me demandes aujourd’hui “quel est le pourcentage exact de russophones en Ukraine ?”... je te réponds : ça bouge. C’est flou. Et c’est justement ce qui rend le sujet aussi passionnant.
Et si un jour tu vas à Kyiv ou à Kharkiv, tends l’oreille. Tu verras qu’entre l’ukrainien officiel, le russe quotidien et tous les accents du milieu… l’identité linguistique ukrainienne, elle est tout sauf figée.

