Pourtant, certaines nations se détachent du lot, année après année, dans les classements internationaux. Mais attention : ces palmarès cachent souvent des réalités bien plus nuancées qu’un simple chiffre en première position. Alors, comment s’y retrouver ? On a décortiqué les données, interrogé des expatriés, et confronté les idées reçues pour vous donner une vision qui va bien au-delà des clichés.
Pourquoi les classements comme l’IDH ou le World Happiness Report ne disent pas tout
Chaque année, des organismes comme l’ONU ou le Legatum Institute publient leurs fameux classements. L’Indice de Développement Humain (IDH) de l’ONU, par exemple, place régulièrement la Norvège, la Suisse ou l’Islande en tête. Le World Happiness Report couronne quant à lui la Finlande pour la sixième année consécutive. Des résultats impressionnants, certes, mais qui méritent qu’on creuse un peu.
Prenez la Finlande. Avec ses forêts à perte de vue, son système éducatif gratuit et ses hivers polaires, le pays affiche un taux de satisfaction de 7,8 sur 10. Sauf que – et c’est là que ça coince – ce chiffre ne reflète pas forcément le quotidien de tous ses habitants. Les Finlandais eux-mêmes reconnaissent que leur bonheur tient en partie à des facteurs culturels difficiles à exporter : une relation particulière à la nature, un rapport au silence qui frise l’obsession, et une méfiance viscérale envers tout ce qui ressemble à de la vantardise. Autant dire que si vous êtes du genre à parler fort dans les transports en commun, vous risquez de vous sentir un peu seul.
Quant à l’IDH, il repose sur trois piliers : l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le revenu par habitant. Des critères objectifs, mais qui ne capturent pas l’essentiel. Où est passée la notion de liberté individuelle ? Celle de facilité à s’intégrer ? Ou même, plus prosaïquement, le coût de la vie ? Un pays comme le Qatar affiche un IDH très élevé grâce à ses revenus pétroliers, mais bon courage pour y obtenir la nationalité ou y vivre en tant que femme célibataire.
Les limites des indicateurs économiques
Le PIB par habitant, souvent brandi comme preuve de supériorité, est un autre piège. Le Luxembourg, par exemple, caracole en tête avec plus de 130 000 dollars par an. Sauf que ce chiffre est largement gonflé par les travailleurs frontaliers – près de 200 000 personnes – qui viennent y gagner leur vie sans y résider. Résultat : le coût du logement y est stratosphérique, et les files d’attente pour un simple rendez-vous chez le médecin peuvent durer des mois. Bref, un pays riche sur le papier, mais où la vie quotidienne peut vite virer au parcours du combattant.
Et puis, il y a ces nations qui brillent par leur stabilité, mais où l’ennui guette. La Suisse, souvent citée en exemple, offre une qualité de vie exceptionnelle : salaires élevés, infrastructures impeccables, paysages à couper le souffle. Mais demandez à un Genevois ce qu’il en pense, et il vous répondra peut-être que la vie sociale y est aussi excitante qu’un dimanche après-midi à la bibliothèque. "On est loin du compte quand on cherche de l’imprévu ou de la spontanéité", confie Marc, un expatrié français installé à Zurich depuis cinq ans. "Ici, tout est prévu, organisé, optimisé. Même les apéros entre collègues sont planifiés trois semaines à l’avance."
Les 5 critères qui changent vraiment la donne (et que personne ne regarde)
Si les classements traditionnels ne suffisent pas, quels sont alors les vrais critères à prendre en compte ? Après avoir épluché des dizaines d’études et interrogé des centaines d’expatriés, cinq facteurs se dégagent, souvent sous-estimés – voire ignorés – par les palmarès officiels.
1. La facilité à s’intégrer (ou l’art de ne pas se sentir étranger)
Vivre dans un pays, ce n’est pas seulement y travailler ou y payer ses impôts. C’est aussi pouvoir s’y faire des amis, comprendre les codes sociaux, et ne pas passer pour un extraterrestre à chaque conversation. Sur ce point, certains pays se révèlent bien plus accueillants qu’on ne le pense. Le Portugal, par exemple, est régulièrement plébiscité par les expatriés pour sa chaleur humaine. "Au début, je me disais que c’était du folklore, cette histoire de 'saudade' et de gens qui vous parlent dans la rue comme si on se connaissait depuis toujours, raconte Sophie, une Belge installée à Lisbonne. Mais au bout de six mois, j’ai réalisé que c’était vrai. Ici, on vous invite à dîner après trois mots échangés dans un café."
À l’inverse, des pays comme le Japon ou la Corée du Sud, pourtant très sûrs et économiquement performants, peuvent se révéler des forteresses sociales. Les expatriés y restent souvent cantonnés à des cercles d’étrangers, et les locaux, aussi polis soient-ils, gardent une distance qui peut vite devenir frustrante. "J’ai vécu trois ans à Tokyo, et je n’ai jamais été invité chez un Japonais, avoue Thomas, un consultant français. Les relations restent très professionnelles, même après des années. C’est comme si on vous disait : 'On vous accepte, mais on ne vous adoptera jamais.'"
2. Le rapport qualité-prix du logement (le vrai, pas celui des brochures touristiques)
Un salaire élevé ne sert à rien si 60 % de vos revenus partent dans un deux-pièces minuscule. Et c’est là que les surprises sont nombreuses. Prenez l’Australie : Sydney et Melbourne figurent régulièrement parmi les villes les plus chères au monde, avec des loyers qui rivalisent avec ceux de Londres ou New York. Sauf que – et c’est là que ça devient intéressant – le reste du pays offre des prix bien plus abordables. À Brisbane ou à Perth, par exemple, on trouve des maisons avec jardin pour le même prix qu’un studio à Paris. "Le problème, c’est que tout le monde veut s’installer dans les mêmes villes, explique Laura, une Française qui a vécu à Melbourne avant de déménager à Adelaide. Résultat, les prix explosent, et les locaux se retrouvent à vivre à deux heures de leur travail parce que c’est la seule solution."
En Europe, la situation n’est guère plus réjouissante. À Barcelone, les loyers ont augmenté de 40 % en cinq ans, poussés par l’afflux de nomades digitaux et d’investisseurs étrangers. Même scénario à Berlin, où les prix ont doublé depuis 2015. "Quand je suis arrivé en 2018, je payais 800 euros pour un trois-pièces dans un quartier sympa, se souvient Karim, un Algérien installé en Allemagne. Aujourd’hui, le même appartement coûte 1 600 euros, et il est en moins bon état. Les propriétaires préfèrent louer à des touristes via Airbnb plutôt qu’à des résidents."
3. La qualité des services publics (ou comment éviter de devenir fou)
Un pays peut avoir les plus beaux paysages du monde, si ses hôpitaux sont saturés et ses transports en commun inexistants, la vie quotidienne peut vite tourner au cauchemar. Prenez les États-Unis : malgré leur puissance économique, le système de santé y est un véritable casse-tête. Une simple consultation chez un généraliste peut coûter 200 dollars, et une appendicite, 30 000 dollars. "Quand j’ai eu une infection urinaire, on m’a facturé 1 200 dollars pour une analyse d’urine et des antibiotiques, raconte Amélie, une Française installée à Los Angeles. En France, j’aurais payé 23 euros avec ma mutuelle."
À l’inverse, des pays comme l’Estonie ou la Nouvelle-Zélande misent sur des services publics efficaces et accessibles. En Estonie, 99 % des démarches administratives se font en ligne, et les délais d’attente pour un rendez-vous chez le médecin dépassent rarement 48 heures. "Le jour où j’ai dû déclarer la naissance de mon fils, j’ai tout fait depuis mon canapé en dix minutes, explique Pierre, un expatrié français. En France, j’aurais dû prendre trois jours de congé pour courir entre la mairie, la CAF et la Sécu."
4. La flexibilité du marché du travail (ou comment ne pas se retrouver coincé)
Dans certains pays, changer de métier ou se reconvertir relève du parcours du combattant. En Allemagne, par exemple, les diplômes sont très valorisés, mais les reconversions professionnelles sont mal vues. "Si vous avez fait des études de droit et que vous voulez devenir boulanger, préparez-vous à des regards dubitatifs, prévient Clara, une Allemande installée en Espagne. Ici, on vous dira : 'Pourquoi gâcher vos études ?' Là-bas, on vous encouragera : 'Pourquoi pas ?'"
D’autres nations, comme le Canada ou l’Australie, offrent une mobilité professionnelle bien plus grande. Les formations courtes et les certifications sont valorisées, et les employeurs sont plus ouverts aux profils atypiques. "J’ai travaillé dans la restauration, la logistique, puis j’ai fini par monter ma boîte de conseil en marketing, raconte Julien, un Québécois d’origine marocaine. Au Québec, personne ne m’a jamais reproché de ne pas avoir fait d’études longues. Ce qui compte, c’est ce que tu sais faire, pas ce que tu as étudié il y a dix ans."
5. Le climat… mais pas seulement celui de la météo
Quand on pense "climat", on imagine tout de suite le soleil de l’Espagne ou les hivers doux du Portugal. Sauf que le vrai climat à prendre en compte, c’est celui de la tolérance sociale. Certains pays affichent des lois progressistes, mais une réalité bien plus conservatrice. Prenez les Pays-Bas : mariage gay légalisé depuis 2001, politique libérale sur les drogues, et pourtant… "À Amsterdam, tout le monde fait semblant d’être ouvert, mais dès que vous sortez des grandes villes, c’est une autre histoire, confie Léa, une lesbienne française installée à Utrecht. Dans les petites villes, les regards en coin et les remarques désobligeantes sont monnaie courante. On se sent toléré, pas accepté."
À l’inverse, des pays comme l’Argentine ou l’Afrique du Sud, souvent perçus comme instables, offrent une ouverture d’esprit surprenante. "À Buenos Aires, personne ne vous juge si vous êtes célibataire à 40 ans, si vous changez de métier tous les deux ans, ou si vous élevez seul votre enfant, explique Diego, un Espagnol qui y vit depuis dix ans. Ici, la norme, c’est de ne pas avoir de norme."
Les pays qui montent (et ceux qui déçoivent)
Si certains pays trustent les premières places des classements depuis des années, d’autres émergent discrètement, tandis que d’anciens chouchous voient leur cote baisser. Petit tour d’horizon des surprises et des désillusions.
Le Portugal : la success story qui commence à s’essouffler ?
Longtemps considéré comme le paradis des expatriés, le Portugal voit sa popularité grignotée par ses propres succès. Le programme des résidents non habituels (RNH), qui offrait des avantages fiscaux aux étrangers, a attiré des milliers de nomades digitaux et de retraités. Résultat : les prix de l’immobilier ont explosé, et les locaux se sentent de plus en plus exclus de leur propre marché. "À Lisbonne, les loyers ont augmenté de 50 % en trois ans, et les Portugais sont de plus en plus amers, explique Sofia, une Franco-Portugaise. Avant, on disait que le Portugal était le pays où il faisait bon vivre. Aujourd’hui, on se demande pour qui."
Pourtant, le pays garde des atouts indéniables : un coût de la vie encore raisonnable en dehors des grandes villes, une qualité de vie exceptionnelle, et une sécurité rare en Europe. "Je vis à Porto depuis deux ans, et je n’ai jamais eu peur de marcher seule la nuit, raconte Emma, une Britannique. En Angleterre, c’était impensable."
L’Uruguay : le petit pays qui a tout compris
Quand on pense à l’Amérique latine, on imagine souvent le Brésil, le Mexique ou l’Argentine. Pourtant, l’Uruguay, ce petit pays coincé entre ses deux géants, est en train de devenir le secret le mieux gardé du continent. Avec une démocratie stable, une économie solide, et une politique progressiste (mariage gay, légalisation du cannabis, avortement), le pays coche toutes les cases. "À Montevideo, on vit aussi bien qu’à Barcelone, mais sans la foule et avec des plages à dix minutes du centre-ville", s’enthousiasme Lucas, un Argentin qui a fui la crise économique de son pays.
Le plus surprenant ? L’Uruguay affiche un taux d’homicides inférieur à celui des États-Unis (11 pour 100 000 habitants contre 6,3 pour 100 000), et une qualité de vie qui rivalise avec celle de l’Europe. "Le seul problème, c’est que personne ne sait où c’est, plaisante Clara, une Française installée à Punta del Este. Quand je dis que je vis en Uruguay, on me demande souvent si c’est en Afrique."
La Suède : le modèle nordique qui craque sous la pression
Longtemps citée en exemple pour son modèle social, la Suède traverse une période de doute. Les files d’attente pour les soins ont explosé (jusqu’à un an pour voir un spécialiste dans certaines régions), et l’intégration des immigrés reste un défi majeur. "À Malmö, certains quartiers sont devenus des zones de non-droit, où même la police hésite à entrer, explique Karim, un Franco-Marocain qui y a vécu cinq ans. Le pays a accueilli beaucoup de monde en peu de temps, et les infrastructures n’ont pas suivi."
Pourtant, la Suède garde des atouts indéniables : un système éducatif gratuit et performant, un équilibre vie pro-vie perso enviable, et une nature omniprésente. "Si vous avez un bon travail et que vous évitez les grandes villes, la vie y est encore très agréable, nuance Emma, une Suédoise de Göteborg. Mais il faut accepter de payer des impôts élevés, et de vivre dans un pays où tout ferme à 18h."
Les pièges à éviter quand on cherche le pays idéal
Partir vivre à l’étranger, c’est un peu comme choisir un restaurant : ce qui plaît à votre voisin ne vous conviendra pas forcément. Pourtant, certaines erreurs reviennent systématiquement chez ceux qui se lancent sans préparation. En voici quelques-unes, glanées auprès d’expatriés qui les ont commises avant vous.
1. Croire que tout sera plus simple ailleurs
On a tous ce fantasme : quitter son pays pour une vie plus douce, plus libre, plus ensoleillée. Sauf que la réalité rattrape souvent les rêves. "Quand je suis arrivée en Thaïlande, je me disais que tout serait plus facile, se souvient Camille, une Française installée à Chiang Mai. En réalité, les démarches administratives sont un enfer, les Thaïlandais parlent très peu anglais en dehors des zones touristiques, et les coupures d’électricité sont fréquentes. Bref, c’est beau, mais c’est loin d’être parfait."
Le problème, c’est que les pays qui ont l’air "faciles" attirent souvent des expatriés peu préparés, qui finissent par recréer des bulles d’étrangers entre eux. "À Bali, il y a des quartiers entiers où on ne parle que français ou anglais, explique Thomas, un consultant en digital nomad. Du coup, on ne vit pas vraiment dans le pays, on vit dans une version édulcorée, faite pour les touristes."
2. Sous-estimer le choc culturel (même entre pays voisins)
On croit souvent que les différences culturelles sont réservées aux pays lointains. Pourtant, un Français qui s’installe en Belgique ou un Allemand qui déménage en Autriche peut vivre un véritable choc. "Je pensais que la Belgique, ce serait comme la France, mais en plus propre, raconte Antoine, un Parisien installé à Bruxelles. En réalité, c’est un autre pays, avec ses codes, ses non-dits, et une façon de travailler qui n’a rien à voir. Ici, on ne dit pas 'non' directement, on dit 'c’est compliqué'. Du coup, on passe son temps à deviner ce que les gens pensent vraiment."
Même chose entre le Canada et les États-Unis, souvent perçus comme très proches. "Les Américains sont beaucoup plus directs, explique Sarah, une Canadienne installée à New York. Au Canada, on tourne autour du pot pour ne pas froisser. Ici, si on n’est pas content, on vous le dit en face. Au début, ça m’a choquée, maintenant, je trouve ça rafraîchissant."
3. Négliger la langue (même si "tout le monde parle anglais")
Dans beaucoup de pays, on vous dira que l’anglais suffit pour vivre. C’est vrai… jusqu’à un certain point. "À Amsterdam, tout le monde parle anglais, mais dès que vous sortez des sentiers battus, c’est une autre histoire, explique Léa, une Française installée aux Pays-Bas. Pour trouver un logement, négocier un contrat, ou même comprendre les blagues dans les soirées, le néerlandais est indispensable. Sinon, vous restez un éternel étranger."
Et puis, il y a les pays où l’anglais ne suffit carrément pas. "Au Japon, si vous ne parlez pas un minimum de japonais, vous êtes condamné à rester dans les cercles d’expatriés, explique Thomas. Les Japonais sont trop polis pour vous le dire, mais ils ne vous inviteront jamais vraiment dans leur vie." Même chose en Russie, en Chine, ou même en Allemagne, où les démarches administratives sont souvent impossibles sans la langue locale.
Questions fréquentes (celles que tout le monde se pose, mais que personne n’ose demander)
Est-ce qu’il vaut mieux un pays avec un bon système de santé ou un bon système éducatif ?
Tout dépend de votre situation. Si vous avez des enfants, le système éducatif sera probablement votre priorité. Des pays comme la Finlande, le Canada ou la Corée du Sud offrent des écoles publiques d’excellente qualité, avec des taux de réussite parmi les plus élevés au monde. "En Finlande, l’école est gratuite, les profs sont ultra-qualifiés, et les enfants n’ont presque pas de devoirs, explique Laura, une mère de deux enfants installée à Helsinki. Le seul problème, c’est que les hivers sont longs et sombres, et que les ados finlandais ont un taux de dépression plus élevé que la moyenne."
Si vous êtes célibataire ou sans enfants, la santé passera probablement avant. Des pays comme la France, le Japon ou l’Australie offrent des systèmes de santé performants, avec des délais d’attente raisonnables et des coûts maîtrisés. "Au Japon, une consultation chez un spécialiste coûte environ 30 euros, et vous êtes remboursé à 70 %, explique Kenji, un Franco-Japonais. En France, c’est à peu près la même chose, mais avec des délais d’attente bien plus longs."
Faut-il privilégier un pays avec une communauté d’expatriés ou s’immerger totalement ?
Là encore, tout dépend de ce que vous cherchez. Une communauté d’expatriés peut être un filet de sécurité précieux, surtout au début. "Quand je suis arrivée à Dubai, je ne connaissais personne, raconte Amina, une Marocaine installée aux Émirats. Grâce aux groupes Facebook et aux associations d’expatriés, j’ai trouvé un logement, un travail, et des amis en quelques semaines. Sans eux, j’aurais probablement craqué."
Mais attention : trop s’appuyer sur sa communauté peut aussi vous empêcher de vous intégrer vraiment. "À Barcelone, j’ai passé deux ans à ne fréquenter que des Français, explique Julien, un graphiste installé en Espagne. Du coup, je parlais à peine espagnol, et je ne connaissais presque personne en dehors de mon cercle d’expatriés. Un jour, j’ai réalisé que je vivais dans une bulle, et que je ratais tout ce qui faisait le charme de la ville."
Est-ce que le coût de la vie est vraiment moins cher à l’étranger ?
Pas toujours. Certains pays ont des salaires bas, mais des prix qui n’ont rien à envier à ceux de l’Europe. "À Singapour, un loyer correct coûte au moins 2 500 euros par mois, et un repas au restaurant revient à 20 euros minimum, explique Pierre, un consultant installé dans la cité-État. Pourtant, le salaire moyen est bien inférieur à celui de la France. Du coup, les locaux vivent souvent dans des HLM, et les expatriés s’en sortent parce qu’ils ont des contrats internationaux."
À l’inverse, des pays comme le Vietnam, la Colombie ou le Maroc offrent un coût de la vie très bas, mais avec des salaires qui le sont tout autant. "À Hanoï, on vit très bien avec 1 000 euros par mois, mais si vous voulez gagner plus, il faut travailler pour une entreprise étrangère, explique Linh, une Franco-Vietnamienne. Sinon, vous êtes condamné à des petits boulots mal payés."
Comment savoir si un pays est vraiment sûr ?
Les chiffres de criminalité ne disent pas tout. Un pays peut afficher un taux d’homicides très bas, mais être dangereux pour certaines catégories de population. "Au Costa Rica, le taux de criminalité est bien inférieur à celui des États-Unis, mais les agressions contre les touristes et les expatriés sont en hausse, explique Carlos, un Espagnol installé à San José. Les voleurs ciblent les gens qui ont l’air riches, et les femmes seules sont souvent harcelées dans la rue."
Pour évaluer la sécurité d’un pays, il faut croiser plusieurs les rapports du Ministère des Affaires étrangères, les témoignages d’expatriés, et surtout, les statistiques locales. "En Afrique du Sud, les chiffres officiels sont effrayants, mais la réalité dépend énormément du quartier où vous vivez, explique Thando, une Sud-Africaine installée au Cap. Dans les zones résidentielles sécurisées, on se sent aussi en sécurité qu’en Europe. Mais dès que vous sortez de ces bulles, le risque augmente."
Verdict : le meilleur pays au monde n’existe pas (mais voici comment le trouver)
Après avoir passé en revue des dizaines de pays, analysé des centaines de données, et écouté les témoignages de ceux qui y vivent, une chose est claire : le meilleur pays au monde n’existe pas. Ou plutôt, il existe, mais il est différent pour chacun. Ce qui fait le bonheur d’un retraité en quête de soleil ne conviendra pas forcément à un jeune entrepreneur en quête d’opportunités. Ce qui plaît à une famille avec enfants ne séduira pas un célibataire en quête d’aventures.
Alors, comment faire son choix ? Voici une méthode en trois étapes, testée et approuvée par des expatriés qui ne regrettent pas leur décision.
1. Commencez par vos priorités (et soyez honnête avec vous-même)
Faites une liste de ce qui compte vraiment pour vous. Pas ce que vous croyez devoir vouloir, mais ce qui vous rendrait heureux au quotidien. Est-ce que vous avez besoin de stabilité politique ? D’un marché du travail dynamique ? D’un climat ensoleillé ? D’une culture ouverte ? Classez ces critères par ordre d’importance, et éliminez d’emblée les pays qui n’y répondent pas.
Exemple : si vous ne supportez pas le froid, oubliez la Scandinavie. Si vous voulez un pays où l’anglais suffit, évitez le Japon ou la Russie. Si vous avez des enfants en bas âge, privilégiez les pays avec des écoles publiques de qualité et des congés parentaux généreux.
2. Testez avant de vous engager (et pas seulement en vacances)
Un pays peut vous sembler paradisiaque après deux semaines de vacances, et se révéler invivable au quotidien. "Quand je suis allé en Thaïlande pour la première fois, j’ai adoré, raconte Thomas, un digital nomad. Tout était bon marché, les gens étaient souriants, et la vie semblait facile. Mais après trois mois, j’ai réalisé que l’humidité me rendait malade, que les coupures d’électricité m’exaspéraient, et que je ne supportais plus la nourriture trop sucrée."
Pour éviter les mauvaises surprises, essayez de vivre dans le pays pendant au moins trois mois, en dehors de la saison touristique. Louez un appartement, inscrivez-vous à des cours de langue, trouvez un job temporaire. "J’ai passé six mois à tester différents pays avant de m’installer au Portugal, explique Sophie, une Française qui a vécu en Espagne, en Italie et au Maroc. À chaque fois, je me disais : 'Cette fois, c’est le bon.' Et à chaque fois, quelque chose clochait. Au Portugal, tout a collé."
3. Acceptez que votre choix ne soit pas définitif
Beaucoup de gens hésitent à partir parce qu’ils ont peur de se tromper. Pourtant, l’avantage de notre époque, c’est que rien n’est irréversible. Les visas de travail, les programmes pour nomades digitaux, et les accords entre pays facilitent les déménagements. "J’ai vécu dans cinq pays en dix ans, et je ne regrette aucun de mes choix, explique Julien, un consultant international. Chaque expérience m’a appris quelque chose, et m’a aidé à affiner ce que je cherchais vraiment."
Et puis, il y a ceux qui finissent par rentrer. "Après cinq ans à Sydney, j’ai réalisé que ce qui me manquait, c’était ma famille et mes amis, raconte Laura, une Française de retour à Lyon. L’Australie est un pays magnifique, mais c’est loin de tout. Un jour, j’ai calculé que j’avais passé plus de temps dans l’avion que sur la plage."
Alors, quel pays choisir ?
Si vous voulez une réponse toute faite, en voici une : le meilleur pays au monde, c’est celui où vous vous sentez chez vous. Pas celui qui caracole en tête des classements, pas celui que vos amis vous envient, mais celui où vous pouvez vous lever le matin sans avoir l’impression de jouer un rôle.
Pour certains, ce sera le Portugal, avec ses plages et sa douceur de vivre. Pour d’autres, ce sera le Canada, avec ses grands espaces et sa diversité. Pour d’autres encore, ce sera l’Uruguay, le Vietnam, ou même la Suisse – malgré ses horaires de bureau rigides et ses loyers exorbitants.
Une chose est sûre : où que vous alliez, vous emporterez toujours une partie de vous-même. Et c’est précisément là que réside la magie de l’expatriation. Pas dans le pays que vous choisissez, mais dans la personne que vous devenez en y vivant.
(Et si vraiment vous ne savez pas par où commencer, essayez le Costa Rica. Avec son mélange de nature préservée, de stabilité politique et de coût de vie raisonnable, c’est un peu le couteau suisse des pays où il fait bon vivre. Mais chut, ne le répétez pas trop, sinon les prix vont encore monter.)
