Quand "grande" veut dire "énorme en morts"
Alors déjà, si on parle de carnage pur et simple, difficile de passer à côté de la Seconde Guerre mondiale. On parle de quoi ? Entre 70 et 85 millions de morts. Soit près de 4 % de la population mondiale à l’époque. C’est… hallucinant. Franchement, quand j’ai entendu ce chiffre pour la première fois, j’ai pas vraiment réalisé. C’est comme un truc trop gros pour rentrer dans la tête. J’étais en terminale, avec Madame Dubois, notre prof d’histoire. Elle a juste dit : "Imaginez toute la population de la France d’aujourd’hui, et vous la multipliez par deux. Et bien, c’est environ ça qui a disparu." Silence dans la classe. Moi, j’ai repensé à ma tante Édith, qui avait survécu à la guerre. Elle parlait jamais vraiment, mais un jour, elle a dit : "On enterrait les gens comme on balayait la cour." Glacial.
Et c’est pas juste les soldats. Civils, déportés, bombardements, camps, famines provoquées… La guerre a touché tout le monde, partout. L’Europe, l’Asie, l’Afrique, le Pacifique. Même les îles les plus perdues ont vu des combats. Hiroshima, Nagasaki… la bombe atomique, première et seule utilisation au combat. C’est là qu’on sent que quelque chose a changé. Pour de bon.
Mais la Première Guerre mondiale, elle compte pas ?
Attends, attends. Parce que bon, la Grande Guerre, comme on l’appelait avant, elle a duré "seulement" quatre ans, mais putain, quel enfer. Des tranchées, du gaz, des millions d’hommes broyés dans la boue. J’ai visité le mémorial de Verdun avec mes parents, j’avais 16 ans. On marchait dans ces paysages lunaires, avec des noms de lieux qui sonnent comme des cauchemars : le Mamelon vert, la Voie sacrée, Douaumont. Et là, tu lis les chiffres : 300 000 morts rien que pendant la bataille de Verdun. Et tu te dis : mais comment ? Comment on en est arrivés là ?
Le truc, c’est que la Première Guerre a été une rupture. Avant, les guerres, c’était des rois qui se disputaient des territoires. Après, c’était des nations entières qui s’affrontaient, avec des usines qui tournaient à fond, des médias qui propageaient la haine, des jeunes envoyés au front avec des drapeaux et des chants… et qui se faisaient faucher par des mitrailleuses. C’était la première guerre totale, en fait. Et elle a duré longtemps, mais surtout, elle a tout déclenché. Parce que bon, sans elle, pas de Seconde Guerre mondiale. Hitler, c’est en grande partie une conséquence du traité de Versailles, non ?
Et les autres ? Elles sont où, les autres guerres ?
Alors évidemment, on pourrait parler de plein d’autres conflits. La guerre de Cent Ans, les guerres napoléoniennes, les guerres mondiales asiatiques, les guerres civiles… Mais à l’échelle planétaire, y a vraiment que les deux Guerres mondiales qui tiennent la route niveau impact global. Après, tu peux dire : "Mais la guerre en Syrie ? L’Ukraine ? Le Yémen ?". Et tu aurais pas tort. Ce sont des drames humains terribles. Mais en termes de nombre de pays impliqués, de mobilisation industrielle, de conséquences géopolitiques… c’est pas le même niveau.
Enfin, bon. Il y a quand même un truc qui me turlupine. C’est la guerre civile chinoise, entre 1927 et 1949. Ouais, celle-là, elle a fait des dizaines de millions de morts, entre famine, combats, répression. Mais elle est moins connue en France. Pourquoi ? Parce qu’on a un regard centré sur l’Europe ? Probablement. Du coup, on oublie que la guerre, elle se passe aussi ailleurs. Et parfois, elle fait plus de morts, mais on en parle moins.
Et la guerre froide, alors ?
Ah, la guerre froide. Techniquement, c’était pas une guerre. Pas de batailles directes entre les États-Unis et l’URSS. Mais bon, ils se sont battus à travers d’autres pays : Corée, Vietnam, Afghanistan, Amérique latine… Des centaines de milliers, voire des millions de morts. Et surtout, cette espèce de peur permanente, cette angoisse nucléaire. Moi, j’suis né dans les années 80, mais mes parents me racontaient qu’ils faisaient des exercices à l’école : "Planquez-vous sous les tables, une bombe pourrait tomber." Quoi ? Sous les tables ?! C’est absurde, mais en même temps, c’est ce qu’ils croyaient pouvoir faire. Cette guerre-là, elle a duré des décennies, et elle a façonné le monde. Alors est-ce que c’est une "grande guerre" ? Pas au sens classique. Mais en impact ? En tension ? En peur ? Ouais, peut-être bien.
Et toi, tu penses quoi ?
En vrai, je me suis posé la question longtemps. C’est quoi, la "plus grande" ? Faut-il choisir ? Parce que moi, je crois que c’est la Seconde Guerre mondiale, pour les raisons qu’on a dites. Mais en même temps, chaque guerre, elle a son horreur propre. Chaque victime, c’est une vie. Un prénom. Une histoire. Comme ce vieux monsieur que j’ai croisé à Bayeux, il y a quelques années. Il parlait pas bien français, mais il a sorti une photo jaunie : lui, tout jeune, avec des copains soldats. "Nous étions douze. Sept sont morts le 6 juin." Il a pleuré. Et moi, je suis resté là, con, sans savoir quoi dire.
Alors oui, on peut dire que la Seconde Guerre mondiale est la plus grande. Par l’échelle. Par la barbarie. Par la transformation du monde. Mais en même temps… chaque guerre laissée dans l’ombre, elle mérite qu’on s’y arrête aussi. Parce que "grande", c’est pas que les chiffres. C’est aussi la mémoire. Et la mémoire, elle se construit avec les récits, les témoignages, les silences aussi.
Enfin bref. Si tu me demandes : "Quelle est la plus grande guerre du monde ?", je te dirai : c’est celle qu’on n’oublie pas. Celle qu’on devrait surtout ne jamais recommencer. Même si, tu vois, j’ai un peu peur qu’on commence déjà à oublier.
