Un calendrier qui tourne autrement
Le truc, c’est qu’on ne parle pas du même calendrier. On, nous, on est sur le grégorien — janvier, février, blabla. Mais les Juifs, ils suivent un calendrier luni-solaire. Oui, oui, à la fois lune et soleil. Donc les dates décalent chaque année par rapport au nôtre. C’est pour ça que Pessah peut tomber en mars un an, et en avril l’année d’après. Du coup, pas évident de s’y retrouver si on n’y pense qu’une fois par an.
Et puis, il y a un autre truc : les fêtes changent selon les communautés. Un Juif séfarade à Marseille, un ashkénaze à New York, ou un éthiopien à Jérusalem — ils peuvent pas toujours fêter la même chose le même jour. Par exemple, Rosh Hashana, c’est 2 jours pour certains, 1 pour d’autres. Enfin, bon, déjà c’est pas facile, alors quand en plus tout le monde fait un peu comme il veut…
Aujourd’hui, c’est quoi ?
Alors, aujourd’hui — je dis bien aujourd’hui — faut regarder le jour exact. Si t’es en train de lire cet article en octobre, y a de fortes chances que ce soit Souccot, ou Chémini Atzéret, ou même Sim’hat Torah. C’est la période des fêtes d’automne, en gros.
Par exemple, l’année dernière, j’étais chez mon pote David à Lyon. C’était début octobre. Il m’avait invité pour dîner, et y avait une cabane dans son jardin. Une vraie petite cabane avec des branchages au-dessus. J’ai cru qu’il construisait un abri pour son chien, mais non — c’était la yourt, enfin la yourte juive, quoi : la Soucca ! Il mangeait dedans pendant 7 jours. Il m’a expliqué que c’était pour rappeler le passage dans le désert. J’ai trouvé ça poétique, un peu fou, mais poétique.
Et si c’est pas Souccot ?
Attends, peut-être que t’es en pleine période de jeûne. Parce que bon, les fêtes, c’est pas que des repas, des rires, des danses. Y a aussi Yom Kippour — le plus grand jeûne de l’année. Là, sérieusement, même les restaurants casher sont fermés. Même les gamins de 5 ans font la diète. J’te jure. J’étais à Jérusalem un 10 Tishri, la ville était vide. Plus de voitures. Silence total. Un peu flippant, mais… intense. Beau, aussi, dans un sens.
Enfin bref, si t’entends personne manger autour de toi, que tout le monde a l’air grave, c’est peut-être Yom Kippour. Après, si c’est bruyant, que les gens dansent dans la rue avec des rouleaux de Torah, là c’est Sim’hat Torah. Et ça, c’est joyeux. Très joyeux. J’étais à Tel-Aviv pendant ça — c’était le délire. Des mecs qui tournent en rond, chantent, pleurent, rient, boivent. Un truc de ouf.
Et Pessah dans tout ça ?
Bon, je sais, tu penses à Pessah. Le seder, les enfants qui posent les 4 questions, le matzah, le vin… Mais Pessah, c’est au printemps. Genre mars-avril. Donc si on est en plein hiver ou en été, t’as aucune chance que ce soit Pessah. Sauf si t’es en Australie et que t’as tout inversé — mais bon, on va pas se compliquer.
D’ailleurs, j’ai un souvenir marrant : une année, j’avais invité un ami juif à dîner pendant Pessah. Je lui ai servi du pain. Il a fait une tête… ah là là. Il m’a dit gentiment : « Euh… tu sais que je peux pas manger ça pendant 8 jours ? » J’étais rouge. Mort de honte. Depuis, je vérifie toujours les dates. Même si je suis pas croyant, j’aime pas froisser les traditions.
Et Hanouka ?
Hanouka, tout le monde connaît. Les bougies, les latkes, les cadeaux… Mais non, Hanouka c’est en décembre. Souvent proche de Noël, donc on confond. Mais c’est pas « la fête juive de Noël », comme certains disent — c’est une autre histoire. La victoire des Maccabées, l’huile qui dure 8 jours… Enfin, tu connais.
Par contre, si t’entends parler de drahj, de gelt, ou que tu vois des familles allumer une ménorah, là oui — c’est Hanouka. Mais si on est en juin ? Bah non. Pas de bougies. Désolé.
Comment savoir exactement ?
Franchement, le plus simple, c’est de regarder un calendrier juif. Y en a plein en ligne. Même Google, si tu tapes « fête juive aujourd’hui », il te dit. Parfois avec l’heure, même. Pratique.
Y a aussi des applis. J’en ai une qui s’appelle HebCal — elle me prévient tous les matins : « Aujourd’hui, c’est Chabbat. » Ou : « Attention, c’est le 9 Av. » Je trouve ça cool. Même si, bon, je m’en fiche un peu, mais ça me donne un repère, tu vois ?
Et si t’es juste curieux ?
Alors, toi qui lis ça, tu te demandes peut-être : « Mais pourquoi je devrais savoir quelle fête juive on fête aujourd’hui ? » Bonne question. Peut-être que t’as un collègue juif, ou un voisin, ou un pote. Peut-être que tu veux pas dire une bêtise. Ou alors, t’es juste curieux. Et c’est bien. Parce que ces fêtes, elles racontent des histoires. Des histoires de liberté, de mémoire, de survie, de joie. Même si t’y crois pas, tu peux les respecter. Tu peux juste dire : « Ah, t’es en jeûne ? T’as besoin de quelque chose ? » Et ça, ça fait du bien.
Comme l’année où Chloé, à la boîte, m’a dit : « On est Yom Kippour, je serai pas dispo cet après-midi. » Et moi, au lieu de râler, je lui ai répondu : « Pas de souci. Repose-toi. » Elle m’a souri. Et plus tard, elle m’a invité au seder. Parce que, du coup, elle savait que j’essayais de comprendre.
En résumé, quoi ?
Alors, quelle fête juive on fête aujourd’hui ? Ça dépend du jour. Mais si tu veux vraiment savoir, regarde le calendrier. Demande. Montre de l’intérêt. Parce que souvent, derrière une date, y a une histoire. Et derrière une histoire, y a un humain.
Et puis, franchement, on s’en fout un peu du nom exact. Ce qui compte, c’est de savoir que quelqu’un, quelque part, vit un moment fort. Et ça, c’est déjà pas mal.
