Un truc de fou, ce diplôme
Le vrai truc ? C’est pas le titre, c’est la tête
On croit que le but, c’est d’avoir "Dr." devant son nom. Le petit rêve : signer ses mails "Dr. Martin" comme dans les séries médicales. Mais non. En vrai, ce qui change, c’est ta manière de penser. Du jour où tu commences à bosser sur un sujet pendant trois, quatre ans, tu apprends à creuser. Vraiment creuser. Tu deviens un chien de fouille. Tu poses des questions que personne n’a posées, tu critiques tout, même ce que tu croyais vrai hier. C’est fatigant, hein. Mais tu deviens hyper affûté.
Prends n’importe quel problème après ça — même dans la vie perso — et tu le décortiques comme un expert. Tu cherches les biais, les causes profondes, les alternatives. C’est marrant, ma copine me dit souvent : "Mais arrête de tout analyser !" Bah ouais, c’est devenu un réflexe. Le doctorat, c’est une usine à esprit critique.
Et pour le boulot ? Bah ça dépend…
Allez, on va pas mentir. Si tu veux faire carrière dans l’académique, c’est presque obligatoire. Mais même là, c’est la galère. Post-doc, ATER, concours ultra-serrés… Tu peux finir à 38 ans en CDD à l’université. Pas sexy. Mais — gros mais — dans d’autres secteurs, les recruteurs commencent à piger la valeur d’un docteur.
J’ai un pote, Julien, qui a fait une thèse en biologie moléculaire à Lyon. Il a pas voulu rester dans la recherche. Du coup, il est parti dans le conseil en innovation santé. Et là, bingo. Les boîtes l’ont adoré. Pas parce qu’il savait tout sur les protéines, mais parce qu’il savait gérer un projet complexe seul, sur le long terme, avec zéro supervision. C’est ça qu’ils achètent : l’autonomie, la persévérance, la rigueur.
Un CV qui sort du lot ?
Bon, évidemment, sur un CV, "Doctorat" ça fait son petit effet. Surtout si tu postules dans un milieu technique, public ou international. Mais faut savoir le vendre. Parce que certains RH, ils flipperont : "Il va s’ennuyer, il va trop réfléchir, il va partir en recherche". Alors oui, tu dois traduire. Expliquer que t’as bossé sur des projets de 4 ans, que t’as publié, présenté à l’étranger, encadré des étudiants, géré un budget (même modeste). En vrai, c’est du leadership.
Mais c’est pas que professionnel, hein
Y’a un truc que personne te dit : c’est une aventure humaine. Moi, pendant ma thèse, j’ai passé trois mois à Montréal, dans un labo super sympa. J’ai rencontré des gens incroyables. J’ai même appris à aimer le pâté chinois (bon, presque). Et puis, tu te fais un réseau. Pas celui des costards-cravates, non. Celui des passionnés. Des gens qui passent leurs soirées à discuter de sujets ultra pointus avec les yeux qui brillent. C’est rare, ça. Et précieux.
Et puis, il y a la fierté. Ouais, la fierté. Quand tu défends ta thèse, quand tu entends "le jury vous accorde le grade de docteur", tu pleures. Même si t’as juré que tu pleurerais pas. Moi, j’ai pleuré. Ma mère aussi. Même le directeur de thèse, il a eu une larme, je l’ai vu. C’est con, mais c’est énorme.
Et les inconvénients ? Bien sûr qu’il y en a
Je vais pas te vendre du rêve. C’est long. Parfois mal payé. Tu peux te sentir isolé, seul avec ton sujet qui passionne… personne sauf toi. Tu doutes. Tu te demandes si tout ça a un sens. Moi, j’ai eu une déprime en deuxième année. J’ai tout remis en question. J’ai même rendu mon badge pendant une semaine. "Je quitte tout, je pars bosser dans un bar à Lisbonne". Sauf que non. Je suis revenu. Parce que j’y croyais, au fond. Mais c’est dur. Vraiment.
Alors, faut-il faire un doctorat ?
Je te dirais pas "oui" ou "non". C’est pas un master, un truc qu’on fait parce que "c’est bien sur le CV". Faut vraiment kiffer ton sujet. Être prêt à y passer du temps, du cœur, des nuits. Parce que si t’es là juste pour le titre, tu vas souffrir.
Mais si t’aimes apprendre, si tu veux aller au fond des choses, si tu rêves de contribuer à un savoir, même minuscule… alors ouais, un doctorat, ça peut tout changer. Pas parce que t’auras un diplôme, mais parce que tu seras devenu quelqu’un d’autre. Plus curieux, plus résistant, plus capable.
Et puis, au pire, si après tu veux ouvrir un food truck ou partir faire le tour du monde en vélo ? Bah tu auras au moins appris à tenir un cap. Et ça, personne te l’enlèvera.
Vous savez quoi ? J’aurais jamais cru dire ça il y a dix ans, mais… je referais pareil. Enfin bon, peut-être avec un peu moins de cafés froids dans mon bureau à 23h. Mais ouais. Je referais.
