On en est où, déjà ?
Allez, on fait le point sans se mentir. En 2024, en France, une femme gagne encore en moyenne 18 % de moins qu’un homme à poste équivalent. Et si on regarde les postes de direction ? Hors de question d’y croire : moins de 30 % de femmes dans les conseils d’administration, et encore moins dans les start-up tech, où j’ai bossé un temps. J’étais souvent la seule femme dans la pièce – et pas parce que je faisais du bruit, hein, juste parce que c’était comme ça.
Et puis y a les petites choses, tu vois ? Celles qu’on remarque pas tout de suite. Comme quand ton collègue homme répète exactement ce que tu viens de dire en réunion… et que tout le monde l’applaudit. Ou quand on demande à la seule femme de prendre les notes. « Tu es plus organisée, toi ! » – nan mais attends, sérieux ?
Le truc, c’est qu’on croit que c’est réglé
Je me souviens, il y a deux ans, dans une boîte de com’ à Lyon, on a organisé une journée « égalité femmes-hommes ». Super, top, très bien. Sauf que… c’était juste une conférence avec un PowerPoint un peu vieillot, un gâteau, et puis basta. Pas de suivi, pas de formation, pas de changement. Enfin bref, du greenwashing inclusif, quoi.
On pense que dire « on est égaux » suffit. Mais non. Parler ne change pas les habitudes. Faut agir. Et souvent, faut déranger.
Éduquer, mais vraiment
Prends les enfants, déjà. Ma nièce Léa, 7 ans, elle joue au foot avec les garçons dans la cour. Elle est bonne, elle marre personne. Mais l’autre jour, son prof de sport a dit : « Bon, les garçons, attention, Léa est là, soyez pas trop brutaux. » Hein ? Elle est pas en sucre, Léa. Du coup, elle a commencé à hésiter, à moins foncer. Et ça, c’est un truc qu’on leur file dès le départ : l’idée qu’être une fille, c’est être fragile.
Alors oui, l’école, c’est clé. Mais pas juste en cours de morale. Faut former les profs. Faut questionner les manuels. Faut oser dire que non, Cendrillon n’est pas un modèle d’émancipation. Et que si on montre que les métiers ne sont pas genrés, peut-être que dans 15 ans, on aura plus de femmes plombières et d’hommes infirmiers – et que ça choquera personne.
Et au boulot, on fait quoi ?
Franchement, j’en ai marre des « femmes inspirantes » en mars, et puis rien le reste de l’année. L’égalité, c’est pas un mois, c’est tous les jours. Dans ma boîte actuelle – une petite agence à Montpellier – on a mis en place un truc tout bête : la transparence salariale. Pas toute suite, hein, on a mis du temps. Mais maintenant, chaque échelon a un barème public. Et devine quoi ? On s’est rendu compte qu’une collègue, en poste depuis cinq ans, était sous-payée par rapport à son collègue arrivé deux ans après. On a corrigé. C’était gênant, mais nécessaire.
Et puis y a les congés parentaux. Parce que si seul le congé maternité existe, bah c’est logique que ce soit toujours la femme qui s’occupe des gosses. En Suède, ils ont un système de « congés papa », non transférables. Si le père ne les prend pas, ils sont perdus. Résultat ? 90 % des pères prennent au moins deux mois. Et devine quoi ? Les femmes reprennent plus vite le travail, sont moins stigmatisées, et les gosses voient leur père comme un soignant. Pas juste un « papa qui aide ».
Et les mecs, dans tout ça ?
Parce que bon, on parle souvent de « défendre les femmes », mais l’égalité, c’est pas une guerre, hein. C’est aussi libérer les hommes des carcans. Mon frère Julien, il est papa solo. Il a eu droit à tellement de regards en coin quand il a voulu prendre un mi-temps pour s’occuper de son fils. « T’es sûr que t’assures ? » – mais de quoi ? Du coup, il a laissé tomber. C’est triste. Les hommes ont le droit de choisir aussi.
Alors oui, on doit soutenir les femmes. Mais on doit aussi encourager les hommes à s’impliquer, à parler, à pleurer, à changer une couche sans qu’on leur tape dans le dos comme s’ils avaient sauvé la terre.
Les petites actions qui pèsent lourd
Parce que bon, on n’est pas tous ministres, on peut pas tous voter des lois. Mais on peut agir. Moi, j’ai commencé simple : j’ai arrêté de dire « mademoiselle ». Pourquoi ? Parce que quand on demande à une femme si elle est mademoiselle ou madame, on juge son statut amoureux. Jamais personne ne demande à un homme s’il est « monsieur célibataire » ou « monsieur marié ».
Et puis j’ai appris à interpeller. Doucement, mais à interpeller. Quand un pote dit « t’es une meuf, tu comprends pas le foot », je réponds : « Non, je comprends très bien, et d’ailleurs, je te laisse regarder tout seul ce soir. » Un peu de recul, parfois, ça fait mouche.
Et puis, j’écoute. Surtout. J’écoute mes amies, mes collègues, leurs expériences. Parce que je suis une femme, mais je ne vis pas tout. Une collègue noire m’a expliqué qu’elle subissait des stéréotypes différents. Une trans m’a parlé de violence institutionnelle. Et là, je me suis tue. Parce que promouvoir l’égalité, c’est aussi reconnaître qu’on ne sait pas tout, et que certaines oppressions se croisent.
Et si on arrêtait de se la jouer parfaits ?
Je vais te dire un truc : j’ai encore du mal. Parfois, je corrige mon ton quand je parle en réunion, pour pas passer pour une « agressive ». Parfois, je me dis que je devrais sourire plus. Et puis je me reprends. Mais c’est long. C’est un combat intérieur aussi.
Et toi, tu as déjà fait ce truc, non ? Tu vois une inégalité, mais tu dis rien. Parce que t’as pas envie de passer pour une « féministe radicale ». Moi aussi. Mais bon, faut oser. Même si on bégaye. Même si on se trompe.
Parce que promouvoir l’égalité entre les genres, c’est pas un truc qu’on gagne un jour comme une médaille. C’est un truc qu’on construit, pas à pas. Avec des coups de gueule, des doutes, des erreurs, des victoires minuscules.
Alors bon, on y va ?
