Commençons par la base : pourquoi la Russie ?
Parce que, franchement, si tu veux pas y aller, t’as pas à t’embarquer là-dedans. C’est pas Bali. Tu vas pas te prélasser sur une plage avec un mojito. Là-bas, tu risques de marcher dans la neige jusqu’aux genoux pour aller acheter du pain, de te faire fusiller du regard dans le métro, et de devoir apprendre l’alphabet cyrillique juste pour lire l’étiquette d’un yaourt.
Mais en même temps… y’a un charme. Un truc brut. L’âme russe, comme ils disent. Ce mélange de mélancolie, de fierté, d’humour noir et de générosité débordante quand tu passes le seuil d’un appartement. J’suis resté deux mois à Saint-Pétersbourg, chez un pote d’amis, un certain Viktor. Un mec taciturne, genre vieux loup de mer, mais qui m’a fait 17 plats en une soirée parce que « manger seul, c’est triste ». Voilà. C’est pour ça qu’on y va. Pour ces moments-là.
Les papiers, le vrai cauchemar
Alors, bon. Parlons franchement : la paperasse en Russie, c’est du lourd. Tu crois que tu vas juste débarquer avec ton passeport et un visa de 30 jours ? Nope. Si tu veux vraiment vivre là-bas — pas juste faire du tourisme — faut s’y prendre autrement.
Le truc, c’est que le système russe, il aime pas trop les imprévus. Tout doit être carré, officiel, tamponné, et tamponné encore. Et puis, y’a cette fameuse « migration card » qu’on te donne à l’entrée. Tu la perds ? Tu es en infraction. Tu la rends pas à la sortie ? Problème pour revenir. Moi, la première fois, j’l’ai fourrée dans mon portefeuille, et évidemment, j’ai tout vidé dans un bar de Moscou. J’ai passé une journée entière à courir après un fonctionnaire pour qu’il me la revalide. Du coup, j’ai appris : photocopie. Toujours. Partout.
Le visa, étape 1
Pour les Français, Belges, Suisses, etc., le visa court séjour (jusqu’à 90 jours) est obligatoire. Tu passes par un centre de demande VFS Global, tu remplis un truc de 20 pages, tu donnes une photo d’identité (et non, pas un selfie), une invitation officielle — soit d’un hôtel, soit d’une entreprise, soit d’un particulier.
Ah oui, l’invitation. C’est là que ça se complique. Si t’as un ami russe, il peut t’en faire une via le ministère de l’Intérieur (le MVD). Mais ça prend du temps. Moi, mon pote Viktor, il a mis trois semaines pour me l’envoyer. Et encore, parce qu’il connaissait quelqu’un. Sinon, tu passes par une agence, tu payes, et tu croises les doigts.
Et après les 90 jours ?
Bon, admettons : t’es tombé amoureux. Tu veux rester. Soit tu sors et tu réintègres (technique du « visa run »), genre en allant en Finlande ou en Géorgie pour revenir avec un nouveau visa. Mais fais gaffe : les douaniers russes, ils sont pas dupes. Si tu fais ça trop souvent, ils commencent à te zieuter bizarrement.
Ou alors, t’optes pour un visa plus long. Le visa de travail, par exemple. Mais là, faut un employeur russe qui veuille bien t’embaucher — et qui ait les autorisations pour embaucher un étranger. C’est rare. Très rare. Sauf si t’as un diplôme en ingénierie, enseignement du français, ou que tu bosses dans une grande boîte internationale.
Perso, j’ai croisé un type à Moscou, Julien, prof de français dans un lycée français à l’étranger. Lui, il est là depuis 6 ans. Il a un contrat solide, un logement de fonction, et il vit bien. Mais il m’a dit : « Franchement, si tu veux venir ici sans boulot officiel, t’as aucune chance. »
Et la vie quotidienne, c’est comment ?
Alors là, on change de sujet, mais c’est important. Parce que, ok, t’as tes papiers. Mais maintenant, tu dois vivre. Et vivre en Russie, c’est… particulier.
Déjà, la langue. Tu peux te débrouiller avec l’anglais dans les grandes villes, mais franchement ? Tu vas vite te sentir exclu. Les gens parlent vite, fort, et ils aiment pas trop qu’on leur réponde en anglais. J’ai essayé de suivre un cours de russe en ligne avant de partir. 10 leçons. Suffisant pour commander un thé, mais pas pour discuter du prix du loyer.
Le logement ? À Moscou ou Saint-Pétersbourg, c’est cher. Très cher. Un studio minuscule dans un immeuble soviétique ? Tu comptes 800 à 1200€ par mois. Et encore, si t’as de la chance. Moi, j’étais chez Viktor, donc j’y ai échappé. Mais un pote, Antoine, il a cherché pendant un mois. Il a fini dans un sous-sol à Kirovskaya, avec l’eau chaude trois fois par semaine. Il est parti au bout de deux mois.
La banque, les courses, le quotidien
Autre truc qui m’a pris la tête : ouvrir un compte en banque. En France, t’arrives, tu signes deux papiers, et voilà. En Russie ? Faut un permis de séjour, une traduction assermentée de ton passeport, une attestation de domicile, et parfois… une lettre de recommandation. J’exagère à peine.
Pour les courses, pas de problème. Les supermarchés, y’en a partout. Mais bon, faut s’habituer. Le ketchup avec des morceaux de carotte dedans ? Oui. Le yaourt à la mayonnaise ? Aussi. Et le pain, mon Dieu, le pain… c’est délicieux, hein. Mais noir, lourd, comme du charbon. Mais bon, après un mois, tu t’y fais. Tu commences même à le préférer.
Et si t’es en couple avec un Russe ?
Ah, la carte magique. Parce que oui, si tu es en couple sérieux avec un citoyen russe, tu peux demander un visa de regroupement familial. C’est plus simple. Enfin… « simple », façon de parler.
Faut prouver que la relation est sérieuse. Photos ensemble, échanges de mails, lettres, témoignages. Et parfois, ils t’appellent pour un entretien. Oui, sérieux. Ils te posent des questions sur ton conjoint : « Quelle est sa couleur préférée ? Quand est-ce que vous vous êtes rencontrés ? Où avez-vous mangé ensemble la première fois ? » Si tu réponds mal… bah, tu repasses plus tard.
Un pote m’a raconté qu’il a dû amener sa copine à l’ambassade pour « vérification ». Genre un interrogatoire en double. Il a dit : « C’était flippant, comme dans un film d’espionnage. »
Et maintenant, avec la situation géopolitique…
Je vais pas faire l’autruche. Depuis 2022, c’est plus compliqué. Beaucoup de Français hésitent. Les tensions, les fermetures d’ambassades, les vols pas toujours réguliers… Et puis, y’a un malaise. Même si les gens ordinaires ne sont pas forcément politisés, tu sens une distance. Une méfiance, parfois.
Un soir, dans un bar de Moscou, une fille m’a dit : « Pourquoi tu veux vivre ici ? Tout le monde veut partir. » J’ai pas su quoi répondre. Parce que moi, j’étais là par passion, pas par obligation. Mais pour d’autres, c’est plus lourd. Tu dois peser le pour et le contre. Vraiment.
Et l’avenir ?
Sincèrement ? J’sais pas. La Russie, c’est un pays immense, riche, fascinant. Mais aussi fermé, compliqué, parfois dur. Si tu veux y vivre, faut que tu sois prêt. Vraiment prêt. Pas juste attiré par l’exotisme ou les babouchkas en bas de l’immeuble.
Faut aimer le pays, ses codes, sa lenteur administrative, ses hivers de 6 mois, et son âme compliquée. Parce que sinon, tu vas souffrir. Et t’aller t’acheter un billet retour en pleurant.
Moi, j’y retournerai. Peut-être pas pour vivre, mais pour respirer cet air froid, boire du thé à la confiture avec des inconnus, et me perdre dans les rues de Saint-Pétersbourg au printemps, quand les nuits blanches te donnent l’impression que le temps s’arrête.
Alors, toi ? Tu t’lances ?
