Un papier, une signature, et après ?
Alors déjà, pour situer le truc, j’ai bossé il y a deux ans sur un projet avec un pote, Julien – tu le connais peut-être, il fait du web design freelance. On devait monter une petite appli pour un resto à Lyon. Tout était verbal : « Ouais t’inquiète, on fait 50/50 sur les bénéfices », « Tu gères le front, moi le back », « On signe rien, on se fait confiance ». Très romantique. Très con.
Quand le truc a marché – ouais, surprise, ça a marché –, Julien a commencé à parler de « réévaluer les parts ». Genre, du jour au lendemain. Moi, je suis allé chercher mes petits mails, mes SMS, mes preuves d’échanges. Et là, une amie juriste m’a dit : « T’as rien. T’as pas de bon pour accord. »
Attends, quoi ? Un bon pour accord ? C’est pas juste un truc de comptable ? Un truc chiant ?
En vrai, c’est quoi ce machin ?
Alors, j’ai creusé. Parce que j’aime pas me sentir con. Un bon pour accord – ou BPA, pour les intimes –, c’est pas un contrat officiel, non. C’est pas non plus un dessin sur une serviette en papier (même si j’en ai vu, des BPA, qui tenaient sur des tickets de caisse). C’est un document, souvent court, qui confirme qu’on est d’accord sur un truc. Un point. Un prix. Une date. Une collaboration.
Par exemple : « Oui, je confirme que je vais te livrer 100 t-shirts imprimés d’ici le 15 avril, pour 2 500 € HT. » Signé. Daté. Et envoyé. Voilà. C’est ça, un BPA. C’est pas légal comme un contrat, mais c’est une preuve. Une trace. Un « j’étais d’accord, je l’ai écrit ».
Et ça, franchement, c’est précieux. Parce que les gens oublient. Ou font semblant. Ou changent d’avis. Moi, je suis pas parano, mais bon… j’ai vu des trucs.
Pourquoi ça sert à quelque chose ?
Imagine : tu es freelance, tu discutes avec un client. Il te dit : « Ouais, ton devis me va, vas-y, commence. » Toi, tu t’y mets. Tu bosses. Tu passes des nuits. Et là, au moment de facturer, il te répond : « Attends, j’ai jamais validé ça. »
Et là… t’es dans la merde. Parce que tu n’as rien de signé. Rien d’écrit. Juste une conversation WhatsApp où tu dis « OK », et lui répond « cool ». Mais « cool », ça tient pas en justice.
Un BPA, c’est ce qui fait le pont entre « on en a parlé » et « on a officialisé ». C’est pas un contrat complet, mais c’est une reconnaissance. Une empreinte digitale sur papier. Et crois-moi, quand ça part en vrille, t’as besoin de ça.
C’est légal ou pas ?
Oui… et non. Enfin, c’est flou. En France, un BPA n’est pas un contrat à part entière, mais il peut servir de preuve écrite d’un accord. Et dans les tribunaux, la preuve écrite, même légère, ça pèse lourd.
Par exemple, si t’as un BPA signé par ton client avec le montant, la date, la prestation… et qu’il refuse de payer, bah tu peux aller au contentieux. Et là, le juge va dire : « Bon, c’est pas un contrat, mais c’est quand même un engagement écrit. »
Enfin bref, c’est pas du béton, mais c’est mieux que du vent.
Qu’est-ce qu’il doit contenir ?
Écoute, faut pas se prendre la tête. Un bon BPA, c’est pas une dissertation. Mais il faut quelques éléments clés :
- Les noms des deux parties
- La description claire de ce qui est convenu
- Le prix, les délais, les modalités
- Une phrase du genre : « Je reconnais et valide cet accord »
- Une signature (papier ou électronique)
- Une date
Rien de sorcier. Mais suffisant pour dire : « Oui, je suis d’accord. » Et surtout, pour que l’autre ne puisse pas dire plus tard : « J’avais pas compris comme ça. »
D’ailleurs, j’ai un pote, Antoine, qui bosse dans la com’. Il m’a raconté qu’il avait perdu un client parce qu’il avait fait une livraison différente de ce qui était attendu. Le client disait : « Non, t’avais dit autre chose. » Antoine répondait : « Non, j’avais pas dit ça. » Et là… plus personne ne savait qui avait raison.
Après, il a mis un BPA pour chaque projet. Même les petits. Et depuis, zéro litige. Pas parce qu’il est plus honnête, non. Parce qu’il y a une trace.
Et si on ne signe rien ?
Eh bien… tu prends des risques. C’est tout. Parfois, ça passe. Parfois, tu tombes sur quelqu’un de réglo, qui tient parole. Mais parfois, non. Et là, tu te retrouves sans recours.
J’ai vu des freelances se faire arnaquer parce qu’ils avaient « fait confiance ». Des entrepreneurs se faire piquer leurs idées. Des associations se faire doubler par des partenaires. Et à chaque fois, la même phrase : « On s’était dit… »
Oui, mais « on s’était dit », ça ne suffit pas. Surtout quand l’autre a un avocat.
Et les échanges par mail, ça compte ?
Bonne question. Parce que souvent, on se dit : « Bon, j’ai reçu un mail où il écrit OK, c’est bon, non ? »
En théorie, oui. Un échange de mails peut constituer une preuve. Mais attention : il faut que ce soit clair. Pas un « OK merci » en passant. Il faut un « Je valide la prestation suivante, pour X euros, à telle date ». Et idéalement, avec les coordonnées complètes.
En vrai, j’utilise les mails comme BPA maintenant. Mais je les structure. Je mets tout dedans. Et je demande une réponse du type : « Je confirme. » Comme ça, pas de doute.
Est-ce que c’est chiant ?
Ouais. Un peu. Je te mentirais si je disais le contraire. Faut penser à l’envoyer. Faut le rédiger. Faut relancer. Et parfois, le client trouve ça froid, distant. « On ne peut pas juste se faire confiance ? »
Et moi, je réponds : « Bien sûr, on peut se faire confiance. Mais le BPA, c’est pas pour toi. C’est pour quand on oublie. Ou quand on a un malentendu. C’est un filet de sécurité. »
Parce que bon, moi aussi j’ai oublié des trucs. J’ai cru qu’on avait dit une chose, alors que c’était l’autre. Et c’est pas de la méchanceté. C’est humain.
Et si l’autre refuse de signer ?
Alors là… tu dois te poser des questions. Pourquoi il refuse ? Parce que c’est chiant ? Ou parce qu’il veut garder une porte de sortie ? Parce qu’il a peur de s’engager ? Ou pire : parce qu’il n’a pas l’intention de tenir ?
Un vrai professionnel, il n’a pas peur du BPA. Il le lit, il le corrige s’il faut, et il le signe. S’il refuse sans raison claire… méfiance.
J’ai refusé un projet l’année dernière pour ça. Le client voulait que je commence tout de suite, sans rien signer. « Trop long, trop lourd », qu’il disait. Du coup, j’ai dit non. Et tu sais quoi ? Six mois plus tard, j’ai croisé un autre freelance qui avait bossé pour lui. Et il s’était fait entuber. Alors bon…
En résumé : c’est quoi un bon pour accord ?
C’est pas un contrat. C’est pas non plus un truc bureaucratique de dingue. C’est juste une trace. Un « on est d’accord là-dessus ». Un petit papier qui évite les gros conflits.
C’est pas sexy. C’est pas glamour. Mais c’est utile. Comme un parapluie : tu t’en fous jusqu’au jour où il pleut.
Alors ouais, c’est un peu chiant. Mais moins chiant que de se battre pour récupérer son argent. Moins chiant que de perdre un projet, une collaboration, ou pire, un ami.
Franchement, maintenant, je demande un BPA pour tout. Même pour des trucs simples. Et tu sais quoi ? Personne n’a jamais rompu une amitié à cause d’un bon pour accord. Mais j’en connais, des amitiés, qui ont capoté à cause d’un malentendu non écrit.
Donc voilà. C’est quoi un bon pour accord ? C’est pas de la méfiance. C’est juste du bon sens.
