La bienséance, c’est pas juste du vieux truc de bourgeois
Franchement, quand j’étais ado, j’aurais dit que la bienséance, c’était un truc de tonton coincé, genre « tiens-toi droit », « dis bonjour », « ne parle pas la bouche pleine ». Un peu chiant, tu vois ? Un code de conduite rigide, dépassé, un peu snob. Mais en vrai… c’est pas si simple.
La bienséance, au fond, c’est juste le minimum pour vivre ensemble sans s’étriper. C’est pas du respect forcé, ni de la soumission — c’est une forme de délicatesse. Une manière de dire : « Je te vois, tu existes, et j’essaie de ne pas te mettre mal à l’aise. »
Un truc de bonnes manières ? Oui, mais pas que
Parce que bon, on entend souvent « avoir de la bienséance », et on pense tout de suite aux codes sociaux : pas de gros mots devant les enfants, pas de pieds sur la table, dire « s’il vous plaît » et « merci ». Et ouais, ça fait partie du paquet. Mais là où ça devient intéressant, c’est quand la bienséance dépasse les gestes pour toucher aux intentions.
Prends un truc bête : tu es au restaurant, ton pote arrive en retard de 20 minutes, s’assoit, et balance : « T’as déjà commandé ? » Pas un « désolé », pas un « tu as bien attendu ? », rien. Techniquement, il a pas crié, pas insulté, mais… il t’a mis en dehors du cadre. Il a bousculé la bienséance. Pas par malveillance, sûrement, mais par égocentrisme. Et ça, ça fait mal, tu vois ?
Un souvenir qui me revient souvent
Je me souviens, il y a quelques années, j’étais à un mariage à Lyon. Un truc assez chic, dans une ancienne manufacture. Moi, j’étais en costard pour l’occasion, un peu mal à l’aise, pas trop habitué. À un moment, je discute avec un type que je connais pas, très élégant, lunettes fines, voix posée. Et là, il me dit : « Tu sais, la vraie bienséance, ce n’est pas de savoir couper le saumon à l’anglaise. C’est de laisser de l’espace à l’autre pour exister. »
Je suis resté scotché. Parce que oui, en fait. Toute la question, c’est ça : est-ce que je pense à l’autre dans mes gestes, mes mots, mes silences ? Est-ce que je fais attention à ne pas l’écraser, même sans le vouloir ?
Et dans la vie de tous les jours ?
Regarde un peu le métro. Il y a ceux qui mettent leur gros sac sur les genoux des gens, ceux qui crient dans le téléphone, ceux qui poussent sans dire un mot. Ce sont pas des monstres, hein. Mais ils oublient, un instant, la bienséance. Pas parce qu’ils sont méchants, mais parce qu’ils sont ailleurs. Et du coup, on se sent tous un peu moins bien.
Moi, j’essaie — j’essaie vraiment — de dire « pardon » même quand c’est pas ma faute. De sourire aux gens dans l’ascenseur. De remercier le livreur, même s’il est en retard. Pas parce que je suis un saint, non. Mais parce que je sais combien un petit geste peut changer la journée de quelqu’un. Et puis, parfois, on me le rend. Et là, ça fait chaud au cœur.
La bienséance, c’est aussi savoir se taire
Un truc que j’ai appris trop tard : parfois, ne rien dire, c’est la plus grande preuve de bienséance. Tu sais, quand un pote te parle de son chagrin, et que tu as envie de tout de suite donner une solution, de dire « bah ouais, mais tu devrais faire ci, faire ça ». Sauf que non. Parfois, il veut juste qu’on l’écoute. Qu’on soit là. Qu’on ne le juge pas. Et là, ta bienséance, c’est de fermer ta gueule et d’être présent.
Mon père, il disait souvent : « Un homme poli, c’est pas celui qui parle bien. C’est celui qui sait quand ne pas parler. » J’trouvais ça un peu grave, à l’époque. Maintenant, j’comprends.
Et si on en faisait une arme ?
Attention, hein. Parce que la bienséance, elle peut aussi servir de masque. Y a des gens hyper polis, super élégants, qui te sourient en face et te poignardent dans le dos. Alors oui, les codes, c’est bien. Mais si c’est juste pour faire semblant, pour dominer ou paraître, là… on sort du sujet.
La vraie bienséance, elle vient du dedans. Elle est discrète. Elle ne se vante pas. Elle ne dit pas « j’suis bien élevé ». Elle se contente d’être là, dans les petits gestes, les silences respectueux, les attentions minuscules.
Et toi, tu en penses quoi ?
Je me demande, en écrivant ces lignes, si tu connais ce genre de personne. Une personne qui, sans en faire des tonnes, te met à l’aise juste par sa présence. Qui écoute vraiment. Qui te remercie pour un café. Qui te tient la porte sans regarder sa montre. Moi, j’en connais quelques-unes. Et c’est dingue comme elles marquent les esprits.
Alors, la règle de bienséance, c’est quoi au fond ? Peut-être juste ça : penser à l’autre, ne serait-ce qu’un peu, dans nos actes du quotidien. Pas pour être parfait. Pas pour faire bonne impression. Mais pour rendre le monde, à notre échelle, un peu plus humain.
Et puis bon, si en plus tu sais couper le saumon à l’anglaise… tant mieux. Mais c’est pas obligé.
