Le truc bizarre sous le C
Alors bon, déjà, son vrai nom, c’est cédille. Oui, comme la sauce. Mais non, ça n’a rien à voir avec le yaourt aux concombres. C’est juste un petit accent diacritique qu’on colle sous le C pour lui dire : « Hé, toi, fais un son doux, là. Sois un S, mais en discret. »
Quand le C veut pas faire le C
Normalement, le C, il fait « k » devant A, O, U. Comme dans café, coq, cuillère. Mais parfois, t’as envie qu’il fasse « s » devant ces mêmes lettres. Par exemple, tu veux dire français. Si t’écris francais, ça se lit franké… et là, t’as l’air d’un touriste perdu à Saint-Malo. Du coup, t’ajoutes un petit crochet : français, et hop, le C se transforme en S. Magique.
C’est ça la règle du ç : il permet au C de garder son son « s » devant les voyelles A, O, U. En gros, il dit : « Non, je ne veux pas être dur, je veux être mou, comme un marshmallow. »
Je me suis planté, et grave
Je vous raconte une honte perso ? En troisième, j’ai rendu une rédaction avec écrit le garçon et son amie acceuillante. Ma prof, Madame Leroy — celle avec les lunettes en écaille et un regard qui tue — m’a rendu ma copie avec un énorme « Où est ta cédille, Julien ?! » en rouge vif. J’avais oublié le ç dans accueillante. Sauf que… attends… accueillante avec un C dur ? Non, c’est « s » quand même ?!
Et là, j’ai compris : le ç, c’est pas juste pour les mots sympas comme garçon, c’est aussi pour quand l’orthographe te tend un piège. Parce que accueillir, ça se prononce bien avec un « s », mais le C est suivi d’un U… donc sans cédille, il devrait faire « k ». Mais non. Enfin si. Enfin bref, c’est pour ça qu’on écrit accueillir sans ç. Attends, quoi ?!
Le truc, c’est que… parfois il est là, parfois non
Alors là, je suis obligé de faire une pause. Parce que même moi, j’hésite. Accueillir : pas de ç. Mais français : oui. Pourquoi ?
En fait, le ç n’apparaît que quand le C est suivi de A, O ou U. Mais dans accueillir, le C est suivi de U… mais il y a un C double. Le premier C, il fait « k » ? Non. Attends. Accueil se prononce assueil. Donc il devrait y avoir un ç ? Mais non. Parce que… enfin… c’est une exception ?
Non. En vrai, c’est parce que le double C devant E, I, U fait déjà le son « s ». Donc pas besoin de cédille. Ah. OK. Donc le ç, on l’utilise quand le C est seul et qu’il est suivi de A, O, U, mais qu’on veut qu’il fasse « s ».
Des mots qui ne peuvent pas vivre sans lui
Il y a des mots qui s’effondreraient sans le ç. Genre leçon. Si t’écris lecon, tu lis lekôn. C’est triste. Ou reçu : sans ç, c’est recu, et là, tu passes pour quelqu’un qui a oublié sa cédille… et sa dignité.
Et puis y’a les mots venus d’ailleurs. Comme façade, qui vient de l’italien facciata. On a gardé le son « s », donc on garde le ç. Garçon aussi, d’origine occitane, je crois. Bref, le ç, c’est un peu le passeport du C pour voyager sans problème phonétique.
Et les fautes… on les fait tous
Je vous jure, même les mecs qui corrigent les journaux, ils se plantent. L’autre jour, j’ai vu un panneau à Lyon : « Bienvenue au parc de la Tête d’Or, ouvert du lundi au dimanche ». Et juste en dessous : « Attention, il est interdit de faire des barbecu ». Barbecu sans ç. J’ai failli pleurer. Parce que oui, c’est barbecue, avec un ç. Enfin non. Barbecue ? Attends… je crois que les deux orthographes sont acceptées maintenant. Merci l’Académie française de nous embrouiller la vie.
Enfin bref. Le ç, c’est pas un gadget. C’est un outil. Un petit soldat de l’orthographe qui fait en sorte que ce qu’on lit, on puisse le prononcer correctement. Sans lui, ça deviendrait ka, et franchement, ça ferait bizarre de dire « Ka va ? » en arrivant au boulot.
Un truc de fou : il peut disparaître
Et là, je vous balance un truc bizarre : parfois, le ç change quand le mot change. Exemple : grosse… au masculin ? Gros. Mais si tu veux l’adverbe ? Grossièrement. Hein ? Où est passé le ç ?!
Oui. Parce que maintenant, le C est suivi de E. Donc il fait naturellement « s ». Pas besoin de ç. Donc on l’enlève. C’est con, mais logique. Enfin, disons… logique pour les mots qui suivent les règles. Parce que d’autres, ils s’en foutent.
Et si on l’oubliait ?
Franchement, je me demande parfois si le ç survivra. Avec les autocorrecteurs, les fautes, les fautes, et encore les fautes… j’ai vu un ado écrire lecon dans un DM. Sans rire. Et son téléphone n’a rien dit. Aucun signe. Rien. C’est comme si on effaçait un morceau de notre langue, petit à petit.
Mais moi, je défends le ç. Parce que c’est un détail. Un petit truc discret. Mais quand il est là, il fait la différence. Comme un clin d’œil entre ceux qui font attention et les autres.
Alors la prochaine fois que vous écrivez français, leçon ou reçu, pensez-y. Ce petit crochet ? Il est là pour une raison. Et si vous l’oubliez… bah, c’est pas la fin du monde. Mais bon. Un peu quand même.
Vous savez quoi ? Après tout, c’est qu’un accent. Mais il a de la classe, ce con.
