Le courage, c’est pas qu’un mot
Y’a des mecs qui foncent sans réfléchir, genre le pote qui se lance dans un discours à un mariage alors qu’il a bu trois verres et qu’il connaît à peine les mariés. C’est pas forcément du courage, hein. C’est parfois juste de l’impulsivité. Mais bon, parfois… parfois, c’est quand même une forme d’audace.
Alors que moi, j’pense plutôt à ceux qui osent malgré la peur. Tu vois ? Ceux qui tremblent, mais qui y vont quand même. Comme Julie, une pote à Lyon — ouais, Lyon, pas Paris, on est pas tous là-bas — qui a quitté son taf dans une boîte d’assurance pour ouvrir une micro-brasserie artisanale. En pleine crise, en plus. Elle m’avait dit : “J’sais pas si ça va marcher, mais j’peux plus rester assise derrière un bureau.” Elle avait la trouille, mais elle a osé. Alors, comment tu nommes ça ?
Un aventurier ? Un rebelle ? Un inconscient ?
Souvent, on dit “un courageux”. Mais ça sonne un peu solennel, non ? Comme un prix à la fin de l’année scolaire. “Et le prix du courageux de l’année revient à… Martin, qui a osé parler à Camille !” Bon, ok, j’exagère. Mais “courageux”, c’est flippant, un peu. Ça met la pression.
Y’a aussi “l’audacieux”. Là, ça sonne plus classe. Genre dans un magazine de luxe : “Découvrez l’audacieux entrepreneur qui a réinventé le fromage sous-vide.” Mouais. Un peu pompeux. Mais bon, c’est pas faux. Audace, ça veut dire oser, franchement. Et c’est joli, “audacieux”. J’aime bien.
Et si on parlait de “l’oseur” ?
Attends, attends… “l’oseur”. Tu l’as déjà entendu, toi ? Moi oui. Entre potes. “T’es un vrai oseur, toi !” C’est pas super élégant, mais c’est vivant. C’est du langage de rue, un peu. Comme “rigolo” ou “bavard”, mais pour ceux qui osent. J’trouve que ça colle. Pas parfait grammaticalement, mais sincère.
J’ai testé le mot l’autre jour avec un pote, au café près de chez moi — celui avec les chaises bancales mais le bon chocolat chaud. Je lui dis : “Tu sais, Sarah, elle est partie en Mongolie avec un sac à dos et 200 balles… c’est une oseuse.” Il a rigolé, mais il a dit : “Ouais, carrément. Une oseuse de dingue.” Et voilà. Le mot est passé. Il vit. Il existe, même si le dico grogne.
C’est pas qu’une question de vocabulaire
En vrai, ce qu’on cherche, c’est pas juste un mot. C’est une reconnaissance. Nommer, c’est déjà valoriser. Quand tu dis “c’est un audacieux”, tu dis aussi “j’admire ce qu’il fait”. C’est comme appeler quelqu’un “un artiste” alors qu’il dessine au stylo-bille sur des tickets de caisse. Tu lui donnes une place.
Alors celui qui ose… peu importe comment tu l’appelles. Ce qui compte, c’est qu’il y ait un mot. Parce que sans nom, on oublie. On dit “il a fait un truc bizarre”, au lieu de “il a osé”. Et ça, c’est triste.
D’ailleurs, tu oses, toi ?
Je te pose la question comme ça. Pas pour te piéger. Mais réfléchis deux secondes. T’as déjà fait un truc où t’avais la boule au ventre, mais tu l’as fait quand même ? Parler en public ? Quitter un boulot pourri ? Envoyer ce message à l’ex, “juste pour dire bonjour” ?
Si oui, tu vois de quoi je parle. T’as été, ne serait-ce qu’une seconde, un oseur. Et c’est peut-être ça, le plus beau des noms.
Enfin bref. Moi, j’crois que je vais garder “oseur”. Même si ça sonne un peu comme un fromage mal fait. Parce que c’est franc. C’est pas parfait. Mais c’est vrai.
