La dysorthographie, ce truc invisible mais chiant
Alors déjà, on va poser les bases : la dysorthographie, ce n’est pas juste « écrire comme un pied ». C’est un trouble spécifique du langage écrit, souvent associé à la dyslexie, mais pas toujours. Et surtout, c’est pas une question d’intelligence. Léa, elle a un QI au top, elle lit bien, elle cause comme une pro… mais dès qu’elle prend un stylo, c’est le drame. Les verbes s'accordent pas, les « s » apparaissent ou disparaissent comme des fantômes, et « depuis » devient « desuit ». Bon, OK, « desuit », c’est mignon, mais en contrôle de français, ça passe pas.
Et du coup, je me suis renseigné. Parce que franchement, on entend parler de dyslexie, de TDAH, mais de la dysorthographie ? Moins. Alors que des gamins (et des adultes !) en souffrent en silence. Et figurez-vous qu’il n’y a pas qu’un seul type. Non, non. Il y en a plusieurs. Et c’est pas juste « fautes d’orthographe » en vrac — il y a des profils bien distincts.
La dysorthographie phonologique : quand l’oreille déraille
Alors, celle-là, je l’ai bien observée chez Léa. C’est la plus fréquente, je crois. En gros, la personne a du mal à associer les sons aux lettres. Elle entend « chien », mais elle écrit « chien »… ou « chien » ? Non, attends. Elle écrit « chien » avec un « s » à la fin, ou « shien », ou « kien ». Parce qu’elle entend le son [k], mais elle sait pas si c’est « k », « qu », « c », ou « que ».
En fait, elle essaie de transcrire phonétiquement, mais son cerveau fait des raccourcis bizarres. Du coup, « pain » devient « pan », « aile » devient « èl », et « hôpital » devient « opital ». Et non, ce n’est pas de la fainéantise. C’est un vrai blocage au niveau de la déchiffreuse interne. Elle entend bien, mais elle arrive pas à relier le son à l’écrit. C’est comme si son clavier mental était déréglé.
J’ai vu ça en vrai un soir où elle faisait ses devoirs. Elle me lisait sa rédaction à voix haute, et elle disait : « J’ai vu un chien dans la rue, il était tout mouillé. » Mais écrit, c’était : « J’ai vue un kien dan la rue, il étais tout mouilé. » Et quand je lui disais : « Attends, ‘vue’ ? C’est pas un verbe du 1er groupe, ça ? », elle me regardait comme si je parlais chinois. Elle entendait « vue », donc elle écrivait « vue ». Logique, non ? Sa logique à elle, oui.
La dysorthographie grammaticale : les accords, ces ennemis jurés
Et là, on passe à un autre niveau de souffrance : la dysorthographie grammaticale. Ici, le souci, c’est pas les sons, c’est la grammaire. Les accords en tout genre : sujet-verbe, adjectif-nom, participe passé… tout déraille. Même les règles simples deviennent des casse-têtes.
Par exemple, écrire « les petits garçons sont contents » devient « les petit garçon sont content ». Pourquoi ? Parce que la personne ne perçoit pas bien les marques du pluriel ou de l’accord. Elle sait que c’est « content », mais elle oublie que ça s’accorde. Ou alors elle met un « s » partout, au pif. « Le chien content » devient « le chien contents ».
C’est ce qui arrive à mon pote Julien, adulte dysorthographe. Il bosse dans la com’, il écrit des mails, des rapports… et il galère. Il me disait l’autre jour : « Je relis 10 fois, je vois rien. Et puis mon chef me rend le doc avec 15 fautes grammaticales. Je suis crevé. » Il utilise tous les correcteurs, mais il dit que ça ne capte pas tout, surtout les accords. Et en vrai, les correcteurs, ils sont pas infaillibles.
Et la mémoire orthographique, alors ?
Il y a aussi ce qu’on appelle la dysorthographie lexicale. En gros, c’est un problème de mémoire visuelle des mots. Le cerveau ne retient pas la « photo » du mot. Donc, même des mots fréquents, comme « maison », « table », « depuis », ils sont jamais écrits pareil deux fois.
Par exemple, « depuis » peut devenir « desuit », « dèssuite », « desuite », « déssui ». Pourquoi ? Parce que la personne ne parvient pas à stocker la bonne orthographe dans sa mémoire longue. Elle sait ce que ça veut dire, elle sait comment ça se prononce… mais elle arrive pas à fixer l’image du mot.
J’ai vu ça chez un ancien collègue, Marc. Il écrivait « avokat » pour « avocat », « restorant » pour « restaurant ». Et pas une fois, non : plusieurs fois, dans le même document. Il disait : « Je le sais, pourtant ! Mais quand j’écris, c’est comme si mon cerveau faisait un black-out. »
Et la dysorthographie mixte ? Ah oui, elle existe
Enfin, y a la version « complète » : la dysorthographie mixte. C’est là où tout se mélange. Phonologie, grammaire, mémoire… tout part en vrille. C’est souvent le cas chez les personnes aussi dyslexiques. Le cerveau a du mal à traiter le langage écrit sous toutes ses formes. Du coup, la personne peut écrire un mot sur deux avec une faute, parfois plus.
C’est dur, hein. Parce que même si tu veux bien faire, tu passes pour quelqu’un d’inattentif, voire d’inculte. Alors que non. T’as tout compris, t’as du vocabulaire, t’es vif… mais ton écrit, il te trahit.
Et les autres facteurs ? Parce que bon, c’est pas que l’école
D’ailleurs, faut pas oublier que l’environnement joue aussi. Léa, elle a été repérée assez tôt, donc elle a eu un suivi. Mais plein d’adultes, ils ont jamais été diagnostiqués. Ils ont juste cru qu’ils étaient « nuls en français ». Et du coup, ils ont évité les études littéraires, les métiers de l’écrit… alors qu’ils auraient pu exceller.
Et puis, y a les méthodes d’apprentissage. Enfin bref, on est encore trop dans une logique de « bosse plus », alors que le problème, c’est pas la motivation, c’est le fonctionnement cognitif.
Et après ? On fait quoi ?
Alors, pas de miracle. Mais y a des pistes. Les orthophonistes, déjà. Celles qui connaissent bien les troubles spécifiques. Les outils numériques aussi : correcteurs intelligents, synthèse vocale, reconnaissance vocale… J’utilise la reconnaissance vocale pour les textes longs, et franchement, ça change tout.
Et puis, il faut arrêter de stigmatiser les fautes. Je dis ça, je le pense. Une faute d’orthographe, ce n’est pas une preuve d’illettrisme. C’est parfois juste un cerveau qui fonctionne autrement.
Enfin bon. Voilà. Je voulais juste raconter ça, parce que j’ai mis du temps à comprendre. Et si ça peut aider un parent, un ado, un adulte qui se sent seul avec ses ratures rouges… tant mieux.
Parce que Léa, elle écrit encore mal. Mais elle raconte des histoires incroyables. Et franchement, c’est ça, l’important, non ?
