Franchement, la première fois que ça m’est arrivé, j’étais scié. J’avais l’impression qu’on me raccrochait au nez. J’avais fait un vol de vélo — mon vieux Vélib’ tout rouillé, mais bon, c’était le mien — et j’avais même une photo du type qui s’enfuyait. J’étais sûr que cette fois, ça allait marcher. Et puis rien. Classé. Sans suite. Comme si j’avais rêvé.
Alors, c’est quoi le deal ?
Ben déjà, faut le dire clair : classer une plainte sans suite, ça veut pas dire que ton histoire est fausse. Ni que t’es un mytho. C’est juste que, bon… le système, il a ses règles. Et parfois, il est débordé. Ou alors, il manque un truc. Un truc crucial.
En vrai, y a plusieurs raisons. La plus courante ? L’absence d’éléments suffisants pour enquêter. Tu peux raconter ce que tu veux, si y a pas de preuves, pas de témoins, pas d’indices, bah l’enquête, elle peut pas démarrer. C’est comme vouloir allumer une voiture sans clé. Tu tournes, tu tournes, mais rien ne se passe.
Le parquet décide, pas les flics
Un truc que j’ai mis du temps à piger : c’est pas les policiers qui décident tout seuls. Quand tu portes plainte, ton dossier part au parquet — donc au procureur. Et c’est lui, ou elle, qui dit : « On y va » ou « On laisse tomber ». Parce que oui, ils ont un œil sur tout. Et ils doivent prioriser.
Imagine : un cambriolage avec vidéosurveillance, deux témoins et un suspect identifié… contre un vol de téléphone sans trace, sans caméra, sans rien. Bah tu devines lequel passe en premier ? Du coup, le deuxième, il finit souvent en classement sans suite. Pas par méchanceté, non. Par réalisme.
Y a aussi les plaintes irrecevables
Bon, là, faut être honnête : parfois, les gens portent plainte pour des trucs… ben, qui relèvent pas de la justice. J’ai un pote, Julien, qui a voulu porter plainte contre son voisin parce qu’il faisait trop de bruit avec sa tondeuse un dimanche matin. Sauf que… c’était 11h. Et la loi, elle tolère un peu de bruit à cette heure-là. Le flic lui a dit gentiment : « On peut pas interdire la tonte, monsieur. »
Autre cas : les désaccords privés. Un coloc qui ne paie pas son loyer, un mec qui ne rend pas un livre… bon, c’est chiant, hein, mais c’est pas criminel. Faut passer par d’autres voies. Mais bon, on se dit toujours : « Et si la police pouvait régler ça ? »
Et la politique du chiffre ?
Allez, soyons cash deux secondes. Y a aussi la pression du « chiffre ». Tu sais, les stats, les taux d’élucidation, tout ça. Du coup, les services, ils préfèrent parfois se concentrer sur les affaires qui ont l’air « solides », celles qui vont booster les résultats. Alors les plaintes floues, les petits délits, les trucs sans preuve… bah elles passent à la trappe.
C’est un peu sale comme réalité, mais c’est comme ça. J’ai discuté avec un ancien flic, un soir dans un bar à Montreuil — un gars sympa, un peu bourru, mais franc. Il m’a dit : « Tu sais, on sait que c’est injuste, mais on doit choisir. On peut pas tout traiter. » Enfin bref. Il avait l’air triste en disant ça.
Et toi, tu peux faire quoi ?
Alors déjà, si t’as une plainte classée sans suite, t’as le droit de demander pourquoi. Par écrit. Le parquet doit t’expliquer. Parfois, c’est juste un malentendu. Ou alors, t’as oublié un détail important. J’ai eu ça avec une amie, Sophie. Elle avait déposé plainte pour harcèlement, mais sans pièce jointe. Du coup, elle a envoyé les SMS, les mails, tout. Et là, miracle : ils ont rouvert.
Et si t’es pas d’accord ? Bah t’as la constitutionnelle. Tu vas voir un juge d’instruction. C’est plus long, plus chiant, mais c’est possible. Moi, j’pense que trop de gens abandonnent trop vite. On se dit : « De toute façon, ça sert à rien. » Et c’est exactement ce que le système attend.
Enfin, faut pas oublier : porter plainte, c’est déjà un acte
Même si ça finit sans suite, t’as laissé une trace. Et parfois, des dizaines de traces, ça finit par former un dossier. Comme pour les violences conjugales : une plainte seule, c’est souvent pas assez. Mais cinq, six, avec des constats médicaux ? Là, ça pèse.
Je repense à cette dame, dans la file devant moi au commissariat, il y a deux ans. Elle avait porté plainte pour la troisième fois. Elle pleurait. Mais elle y retournait. « Pour que quelqu’un sache », elle disait. J’ai trouvé ça courageux. Vraiment.
Un mot de la fin ?
Bon, c’est clair : le système est bancal. Il est lent, parfois injuste, souvent frustrant. Mais il repose aussi sur nous. Sur notre persévérance. Sur notre envie de dire : « Là, ça va pas. »
Alors ouais, ta plainte peut être classée sans suite. Mais c’est pas forcément la fin de l’histoire. Parfois, c’est juste le début.
Et toi, tu connais quelqu’un à qui ça est arrivé ? Tu veux en parler ? Parce que franchement, on devrait en causer plus, de ces trucs-là.
