La sécurité avant tout… ou pas ?
Alors, la première chose qui me vient à l'esprit quand on parle de griller un feu, c'est la sécurité. Évidemment. C'est la raison principale pour laquelle les feux existent, non ? Pour réguler le trafic, éviter les collisions. Mais pour un cycliste, la perception de la sécurité peut être un peu différente. Je me souviens d'une fois, à Paris, près de la gare du Nord. Le feu était rouge pour moi, mais il n'y avait absolument aucune voiture, aucun piéton, rien à l'horizon. J'ai attendu, par principe, et puis j'ai vu un autre cycliste passer tranquillement. Et je me suis dit : « Il a raison, c'est absurde d'attendre là, tout seul. » Du coup, la fois d'après, j'ai fait pareil. Est-ce que c'était dangereux ? Non, pas du tout ce jour-là. Mais est-ce que c'est une bonne habitude à prendre ? Sûrement pas. C'est là que ça devient un peu flou, cette histoire de sécurité.
Le sentiment d'être invisible ou pressé
Il y a aussi ce sentiment, parfois, d'être un peu le parent pauvre de la route. Les voitures, les camions, ils ont leur place, les piétons aussi. Et nous, les vélos ? On est souvent un peu entre deux, à devoir slalomer, à se faufiler. Et quand on est à vélo, on a aussi une dynamique particulière. On ne démarre pas comme une voiture, on ne s'arrête pas comme un piéton. Il y a un effort physique. Ralentir, s'arrêter complètement, puis redémarrer, ça demande de l'énergie, surtout si on est en côte ou si on transporte des trucs lourds. C'est bête à dire, mais parfois, ce petit « gain de temps » ou cet effort évité, ça peut jouer. Ça ne justifie rien, mais ça explique un peu le raisonnement, vous voyez ce que je veux dire ?
Et puis, il y a la pression du temps. On est tous pressés, non ? On va au travail, on revient, on a un rendez-vous. Et parfois, on a l'impression que chaque seconde compte. Griller un feu, ça peut donner l'illusion de gagner quelques instants précieux. Alors que, franchement, sur un trajet de 20 minutes, ça change quoi, 10 secondes ? Pas grand-chose, au final. Mais sur le coup, on ne réfléchit pas toujours de manière rationnelle. C'est plus une réaction impulsive, je crois.
L'interprétation des règles : le cas du « cédez-le-passage »
D'ailleurs, parlons des règles. Il y a eu cette histoire du « cédez-le-passage cycliste au feu rouge ». Ça, c'est un truc qui a un peu semé la confusion, je trouve. En gros, dans certaines situations, un panneau autorise les cyclistes à tourner à droite ou à aller tout droit même quand le feu est rouge, à condition de céder le passage. C'est super pour la fluidité, mais ça a aussi pu donner l'impression que « les feux rouges, c'est pas pour les vélos », ce qui est évidemment faux. Du coup, certains cyclistes généralisent un peu trop cette exception. C'est un peu comme si on donnait un doigt et qu'ils prenaient tout le bras, si vous me permettez l'expression. C'est dommage, parce que l'intention de base était bonne, mais l'application… enfin bref.
Un manque de respect ou une forme de rébellion ?
Il y a aussi la question du respect des règles en général. Est-ce que griller un feu, c'est un manque de respect envers les autres usagers de la route ? Oui, clairement. Ça peut énerver les automobilistes, les piétons. Et je comprends tout à fait leur agacement. Personne n'aime voir quelqu'un s'affranchir des règles quand on s'y plie soi-même. Je me souviens d'une fois où j'étais piéton, et un cycliste a failli me renverser en grillant un feu. J'étais furieux ! Du coup, je me suis dit : « Plus jamais je ne ferai ça. » C'est une question d'empathie, aussi.
Mais parfois, j'ai l'impression que pour certains, c'est aussi une forme de petite rébellion. Contre la domination de la voiture, contre une infrastructure routière pas toujours adaptée aux vélos. On se dit : « Ils nous imposent des détours, des attentes interminables, alors on prend nos libertés. » C'est un peu une vision romantique, voire anarchique, de la chose, mais je pense que ça existe dans l'esprit de certains. C'est pas une excuse, encore une fois, mais ça fait partie du tableau. On a tous des petites frustrations sur la route, et parfois, on les exprime de manière un peu… discutable.
Alors, on fait quoi ?
En fin de compte, pourquoi les cyclistes grillent les feux rouges ? Je crois qu'il n'y a pas une seule réponse. C'est un mélange de plusieurs facteurs : la perception de la sécurité, le gain de temps illusoire, la fatigue, la confusion autour des règles, et parfois même un sentiment de légitimité mal placé. C'est un peu un comportement humain, avec ses contradictions et ses petits arrangements avec la conscience. Moi, personnellement, j'essaie de faire attention, de respecter les règles. Pas seulement pour éviter l'amende (même si ça aide !), mais surtout pour la sécurité de tous, et pour ne pas donner une mauvaise image des cyclistes. Parce que, franchement, le vélo, c'est génial, et on n'a pas besoin de ça pour se faire mal voir. Alors, la prochaine fois que vous êtes à vélo et que le feu passe au rouge, prenez une seconde pour réfléchir. Ça vaut le coup d'attendre, non ?
