Le mythe du pognon facile
On croit tous que les avocats roulent sur l’or. Sûrement à cause des séries américaines, tu sais, Suits, The Good Wife… Là-bas, ouais, peut-être. Mais en France ? C’est un autre délire. Déjà, faut voir combien de temps ça prend pour en arriver là. Cinq ans d’études, minimum. Enfin, six, sept si tu fais un master spécialisé. Après, il y a le stage d’avocat — ouais, le fameux “stage de fin d’études” — qui dure un an, mal payé, voire pas du tout. Et tu crois que tu sors de là avec un job tout cuit ? Pas du tout. Beaucoup finissent par ouvrir leur propre cabinet, tout seul, sans secrétariat, sans assistante, sans rien.
Les débuts : c’est la galère, point barre
J’ai accompagné une amie, Camille, à son premier jour de stage. Elle venait de finir son master en droit pénal. Elle était super motivée, elle avait pris un petit bureau dans le 18e à Paris. 40 m², moquette beige, étagères Ikea. Elle me montre tout fière, et je lui demande : “Et les clients, ils arrivent ?” Elle rigole, un peu gênée. “J’ai deux ou trois affaires de voisinage cette semaine. Et un divorce où la cliente paie en chèques vacances.” Non, sérieux. En chèques vacances. Elle a failli refuser, mais bon, “mieux que rien”, elle m’a dit.
Alors tu vois, le début, c’est souvent la course aux dossiers, aux honoraires, à la visibilité. Tu fais du réseautage, tu vas à des afterworks juridiques, tu t’inscris à des associations, tu postes sur LinkedIn… Tu fais un peu de tout sauf du droit, en vrai.
Ceux qui s’en sortent… mais pas tous
Bon, après quelques années, certains s’en sortent. Les spécialisés, par exemple. Un avocat fiscaliste dans un gros cabinet parisien ? Là, ouais, il peut toucher 8 000, 10 000 balles par mois. Même plus. Mais c’est pas le cas de tout le monde. Moi, j’ai croisé un avocat spécialisé en droit du travail à Bordeaux. Il gère des prud’hommes toute la semaine. Il bosse comme un dingue, mais il me dit : “Je fais 3 500 nets après cinq ans de barreau.” C’est pas mal, hein, mais comparé aux médecins ou aux ingés, c’est pas non plus la Porsche dans l’allée.
La grande inégalité du métier
Le truc, c’est que c’est hyper inégal. T’as les avocats d’affaires, corporate, M&A… Là, on parle de sommes astronomiques. Mais t’as aussi ceux qui font du droit du logement, de l’aide juridictionnelle, de la médiation familiale. Eux, ils touchent des miettes. Parce que les gens qu’ils défendent, ils ont pas de thunes. Alors l’avocat, il est payé 150 euros par dossier par l’État. Et encore, s’il arrive à le faire passer.
D’ailleurs, au fait, l’aide juridictionnelle, c’est un peu la bouée de sauvetage pour beaucoup. Mais tu passes des plombes à remplir des dossiers, à justifier, à relancer… Et au final, tu touches ton fric six mois plus tard. Pas simple pour boucler les fins de mois.
Et les indépendants dans tout ça ?
Si t’ouvres ton cabinet, t’es indépendant. Donc t’as pas de salaire fixe. T’as des frais : loyer, logiciels, assurance, cotisations sociales (et elles sont lourdes, les cotisations). Du coup, ce que tu gagnes “brut”, faut déjà enlever 40-50 %. Donc si tu fais 5 000 euros de chiffre, tu touches peut-être 2 500 nets. Et encore, si t’as pas de mauvaises surprises.
Julien, mon pote lyonnais, il m’a montré ses comptes un soir. Il faisait 70 000 euros de CA annuel. “Tu te dis ouais, cool. Mais après charges, impôts, loyer du cabinet, secrétariat à mi-temps, il me reste quoi ? 2 200 euros par mois. Et je bosse 60 heures par semaine.”
La pression, ça compte aussi
Et puis, c’est pas juste une question de fric. C’est un métier de pression. Tu portes les angoisses des gens. Un divorce, une mise en examen, une faillite… T’es au milieu de drames humains. Et tu dois rester pro, calme, précis. Moi, j’ai vu Camille pleurer dans les toilettes d’un tribunal après une audience. Elle venait de perdre un dossier de garde d’enfants. Elle se sentait coupable. Alors ouais, le salaire, c’est important, mais la santé mentale aussi.
Franchement, tu gagnes bien ta vie ? Parfois. Mais tu le paies cash. Le temps, le stress, la solitude parfois. Parce que dans un cabinet, tu peux être tout seul. Pas de collègues, pas de pauses café, pas de blagues entre deux dossiers. Que toi, ton ordi, et un café froid.
Et pourtant, ils aiment ça
Alors pourquoi continuer ? Parce que beaucoup aiment leur métier. Julien, il me dit : “Je déteste la paperasse, les factures, les relances… Mais quand je gagne un procès pour un client qui avait tout perdu, là, je me sens utile.” Camille, elle veut monter une association pour accompagner les femmes victimes de violences. Elle bosse bénévolement deux soirs par semaine. “C’est pas payé, mais c’est ce qui me donne un sens.”
Donc non, tous les avocats ne gagnent pas bien leur vie. Mais certains, avec le temps, la spécialisation, le réseau, y arrivent. D’autres choisissent de moins gagner, mais de faire un boulot qui compte. Et y a pas de honte à ça.
Enfin bref, si tu veux devenir avocat pour être riche vite fait… passe ton chemin. Mais si tu veux défendre, aider, te battre, alors peut-être que la galère en vaut la chandelle. Même si t’as parfois du mal à payer ton loyer en chèques vacances.
