Le poids de l’habitude, tu connais ?
Déjà, faut le dire, en France, on aime bien ce qu’on connaît. Genre, vraiment. Tu veux changer quelque chose ? Prépare-toi aux débats interminables, aux réunions qui n’en finissent pas, aux lobbys qui sortent de partout. Le foot français, c’est un peu comme un vieux meuble en rotin : moche, un peu bancal, mais on y tient.
Alors oui, on pourrait passer à 18 ou 22 clubs. Mais non, on reste à 20. Depuis 1993, en fait. Presque 30 ans. Tu te rends compte ? Même les crampons ont changé 15 fois depuis, mais le format, non. Du coup, tout est calibré autour de ça : le calendrier, les droits TV, les déplacements, les budgets. T’imagines le merdier si demain on enlève deux clubs ? Ou qu’on en rajoute quatre ?
Et les finances, dans tout ça ?
Alors là, on touche un truc sensible. Parce que bon, la Ligue 2, c’est pas la Ligue 1. Les budgets, ils sont serrés. Très serrés. J’ai un pote qui bosse à Auxerre – un vrai club de cœur, hein – et il me disait l’autre jour : “On fait avec des bouts de ficelle, mais on tient le coup.”
Si t’enlèves des clubs, t’enlèves des matchs. Moins de matchs, moins de recettes aux guichets, moins de pubs, moins de droits. Et si t’ajoutes des clubs, tu dilues les droits TV. Du coup, tout le monde perd un peu. Enfin, sauf peut-être les petits clubs qui rêveraient d’être promus… mais bon, on n’est pas sûr qu’ils survivraient.
En fait, rester à 20, c’est un compromis. Un sale compromis, mais un compromis. Tout le monde peut vivre avec, plus ou moins. Les clubs du milieu sont contents, les gros pas trop frustrés, les petits pas trop écrasés. Enfin, façon de parler.
Et la montée en Ligue 1, alors ?
Ah oui, tiens. C’est un point crucial. La Ligue 1, elle est à 18 depuis 2023. Avant, elle était à 20 aussi. Donc logiquement, tu te dis : “Bah réduis la 2 aussi !”
Mais non. Parce que si t’as 18 clubs en L1, et que t’en montes 2 depuis la L2, t’as un problème. Sauf si t’en fais monter 3 et descendre 4. Ce qu’ils font d’ailleurs. Mais bon, c’est chelou. Et ça met la pression sur les clubs de L2. Imagine : tu finis 5e, tu crois que t’es tranquille, et paf, t’es en zone relégation parce que y’a eu des recalibrages. Moi, j’ai vu ça avec Niort, l’année dernière. Un truc de fou.
Mais bon, du coup, garder 20 clubs en L2, ça permet d’avoir plus de matchs, plus de suspense, et surtout… plus de chances de remonter. Même à la 15e place en janvier, t’as encore un espoir. Enfin, façon de parler.
Et les supporters, ils en pensent quoi ?
Alors là, j’ai mon mot à dire. L’an dernier, je suis allé à Bastia. Un vrai délire. Le stade, c’est un chaudron. Et au bar après le match, tout le monde parlait du format. Un vieux monsieur, casquette et rouge jusqu’au cou, me dit : “20 clubs, c’est bien. Comme ça, y’a toujours un espoir. On peut tous rêver.”
Franchement, ça m’a marqué. Parce que c’est vrai. En L2, c’est pas juste du foot. C’est du rêve. C’est un petit club de province qui peut croire qu’un jour, il grimpera. Et avec 20 équipes, t’as plus de places, plus de possibilités. Moins d’injustice statistique, en quelque sorte.
Bon, après, y’a aussi ceux qui disent que c’est trop long, la saison. 38 journées. C’est vrai que ça traîne un peu. Surtout en hiver, quand il pleut, que t’as plus de motivation… mais bon, c’est le charme, non ?
Et l’Europe, dans tout ça ?
Attends, j’y pense… Non, en L2, pas d’Europe. Mais c’est marrant, j’ai entendu un truc l’autre jour : certains voudraient un système à deux phases, style playoffs, pour dynamiser la fin de saison. Comme en Belgique ou aux États-Unis.
Mais bon, la FFF et la LFP, elles ont le nez creux. Elles savent que si elles touchent à ça, c’est la guerre. Les traditionnalistes vont hurler, les clubs vont se plaindre du manque d’équité, les médias vont en faire des tonnes… Du coup, elles préfèrent la tranquillité. Même si c’est un peu mou.
Et toi, tu préférerais quoi ?
Je te pose la question comme ça. Moi, je suis partagé. D’un côté, j’aimerais bien un format plus serré, plus intense. 18 clubs, ça ferait des matchs plus décisifs, moins de fatigue. Mais d’un autre côté… j’aime bien cette idée que n’importe qui peut s’accrocher jusqu’au bout.
Et puis, tu sais quoi ? La Ligue 2, c’est un peu le petit frère mal aimé, mais qui a du cœur. Il fait moins de bruit, il a moins de fric, mais il joue avec les tripes. Et garder 20 clubs, c’est peut-être juste une façon de lui laisser sa place. Sa place à lui.
Alors ouais, c’est pas parfait. Ouais, c’est un peu rigide. Mais franchement, est-ce que c’est si mal que ça ?
Enfin bref. Moi je dis : laissez-les tranquilles. Tant qu’il y a du suspense, des crampons qui claquent, et un petit mec en tribune qui hurle “Allez le DFCO !” sous la pluie… ben c’est bon. On continue comme ça.
