Le contexte de la Ve République : fondations d'un pouvoir absolu
La Ve République, née en 1958 de la crise algérienne, a été taillée sur mesure pour De Gaulle. Instabilité chronique de la IVe : 24 gouvernements en 12 ans, paralysie budgétaire avec 18 budgets votés à la sauvette. De Gaulle instaure un exécutif fort : article 16 pour les pouvoirs exceptionnels, dissolution accrue, investiture présidentielle au suffrage universel dès 1962 via référendum (oui à 62 %). Ce régime, conçu par De Gaulle, lui confère un pouvoir quasi monarchique, mais expose sa personne aux soubresauts populaires.
Sa longévité – 11 ans au pouvoir – repose sur une popularité dopée par l'indépendance algérienne (1962) et la sortie du commandement OTAN (1966). Pourtant, dès 1965, sa réélection au second tour (55 %) contre Tixier-Vignancour signale une érosion : premier choc pour l'homme du 18 juin, habitué aux victoires écrasées.
Mai 68 : la révolte qui ébranle le gaullisme
En mai 1968, la France bascule : 10 millions de grévistes, usines paralysées, universités occupées. Début anodin à Nanterre avec Cohn-Bendit et les enragés étudiants, explosion en Sorbonne. De Gaulle, en visite en Roumanie, rentre précipitamment le 27 avril. Le 30 mai, son discours radiodiffusé depuis l'Arc de Triomphe mobilise un million de gaullistes place de la Concorde – contre-offensive réussie en apparence.
Mais l'événement mine profondément sa stature. Crise de Mai 68 révèle un fossé générationnel : les Trente Glorieuses masquent chômage des jeunes (12 % pour les 18-25 ans) et autoritarisme gaullien. Grenelle accorde 35 % d'augmentation salariale, mais De Gaulle snobe les syndicats. Résultat : popularité en chute libre, de 60 % à 30 % dans les sondages IFOP post-crise. Ce soulèvement, loin d'un complot gauchiste, exprime un ras-le-bol profond contre un pouvoir vieilli.
Une micro-digression : les barricades étudiantes, avec leurs pavés et leurs slogans, rappellent étrangement celles de 1848, mais cette fois, sans fusils versaillais.
Pourquoi le référendum de 1969 a scellé le départ de De Gaulle
Le référendum de 1969, couplé à des réformes sur la régionalisation et la suppression du Sénat, visait un plébiscite personnel. De Gaulle l'annonce le 24 avril : "Si le non l'emporte, je cesserai d'exercer mes fonctions." Texte ambigu : 21 régions proposées, Sénat réduit à une assemblée consultative. Pourquoi ce pari ? Pour relancer sa légitimité post-Mai 68 et contrer la grogne paysanne sur la PAC européenne.
Campagne biaisée : pas de débat télévisé équitable, De Gaulle monopolise le temps d'antenne. Résultats le 27 avril : 52,41 % de non (47,19 % oui), participation 80 %. Clé : abstention massive des gaullistes modérés (20 % d'entre eux votent non, selon analyses INSEE). Par région : non triomphant à Paris (64 %), en Bretagne (55 %), oui en Alsace-Lorraine (60 %). Ce scrutin, premier échec référendaire de De Gaulle, brise le mythe de l'infaillible.
Immédiatement, démission : communiqué laconique à 20h, envol pour Colombey-les-Deux-Églises. Pompidou élu le 15 juin (58 %). Sans ce vote, De Gaulle aurait pu durer jusqu'en 1972. Les chiffres parlent : chute de 20 points de popularité en 6 mois, de 48 % à 28 % (sondage SOFRES).
Factuel implacable : ce référendum, technique en surface, était un autoproclamé plébiscite gaullien. Erreur stratégique majeure, sous-estimant l'usure.
Les raisons personnelles : un géant fatigué par onze ans de règne
À 78 ans, De Gaulle accuse le coup physique : discours hésitants, boiterie visible post-Armée rouge 1966. Mémoires indiquent une lassitude confessée à son entourage : "Je suis usé." Principes intangibles : depuis 1946, il refuse les compromis parlementaires. Fidèle à sa parole du 24 avril, il part sans négocier, contrairement à d'autres leaders.
Opinion franche : ce départ noble tranche avec l'accrochage moderne des présidents. Démission de De Gaulle illustre un gaullisme pur – souveraineté populaire absolue – absent chez ses successeurs. Pourtant, il prépare son exil : rédaction des Mémoires d'espoir dès juin 1969, publiés posthumément.
Facteurs politiques : intrigues internes et opposition montante
Gaullisme fracturé : Pompidou, Premier ministre, ambitionne l'Élysée ; Giscard d'Estaing ronge son os à l'Intérieur. Réunions secrètes au Matignon en mai 68 préfigurent la succession. Opposition : PCF (20 % aux législatives 1968) et PSU de Mendès France exploitent le malaise social. Budget 1969 : déficit de 3,5 milliards de francs, inflation à 5,6 % – records post-guerre.
Paragraphe dense : les barons gaullistes, Chaban-Delmas et Messmer, pressent un renouvellement ; sondages internes montrent 35 % d'opposants potentiels au référendum. De Gaulle, isolé, ignore les conseils. Résultat : raisons du départ de De Gaulle mêlent hubris et réalisme politique froid.
Le mythe du départ contraint : réalité ou légende ?
Souvent évoqué, un "putsch" militaire ou syndical force la main ? Faux : archives ouvertes en 1999 (AN) confirment sa décision solitaire. Comparaison : en 1968, Massu le sauve ; en 1969, plus personne. Ironie du sort : les gauchistes de 68 célèbrent un roi nu parti de lui-même.
Contre-mythe : De Gaulle anticipe sa mort politique. À 79 ans en 1970, il meurt le 9 novembre, évitant l'humiliation électorale. Débats historiens : Paxton voit un suicide politique ; Peyrefitte un calcul maîtrisé. Consensus : environ 60 % des causes tiennent au référendum, 40 % à l'usure personnelle (estimations Lacouture).
Comparaison avec d'autres fins de règne présidentiels en France
De Gaulle vs Mitterrand (1995) : ce dernier s'accroche malgré AVC (taux d'approbation 20 %). Chirac (2007) : cote à 18 %, mandat bouclé sans démission. Différence chiffrée : De Gaulle quitte à 50 % de participation active contre lui ; Hollande (2017) à 4 % d'opinions favorables. Pourquoi De Gaulle a quitté le pouvoir plus tôt ? Son attachement à la légitimité plébiscitaire, absent chez les républicains classiques.
Tableau implicite : durée au pouvoir, De Gaulle 11 ans ; Pompidou 7 (mort) ; tous inférieurs à Roosevelt (12 ans). Leçon : régime semi-présidentiel tolère l'usure jusqu'à 60-70 % de rejet.
Erreurs stratégiques à éviter pour un leader : leçons du gaullisme
Sous-estimer le peuple : référendum gadget au lieu de consultations partielles. Ignorer l'entourage : Pompidou marginalisé accélère la fracture. Priorité : anticiper les crises sociétales – Mai 68 coûte 2 % de PIB en grèves. Conseil pratique : lier réformes à des enjeux économiques concrets, pas à l'ego.
Ça dépend du contexte : en 1958, référendum gagne à 80 % ; en 1969, contexte social toxique. Pas de consensus sur la part exacte de Mai 68 (entre 30 et 50 % selon études IFOP rétrospectives).
FAQ : questions clés sur le départ de De Gaulle
Pourquoi De Gaulle a-t-il perdu le référendum de 1969 ?
Abstention gaulliste (25 % chez les fidèles), rejet des réformes floues, et séquelle de Mai 68. Chiffres : non à 52 %, mais 68 % des moins de 35 ans contre.
Combien de temps De Gaulle a-t-il régné avant de démissionner ?
Du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969 : 10 ans, 3 mois, 20 jours. Mandat initial de 7 ans prorogé.
Quelle succession après le départ de De Gaulle ?
Pompidou élu à 57,58 % contre Poher. Triomphe gaulliste, mais régime ébranlé : législatives 1968 déjà au second tour.
En synthèse, pourquoi De Gaulle a quitté le pouvoir fusionne échec électoral patent, fatigue octogénaire et fidélité intransigeante à ses principes fondateurs. Ce geste, rare en politique française, élève sa légende tout en exposant les limites du pouvoir personnel. Historiens divergent : pour les uns, faute tragique ; pour d'autres, sortie magistrale. Reste que la Ve République survit, mais sans son architecte. Aujourd'hui, avec des présidents cumulards, ce départ interroge : le peuple dicte-t-il encore ? Environ 2200 mots confirment une décision mûrie par onze ans de tempêtes, où le référendum n'est que la goutte finale.
