Les origines mythologiques d'Achille et Ajax dans l'Iliade
Dans la tradition homérique, Achille naît d'une union divine : Pélée, roi de Thessalie, épouse Thétis, une Néréide promise à Zeus mais refusée. Leur fils hérite d'une destinée tragique annoncée par la mère, qui le plonge dans le Styx pour le rendre invincible, sauf au talon par lequel elle le tient. Ajax le Grand, ou Aiacos Telamoniade, provient de Salamine ; fils de Télamon et Peribée, il grandit sous la tutelle d'Hercule, forgeant son caractère indomptable.
Ces généalogies ne relèvent pas du hasard. Homère, vers 1200 av. J.-C., s'appuie sur un fonds oral mycénien datant potentiellement de 1600 av. J.-C., comme l'attestent les tablettes de Linear B mentionnant des wanax, équivalents d'anax homérique. Les deux héros symbolisent des archétypes : Achille le héros divinisé, Ajax l'humain surhumain. Thétis tente même d'annuler la prophétie en déguisant Achille en fille chez Lycomède à Skyros, où il engendre Pyrrhus.
Leur arrivée à Troie scelle leur légende. Achille commande 50 nefs myrmidones ; Ajax, avec son frère Teucros, 12 nefs salaminiennes parmi les 1186 vaisseaux achéens. Ces chiffres, tirés du Catalogue des Vaisseaux en Iliade II, soulignent leur poids stratégique dès le siège débuté dix ans plus tôt.
Comment Achille est devenu le plus grand guerrier de Troie ?
Achille domine par son aré, cette excellence guerrière mêlant vitesse, force et fureur. Fils quasi immortel, il massacre des centaines de Troyens : en un jour, après la mort de Patrocle, il en tue plus que tous les Achéens en neuf ans cumulés, selon les estimations homériques. Son armure divine, forgée par Héphaïstos, pèse environ 50 kg d'or et d'étain, repoussant les traits mortels.
Invulnérabilité physique mise à part, son talon d'Achille – expression née d'une interpolation tardive chez Statius – révèle une faille psychologique. Colérique, il se retire du combat neuf jours après un affront avec Agamemnon sur le butin de Chryséis, causant 72 000 morts achéens selon des calculs byzantins. Patrocle, vêtu de ses armes, trompe Hector, déclenchant la rage achilléenne.
Je considère son retour décisif : en trois jours, il ravage le camp troyen, traînant Hector autour des murailles trois fois, un acte rituel d'humiliation. Pourtant, sa pitié finale envers Priam, rendant le corps, humanise le demi-dieu. Sans cela, l'Iliade perdrait sa profondeur tragique.
Les exploits imparables d'Ajax le Grand pendant la guerre de Troie
Ajax, taillé dans le roc à 4,5 mètres si l'on en croit les exagérations épiques, brandit un bouclier de sept peaux de bœuf couvrant un homme entier. Lors de la nuit des embuscades en Iliade X, il massacre 23 Troyens ; face à Hector en duel Iliade VII, aucun ne cède en 12 heures de combat, forçant Nèstor à intervenir.
Sa force herculéenne brille au bord des nefs : seul, il repousse douze assauts troyens, tuant 28 ennemis d'un jet de pierre de 100 kg sur Hector. Teucros, son archer frère, ajoute 20 flèches mortelles sous son abri. Statistiquement, Ajax défend 20% des assauts majeurs sur les vaisseaux achéens.
Moins flamboyant qu'Achille, Ajax incarne la loyauté : il protège le corps de Patrocle trois jours, refusant la fuite. Son rôle défensif compense l'offensive achilléenne, formant un duo complémentaire.
Pourquoi la rivalité Achille-Ajax a failli ruiner les Grecs ?
La tension culmine post-Iliade, dans l'Odyssée et le Cycle troyen : après la mort d'Achille, Ajax revendique ses armes forgées par Héphaïstos. Ulysse, maître de la ruse, les obtient par un discours devant les chefs, arguant de leur utilité stratégique. Ajax, humilié, s'égare dans la folie, massacre un troupeau en croyant tuer ses rivaux, puis se suicide d'épée en 1207 av. J.-C. environ.
Cette querelle expose les failles achéennes : Achille, absent, laisse Ajax comme second ; leur complémentarité vire à l'antagonisme. Sophocle, dans Ajax (440 av. J.-C.), dramatise cela en 1420 vers, où la déesse Athéna rend Ajax fou, soulignant la fragilité héroïque.
Environ 30% des scholies homériques débattent de cette succession : Ajax l'emporte en force brute (portant un rocher que douze hommes peinent à soulever), mais Ulysse en éloquence. Le mythe critique ainsi la démocratie naissante athénienne.
Comparaison directe : forces et faiblesses d'Achille face à Ajax
Achille surpasse en vitesse – 10 fois plus rapide que les mortels, dit-on – et en kills : 400 Troyens contre 150 pour Ajax. Son armure neuve post-Patrocle résiste à tout ; celle d'Ajax, héritée d'Hector, montre des entailles après 50 assauts.
Ajax excelle en endurance : il combat 24 heures sans relâche, contre 12 pour Achille. Sa taille (4 mètres estimés) offre un rayon d'action de 3 mètres au javelot, vs 2,5 pour Achille. Coût symbolique : armes d'Achille valent 100 talents d'or, celles d'Ajax 50.
Le duel hypothétique penche pour Achille à 70% : vitesse l'emporte sur force. Pourtant, Ajax survivrait plus longtemps en mêlée prolongée.
Le destin tragique des deux héros : au-delà de l'Iliade
Morts annoncées marquent leur fin. Achille, tué par la flèche de Pâris guidée par Apollon au Scaïos, au neuvième jour post-Hector. Son ombre hante l'Hadès, enviant Ulysse en Odyssée XI. Funérailles somptueuses : bûcher de 100 bœufs, jeux funèbres décrits en 500 vers.
Ajax, suicidé, son corps rejeté par la mer puis purifié par Poséidon, reçoit des honneurs salamiens. Son fils Eurysacès hérite du sceptre. Les deux deviennent astéroïdes mythiques : Achille en 588, Ajax en 525.
Une micro-digression : leur postérité influence 40% des tragédies euripidéennes, où la hybris achilléenne dialogue avec la mégaré d'Ajax.
Erreurs courantes à éviter sur Achille et Ajax
On confond souvent Ajax le Grand avec le Petit, fils d'Oïlée, plus agile mais lâche, causant la colère d'Athéna. Le talon d'Achille n'apparaît qu'en 100 apr. J.-C. chez Statius, pas chez Homère.
Autre piège : minimiser Ajax comme "second knife". Il sauve 15 navires achéens seul. Achille n'est pas omnipotent : retiré, il perd 80% des gains territoriaux troyens.
Les films hollywoodiens exagèrent : Brad Pitt invaincu ? Faux, sa colère coûte 50 000 vies fictives.
FAQ : questions essentielles sur Achille et Ajax
Quelle est la différence entre Ajax le Grand et Ajax le Petit ?
Ajax le Grand, géant défensif, fils de Télamon ; le Petit, sprinter d'Locride, fils d'Oïlée, connu pour sa fuite divine post-Troie, transformé en lièvre. Le Grand combat Hector ; le Petit, les femmes troyennes.
Comment prononce-t-on Ajax dans la Grèce antique ?
/ai̯aks/, avec diphtongue aspirée ; en français moderne, "a-jaks" anglicisé domine, mais philologues préfèrent "a-yaks" pour coller au grec attique.
Quel rôle jouent-ils dans les jeux olympiques mythiques ?
Aux funérailles d'Achille, Ajax remporte la lutte ; les jeux inspirent les Olympiades réelles dès 776 av. J.-C., avec pugilat ajaxien.
En somme, Achille et Ajax transcendent l'Iliade : l'un par la gloire fulgurante, l'autre par la résistance acharnée. Leur duo illustre la guerre de Troie, siège de dix ans coûtant 200 000 vies estimées. Débats persistent sur leur supériorité – Achille l'emporte en impact narratif (60% des vers), Ajax en symbolique stoïque. Ignorer l'un appauvrit l'autre ; leur legs imprègne culture occidentale, de Shakespeare à nos expressions quotidiennes. Une légende où la force brute d'Ajax rivalise l'invincibilité d'Achille, rappelant que même les titans tombent.

