L'empreinte indélébile de Norman Vincent Peale sur la jeunesse de Donald Trump
Pour comprendre le logiciel spirituel de l'homme d'affaires, il faut remonter aux années 1950, dans le quartier de Jamaica, dans le Queens. La famille Trump fréquentait alors la First Presbyterian Church, mais c'est à la Marble Collegiate Church de Manhattan que tout se joue vraiment. C'est là que Donald, encore jeune loup de l'immobilier, écoute les sermons de Norman Vincent Peale. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais à l'époque, Peale est une superstar de la chaire, l'auteur du best-seller mondial The Power of Positive Thinking (La puissance de la pensée positive).
Marble Collegiate Church : le berceau d'une vision conquérante
Peale ne prêchait pas le péché originel ou la repentance larmoyante. Non, lui parlait de confiance en soi, de visualisation de la réussite et de l'idée que Dieu veut que vous soyez riche et heureux. Le truc c'est que ce discours a littéralement infusé dans l'esprit du futur président. Trump a souvent qualifié Peale de "plus grand prédicateur" qu'il ait jamais entendu. On est loin de la piété ascétique ; on est dans une religion de l'action où la foi est un levier pour écraser la concurrence. Je reste convaincu que c'est ici, sur les bancs de cette église de la Cinquième Avenue, que s'est forgée la conviction de Trump selon laquelle être un "winner" est une forme de bénédiction divine.
Le Pouvoir de la pensée positive comme catéchisme personnel
Cette approche de la religion est éminemment pragmatique. Pour Peale, si vous croyez en votre succès, Dieu vous l'accordera. Trump a repris ce concept mot pour mot dans ses propres livres, notamment dans The Art of the Deal. Il n'y a pas de place pour le doute ou l'introspection douloureuse dans cette vision du monde. C'est une spiritualité qui évacue la notion de faiblesse, ce qui explique sans doute pourquoi, lorsqu'on lui a demandé en 2015 s'il avait déjà demandé pardon à Dieu, il a répondu qu'il n'en voyait pas vraiment la nécessité tant qu'il ne faisait pas de grosses erreurs. Une réponse qui a fait bondir les théologiens traditionnels, mais qui colle parfaitement à l'enseignement de Peale.
Le virage vers le statut de chrétien non-dénominationnel
Pendant des décennies, Donald Trump s'est présenté comme un presbytérien "fier de l'être". Mais en octobre 2020, dans une interview accordée au Religion News Service, il lâche une petite bombe sémantique : il ne se considère plus comme presbytérien mais comme "non-denominational Christian". Ce changement n'est pas qu'une question d'étiquette sur un CV. C'est le reflet d'une rupture consommée avec les institutions religieuses traditionnelles (les fameuses "mainline churches") qui sont devenues, à ses yeux, trop libérales ou trop critiques à son égard.
Une rupture avec l'étiquette presbytérienne institutionnelle
L'Église presbytérienne (USA), à laquelle il était rattaché, a souvent pris des positions progressistes sur l'immigration ou le climat, des sujets où Trump est à l'opposé total. En se déclarant non-dénominationnel, il s'affranchit de toute hiérarchie ecclésiastique. Il devient son propre pasteur, en quelque sorte. C'est aussi une manière de se rapprocher de sa base électorale la plus fidèle : ces millions d'Américains qui fréquentent des "megachurches" indépendantes et qui se méfient des structures religieuses établies depuis des siècles. Là où ça coince pour certains, c'est que ce mouvement semble plus politique que mystique.
L'influence grandissante des églises charismatiques et de Paula White
Si Trump s'est éloigné des presbytériens, c'est pour tomber dans les bras des leaders charismatiques. La figure centrale ici est Paula White-Cain, une télévangéliste adepte de la "théologie de la prospérité". Elle est son mentor spirituel depuis 2002. C'est elle qui a organisé ses rencontres avec les leaders religieux et qui a dirigé le bureau de l'initiative confessionnelle à la Maison-Blanche. Avec elle, on n'est plus dans la retenue presbytérienne mais dans l'exubérance, les prophéties et l'idée que le chef de l'État est un instrument de Dieu, un "nouveau Cyrus" chargé de protéger les chrétiens.
La relation complexe entre le milliardaire et les évangéliques blancs
On n'y pense pas assez, mais l'alliance entre Trump et les évangéliques est l'un des paradoxes les plus fascinants de la politique moderne. Comment un homme marié trois fois, habitué des casinos et au langage parfois fleuri, a-t-il pu devenir l'idole d'un électorat attaché aux valeurs morales traditionnelles ? La réponse tient en un mot : protection. Les évangéliques n'ont pas cherché en Trump un saint ou un modèle de vertu, mais un "gladiateur" capable de mener leurs batailles culturelles, notamment sur la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême.
Le pacte transactionnel de 2016 et 2020
En 2016, 81 % des évangéliques blancs ont voté pour lui. En 2020, ce chiffre est resté massif, autour de 76 %. Ce n'est pas de l'aveuglement, c'est un calcul. Trump leur a promis le pouvoir et l'accès au Bureau ovale, et il a tenu parole. En échange, ils ont fermé les yeux sur ses lacunes en exégèse biblique. C'est une relation purement transactionnelle, un "deal" comme il les aime. Il leur a donné la fin de Roe v. Wade (le droit à l'avortement), ils lui ont donné leur loyauté absolue. On est loin du sermon sur la montagne, mais c'est redoutablement efficace.
Les chiffres records du vote religieux
Pour donner un ordre de grandeur, aucun candidat républicain, pas même George W. Bush qui affichait pourtant une foi sincère et profonde, n'avait réussi à mobiliser cet électorat avec une telle intensité. Trump a transformé la religion en une identité culturelle et politique. Pour beaucoup de ses partisans, être chrétien et être pro-Trump est devenu indissociable, créant une sorte de religion civile américaine où le drapeau et la croix se confondent sur les estrades de meeting.
Ces gaffes bibliques qui n'ont jamais refroidi ses partisans
Honnêtement, c'est flou quand on essaie de savoir si Trump lit vraiment la Bible. Tout le monde se souvient de son passage à l'université Liberty en 2016, où il a cité "Two Corinthians" au lieu de "Second Corinthians". Une erreur de débutant qui aurait coulé n'importe quel autre candidat chez les croyants. Mais pas lui. Pourquoi ? Parce que ses partisans s'en fichent. Ils préfèrent un leader qui tient une Bible (même à l'envers, comme lors de la fameuse photo devant l'église St. John en juin 2020) qu'un politicien qui la cite parfaitement mais qui vote contre leurs intérêts.
L'épisode de la Bible devant l'église St. John
Ce moment est resté gravé comme l'un des plus controversés de sa présidence. Après avoir fait disperser des manifestants par la force, Trump a marché vers l'église épiscopale St. John pour y brandir une Bible. Il n'a pas prié. Il n'est pas entré. Il a juste montré le livre. Pour ses détracteurs, c'était un sacrilège pur et simple. Pour ses supporters, c'était un geste de défi et de réaffirmation de l'ordre face au chaos. C'est là qu'on voit que pour Trump, la religion est un symbole, un totem de puissance plus qu'un chemin de croix.
Le refus de citer un verset préféré
Lorsqu'un journaliste lui a demandé quel était son verset préféré, Trump a botté en touche en disant que c'était "trop personnel". Puis, pressé de choisir entre l'Ancien et le Nouveau Testament, il a répondu "les deux". Plus tard, il a fini par citer "œil pour œil", une loi du talion qui correspond assez bien à sa philosophie de vie mais qui est précisément ce que Jésus de Nazareth a demandé de dépasser. C'est une nuance qui n'a pas semblé perturber ses fidèles, car ils voient en lui un protecteur, pas un théologien.
La théologie de la prospérité : le vrai moteur de sa foi ?
Si l'on devait coller une étiquette précise sur la spiritualité de Donald Trump, ce serait sans doute celle de la théologie de la prospérité (Prosperity Gospel). Ce courant du protestantisme américain enseigne que la richesse matérielle est un signe de faveur divine. Plus vous donnez à Dieu (ou à son église), plus Dieu vous rendra au centuple en dollars et en succès. Pour un homme qui a bâti tout son empire sur l'image de la fortune et de l'opulence, cette vision est incroyablement séduisante. Elle élimine la culpabilité liée à l'argent.
Dieu veut que vous soyez riche
Dans ce cadre de pensée, Trump n'est pas un pécheur cupide, mais un homme béni. C'est une inversion totale des valeurs chrétiennes traditionnelles sur la pauvreté évangélique. Mais aux États-Unis, c'est un courant puissant. Les pasteurs qui entourent Trump, comme Paula White ou Kenneth Copeland, prêchent exactement cela. Ils voient dans les tours dorées de Trump la preuve que ses principes fonctionnent. C'est une religion qui parle le langage du business, et c'est le seul langage que Donald Trump maîtrise vraiment sur le bout des doigts.
L'absence de repentance, un point de friction théologique
Le plus grand fossé entre Trump et le christianisme classique reste la question de la repentance. Le christianisme repose sur l'idée que l'homme est faillible et qu'il doit demander pardon. Trump, lui, est dans une logique de force. Demander pardon, c'est admettre une défaite. Lors du sommet religieux de l'Iowa en 2015, il a déclaré : "J'essaie simplement de faire un meilleur travail pour ne pas avoir à demander pardon". Cette phrase reste un cas d'école pour les pasteurs qui tentent d'analyser sa foi. Elle montre une religion de l'auto-suffisance où l'individu est son propre sauveur par ses œuvres et son succès.
Pourquoi la religion de Trump est souvent mal comprise
On fait souvent l'erreur de vouloir mesurer la foi de Trump à l'aune de la pratique européenne ou catholique. Mais Trump est un pur produit de la culture religieuse américaine, où la frontière entre le spectacle, le business et la foi est extrêmement poreuse. On n'est pas dans le mystère de la foi, on est dans l'efficacité de la croyance. Pour lui, la religion est un outil de cohésion sociale et un marqueur de civilisation. Il défend la "civilisation judéo-chrétienne" comme on défend une marque ou un territoire.
Le concept de "Civil Religion"
Trump pratique ce que les sociologues appellent la religion civile. C'est l'utilisation de symboles religieux pour renforcer le nationalisme. Quand il dit "Nous ne vénérons pas le gouvernement, nous vénérons Dieu", il ne fait pas forcément une profession de foi personnelle, il trace une ligne de démarcation politique. Il dit à ses électeurs qu'il est dans leur camp, celui des valeurs traditionnelles, contre le camp séculier et progressiste. C'est une religion de combat, une arme de guerre culturelle.
Une foi qui se vit sur Twitter et dans les meetings
Sa communication religieuse passe rarement par des moments de recueillement silencieux. Elle passe par des majuscules sur les réseaux sociaux : "MERRY CHRISTMAS", "RELIGIOUS LIBERTY!". En redonnant aux chrétiens le sentiment qu'ils sont une majorité persécutée (une idée très ancrée chez les évangéliques), il s'est positionné comme leur défenseur ultime. Peu importe qu'il ne connaisse pas ses psaumes, tant qu'il se bat pour que les crèches reviennent dans l'espace public. C'est une approche marketing de la foi qui a parfaitement fonctionné.
Questions fréquentes sur la spiritualité de Donald Trump
Trump est-il catholique ?
Non, Donald Trump n'est pas catholique. Il a été élevé dans la tradition presbytérienne (protestante) et s'est marié dans une église épiscopalienne avec Melania Knauss. Cependant, il entretient des liens étroits avec certains milieux catholiques conservateurs, notamment sur la question de la défense de la vie (pro-life). Sa nomination de la juge catholique Amy Coney Barrett à la Cour suprême a d'ailleurs été perçue comme un signal fort envoyé à cet électorat.
Quelle est l'église que Trump fréquente aujourd'hui ?
Depuis qu'il a quitté Washington pour Mar-a-Lago en Floride, Trump ne semble pas fréquenter une église de manière régulière chaque dimanche. Il assiste parfois aux services de l'église Bethesda-by-the-Sea à Palm Beach pour les grandes fêtes comme Pâques ou Noël. C'est dans cette même église qu'il s'est marié en 2005. Sa pratique reste épisodique et très médiatisée, souvent liée à des événements familiaux ou politiques.
Est-ce que Trump croit vraiment en Dieu ?
C'est la question à un million de dollars. Personne ne peut sonder les cœurs, mais ses proches assurent qu'il a une foi réelle, bien que très personnelle. Ses détracteurs, eux, y voient un pur cynisme électoral. Ce qui est certain, c'est que sa vision de Dieu est celle d'un allié puissant plutôt que celle d'un juge moral. Pour Trump, Dieu semble être le "Big Boss" final qui valide son destin exceptionnel. C'est une foi qui ne demande pas de comptes, mais qui offre une protection.
Verdict : Une foi transactionnelle plus que dévotionnelle ?
Au final, définir la religion de Donald Trump revient à naviguer dans un océan de paradoxes. Il est le produit d'un presbytérianisme classique, transformé par la pensée positive de Norman Vincent Peale et solidifié par une alliance de fer avec les évangéliques modernes. S'il a abandonné l'étiquette presbytérienne pour le terme plus flou de "non-dénominationnel", c'est pour mieux coller à l'esprit de son temps et de sa base. Sa religion n'est pas celle des théologiens, c'est celle des bâtisseurs et des combattants. Elle est transactionnelle : il offre sa protection politique en échange d'une onction spirituelle qui légitime son pouvoir. Reste que cette approche a redéfini durablement le paysage religieux et politique des États-Unis, prouvant que dans l'Amérique du XXIe siècle, la foi peut être le plus puissant des outils marketing. Bref, Trump n'a pas changé de religion, il a adapté la religion à sa propre image : celle d'un homme qui ne perd jamais, même devant l'éternel.
