Le Coran en parle, mais sans donner son nom ?
Oui, carrément. Dans le Coran, elle est là, bien présente, surtout dans la sourate 27, An-Naml. Il y a tout : les fourmis, le merveilleux, le roi Salomon, les oiseaux… mais son nom ? Nada. Rien. Le texte l’appelle simplement "la reine de Saba". En arabe, c’est "Malikat Saba". Du coup, on se retrouve avec une figure énorme, puissante, intelligente, mais… anonyme. C’est un peu frustrant, non ?
Elle envoie un cadeau à Salomon, il le refuse. Elle monte sur son trône, il le fait transporter par magie. Elle se prosterne devant Dieu. Bref, elle passe d’idolâtre à croyante. Un arc spirituel énorme. Et pourtant — pas de prénom en clair.
Et pourtant, tout le monde dit "Bilqis"…
Ah oui, Bilqis ! C’est comme ça qu’on l’appelle dans presque toutes les traditions musulmanes. Mais attends, c’est pas dans le Coran. Du coup, d’où ça vient ?
Alors, en fait, c’est venu des commentaires coraniques, des légendes, des récits des Anciens — ce qu’on appelle les *Qaṣaṣ al-Anbiyā* (les récits des prophètes). Ces textes-là, ils ont enrichi les histoires bibliques et coraniques avec plein de détails. Et là, paf, ils lui collent un nom : Bilqis. Probablement une déformation arabe d’un nom sud-arabique ou éthiopien. Peut-être lié à "Balqis" ou "Bilquis". Enfin, les linguistes s’arrachent les cheveux là-dessus.
Moche, beau, peu importe. Ce qui compte, c’est que ce nom est entré dans la culture. Dans les écoles coraniques, dans les sermons, même dans les dessins animés pour enfants. Bilqis, c’est elle. Point.
Mais pourquoi on tient tant à lui donner un nom ?
Faut se poser la question. Pourquoi on ne peut pas laisser une femme puissante exister sans étiquette ? Peut-être que… bah, on a besoin de l’humaniser. Un nom, ça rend réel. Ça raccroche à quelque chose de concret.
Je me souviens, j’en ai parlé à un imam à Marseille, un gars super posé, très calme. Il m’a dit : "Le Coran ne donne pas toujours les noms, parce que parfois, c’est le rôle qui compte, pas l’identité." Du coup, elle est reine, femme sage, dirigeante, convertie sincère. Son nom, c’est son histoire.
Et côté judéo-chrétien, elle s’appelle comment ?
Alors là, c’est marrant. Dans la Bible, elle est aussi anonyme. 1 Rois 10, elle vient voir Salomon avec des épices, de l’or, des devinettes… mais toujours pas de nom. C’est dans les traditions juives tardives, genre le Talmud ou les midrashim, qu’on commence à parler d’elle avec plus de détails. Mais encore une fois, rien de canon.
Les chrétiens éthiopiens, par contre, eux, ils ont une version bien ficelée. Dans le *Kebra Nagast*, ce texte sacré éthiopien, elle s’appelle Makeda. Et elle aurait eu un fils avec Salomon, Ména, fondateur de la dynastie des empereurs d’Éthiopie. Donc pour eux, c’est une ancêtre directe. C’est énorme.
Donc en résumé : en Islam, on dit Bilqis. En Éthiopie chrétienne, c’est Makeda. Dans le Coran et la Bible, c’est juste… la reine de Saba. Comme si son titre suffisait.
Et toi, tu préfères quoi ?
Franchement, je balance. Parce que d’un côté, Bilqis, ça sonne bien. C’est ce que j’ai toujours entendu. C’est ancré. Mais d’un autre côté, y a quelque chose de beau à garder cette mystère. Une femme dont on connaît la sagesse, le pouvoir, l’humilité, mais pas le prénom. C’est presque plus fort, non ?
Enfin bref, l’important, c’est pas tant le nom que ce qu’elle représente. Une dirigeante femme, intelligente, qui reconnaît une vérité plus grande qu’elle. C’est rare dans les textes anciens, et c’est précieux.
Et puis bon, entre nous, tu la vois arriver avec un trône téléporté et des hirondelles messagères… t’aurais pas un peu flipper aussi ? Moi, je crois que je me serais prosterné direct.
Allez, à la prochaine pour une autre énigme. Parce que tu sais quoi ? J’ai toujours voulu savoir si Salomon parlait vraiment aux animaux… ou si c’était juste une métaphore. Mais ça, c’est une autre histoire.
