Plongeons dans les textes, les interviews et les nuances d’un homme qui a passé sa vie à chercher des réponses là où la plupart d’entre nous n’osent même pas poser les questions.
Qui était Stephen Hawking avant d’être "l’homme qui défiait Dieu" ?
Avant d’être réduit à une icône médiatique, Stephen Hawking était d’abord un scientifique hors norme. Né en 1942 à Oxford, il a révolutionné notre compréhension des trous noirs, de la relativité générale et de l’origine de l’univers. Son livre "Une brève histoire du temps", publié en 1988, s’est vendu à plus de 25 millions d’exemplaires – un record pour un ouvrage de vulgarisation scientifique. Pourtant, derrière les équations et les théories, se cachait un homme profondément rationnel, allergique aux explications mystiques.
Mais le truc, c’est que Hawking n’était pas un athée militant. Il n’a jamais cherché à convaincre qui que ce soit. Ses prises de position sur Dieu étaient avant tout le résultat de ses recherches, pas d’une croisade idéologique. Et c’est précisément là que ça devient intéressant : ses arguments ne venaient pas d’un rejet a priori de la religion, mais d’une conclusion scientifique.
Un esprit scientifique dans un corps prisonnier
Diagnostiqué avec une sclérose latérale amyotrophique (SLA) à 21 ans, les médecins lui donnaient deux ans à vivre. Il a survécu plus de cinq décennies, communiquant grâce à un synthétiseur vocal et continuant à travailler malgré une paralysie quasi totale. Cette résistance physique et mentale a forgé une partie de sa légende. Pourtant, contrairement à ce qu’on pourrait croire, sa maladie n’a pas influencé ses positions sur Dieu. Ou si peu.
En 2013, dans son autobiographie "Ma brève histoire", il écrit : "Je suis devenu professeur lucasien de mathématiques à Cambridge, un poste autrefois occupé par Isaac Newton. Mais contrairement à Newton, je n’ai pas eu besoin de Dieu pour expliquer l’univers." Une phrase qui résume à elle seule son approche : la science suffit.
Newton vs Hawking : deux génies, deux visions de Dieu
Isaac Newton, son illustre prédécesseur, croyait fermement en Dieu. Pour lui, l’ordre du cosmos était la preuve d’un dessein intelligent. Hawking, lui, voyait les choses différemment. Dans "The Grand Design" (2010), coécrit avec Leonard Mlodinow, il affirme que les lois de la physique permettent à l’univers de se créer lui-même, sans intervention divine. "Parce qu’il existe une loi comme la gravité, l’univers peut et va se créer à partir de rien", écrit-il. Autant dire que ça a fait grincer des dents.
Mais attention : comparer Newton et Hawking, c’est un peu comme comparer un horloger du XVIIe siècle à un ingénieur de la NASA. Leurs outils, leurs connaissances et leurs époques n’ont rien à voir. Hawking avait l’avantage de deux siècles de découvertes en plus. Et ça change tout.
La théorie du "Tout" : pourquoi Hawking n’avait pas besoin de Dieu
Pour comprendre pourquoi Hawking rejetait l’idée d’un créateur, il faut plonger dans ses travaux. Son obsession ? Trouver une théorie unifiée qui expliquerait tout : de la formation des galaxies à la naissance de l’univers, en passant par le comportement des particules subatomiques. Une quête qu’il a appelée la "théorie du Tout".
Le problème, c’est que jusqu’à sa mort en 2018, cette théorie restait insaisissable. Pourtant, Hawking était convaincu qu’elle existait. Et surtout, qu’elle rendrait Dieu superflu.
L’univers auto-suffisant : la gravité comme démiurge
Dans "The Grand Design", Hawking développe l’idée que les lois de la physique, notamment la gravité, suffisent à expliquer l’existence de l’univers. Pas besoin d’un "big bang" déclenché par une main divine : l’univers peut émerger spontanément, grâce à des fluctuations quantiques dans le vide. "Parce que la gravité existe, l’univers peut se créer à partir de rien", écrit-il. Une phrase qui a fait couler beaucoup d’encre.
Mais comment un univers peut-il naître de "rien" ? Là où ça coince, c’est que ce "rien" n’est pas vraiment le néant absolu. En mécanique quantique, le vide n’est jamais totalement vide : il est parcouru par des fluctuations d’énergie, des particules virtuelles qui apparaissent et disparaissent en un clin d’œil. Hawking suggère que ces fluctuations, combinées à la gravité, pourraient suffire à déclencher la création d’un univers entier. Et hop : plus besoin de Dieu.
Le principe anthropique : l’univers est-il fait pour nous ?
Une autre idée clé chez Hawking, c’est le principe anthropique. En gros, ce principe dit que l’univers semble "réglé" pour permettre l’apparition de la vie, et donc de l’humanité. Certains y voient la preuve d’un dessein intelligent. Hawking, lui, y voyait une simple coïncidence statistique.
Imaginez un milliard d’univers, chacun avec des lois physiques légèrement différentes. Dans la plupart d’entre eux, les conditions ne permettent pas la vie. Mais dans quelques-uns, par pur hasard, tout est en place pour que des étoiles, des planètes et des êtres conscients apparaissent. Nous sommes simplement dans l’un de ces univers "gagnants". Pas besoin de Dieu pour expliquer ça : c’est juste une question de probabilités.
Et c’est précisément là que le bât blesse pour les croyants. Si l’univers peut s’expliquer par des lois naturelles, à quoi bon invoquer un créateur ? Hawking pousse le raisonnement encore plus loin : "Nous sommes le produit de fluctuations quantiques dans l’univers primordial. Dieu n’a pas eu besoin de lancer les dés."
Les déclarations choc de Hawking : entre provocation et malentendus
Hawking n’a jamais mâché ses mots. Ses prises de position sur Dieu ont souvent été perçues comme des provocations, alors qu’elles étaient avant tout des conclusions scientifiques. Voici les plus marquantes – et les plus mal comprises.
"Dieu n’existe pas. Personne ne dirige l’univers." (2010)
Cette phrase, tirée de "The Grand Design", a fait le tour du monde. Pourtant, elle a été sortie de son contexte. Hawking ne disait pas que Dieu n’existait pas au sens métaphysique du terme, mais qu’il n’était pas nécessaire pour expliquer l’univers. Une nuance subtile, mais cruciale.
Dans une interview accordée au Guardian en 2011, il précise : "Je considère le cerveau comme un ordinateur qui cessera de fonctionner quand ses composants tomberont en panne. Il n’y a pas de paradis ou de vie après la mort pour les ordinateurs cassés. C’est un conte de fées pour les gens qui ont peur du noir." Une déclaration qui a choqué les croyants, mais qui reflète sa vision matérialiste de la conscience.
"La science offre une explication plus convaincante que la religion." (2014)
En 2014, dans une interview pour le Spanish El Mundo, Hawking enfonce le clou : "Avant de comprendre la science, il était naturel de croire que Dieu avait créé l’univers. Mais aujourd’hui, la science offre une explication plus convaincante."
Pour lui, la religion était une réponse primitive à des questions que la science peut désormais élucider. Une position qui n’a rien d’original – beaucoup de scientifiques partagent ce point de vue – mais qui prend une résonance particulière quand elle vient d’un homme aussi respecté.
"Je ne suis pas athée. Je suis agnostique." (2010)
Voilà qui peut surprendre. Dans une interview pour CNN, Hawking déclare : "Je ne suis pas athée dans le sens où je ne peux pas prouver que Dieu n’existe pas. Mais je pense que l’univers est gouverné par les lois de la science. Ces lois peuvent avoir été décrétées par Dieu, mais Dieu n’intervient pas pour les enfreindre."
Une position plus nuancée qu’il n’y paraît. Hawking ne rejetait pas l’idée d’un "dieu" abstrait, une sorte de principe organisateur de l’univers. Mais il refusait catégoriquement l’idée d’un Dieu personnel, intervenant dans les affaires humaines. Pour lui, les lois de la physique étaient immuables, et Dieu n’avait pas sa place dans les équations.
Pourquoi les croyants ont du mal à accepter ses arguments
Les déclarations de Hawking ont souvent été perçues comme des attaques frontales contre la religion. Pourtant, ses arguments ne sont pas nouveaux : ils s’inscrivent dans une longue tradition de pensée scientifique qui remonte à Laplace, Darwin et bien d’autres. Alors pourquoi suscitent-ils autant de réactions ?
Le besoin de sens : la science peut-elle tout expliquer ?
Le problème, c’est que la science et la religion ne répondent pas aux mêmes questions. La science explique comment l’univers fonctionne. La religion, elle, cherche à donner un sens à notre existence. Et là où la science se contente de décrire, la religion propose une narration, une histoire dans laquelle les humains ont une place.
Hawking, lui, refusait cette dichotomie. Pour lui, la science pouvait tout expliquer, y compris le sens de la vie. Dans "Une brève histoire du temps", il écrit : "Si nous découvrons une théorie complète, elle devrait un jour être compréhensible par tout le monde, et pas seulement par quelques scientifiques. Alors, nous tous, philosophes, scientifiques et gens ordinaires, pourrons prendre part à la discussion sur la question de savoir pourquoi nous et l’univers existons."
Autant dire que pour les croyants, c’est un peu comme si on leur retirait le tapis sous les pieds. Si la science peut tout expliquer, à quoi bon croire ?
La peur du vide : et si l’univers n’avait pas de but ?
Une autre raison pour laquelle les arguments de Hawking dérangent, c’est qu’ils laissent peu de place à l’espoir. Si l’univers est né de fluctuations quantiques et que la conscience n’est qu’un épiphénomène de la matière, alors notre existence n’a peut-être aucun sens profond. Et ça, beaucoup de gens ont du mal à l’accepter.
Dans une interview pour Reuters en 2011, Hawking déclare : "Nous sommes simplement une race avancée de singes sur une planète mineure d’une étoile très moyenne. Mais nous pouvons comprendre l’univers. Cela nous rend quelque chose de très spécial." Une vision à la fois humble et grandiose : l’humanité n’a pas besoin de Dieu pour être exceptionnelle.
Mais pour ceux qui croient en un au-delà, en une vie après la mort, cette vision est terrifiante. Si la conscience s’éteint avec le cerveau, alors la mort est une fin définitive. Et ça, c’est une pilule difficile à avaler.
Hawking vs les autres scientifiques : qui a raison ?
Hawking n’est pas le seul scientifique à s’être exprimé sur Dieu. D’autres grands noms de la science ont des positions très différentes. Comparons.
Einstein : un Dieu impersonnel
Albert Einstein, souvent cité comme référence par les croyants, avait une vision bien particulière de Dieu. Pour lui, Dieu était une métaphore des lois de l’univers, pas une entité personnelle. "Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un Dieu qui se préoccupe du destin et des actions des êtres humains", écrivait-il.
Une position proche de celle de Hawking, mais avec une nuance importante : Einstein voyait dans les lois de la physique une forme de beauté, presque de spiritualité. Hawking, lui, y voyait simplement des équations à résoudre.
Francis Collins : la science et la foi peuvent coexister
Francis Collins, généticien et directeur des National Institutes of Health aux États-Unis, est un croyant convaincu. Pour lui, la science et la religion ne sont pas incompatibles. Dans son livre "The Language of God", il écrit : "Je ne vois aucune contradiction entre les découvertes de la science et la croyance en un Dieu qui a créé l’univers et qui continue de s’y intéresser."
Collins cite notamment le réglage fin de l’univers – ces constantes physiques qui semblent parfaitement ajustées pour permettre la vie – comme une preuve de l’existence de Dieu. Hawking, lui, y voyait une simple coïncidence statistique.
Neil deGrasse Tyson : la science n’a pas besoin de Dieu
L’astrophysicien Neil deGrasse Tyson, star des documentaires scientifiques, est plus proche de Hawking. Pour lui, la question de Dieu est hors du champ de la science. "Dieu n’est pas une hypothèse scientifique", déclare-t-il souvent. "Si vous voulez croire en Dieu, libre à vous. Mais ne me demandez pas de le prouver."
Une position pragmatique : la science ne peut ni prouver ni réfuter l’existence de Dieu. Hawking, lui, allait plus loin en affirmant que Dieu était une hypothèse inutile.
Les erreurs courantes sur les positions de Hawking
Les déclarations de Hawking ont souvent été déformées, volontairement ou non. Voici les idées reçues les plus tenaces – et pourquoi elles sont fausses.
"Hawking était athée"
Faux. Comme il l’a lui-même précisé, Hawking se décrivait comme agnostique. Il ne rejetait pas catégoriquement l’idée de Dieu, mais il considérait que la science rendait cette hypothèse superflue. "Je ne peux pas prouver que Dieu n’existe pas, mais je n’ai pas besoin de lui pour expliquer l’univers", disait-il.
Une nuance importante : l’athéisme affirme que Dieu n’existe pas. L’agnosticisme, lui, dit qu’on ne peut pas savoir. Hawking était clairement dans le second camp.
"Hawking a prouvé que Dieu n’existait pas"
Encore une fois, faux. La science ne peut pas prouver ou réfuter l’existence de Dieu. Hawking a simplement montré que les lois de la physique suffisaient à expliquer l’univers sans recourir à une cause première divine. Mais cela ne constitue pas une preuve de l’inexistence de Dieu.
D’ailleurs, Hawking lui-même reconnaissait les limites de la science. Dans "Une brève histoire du temps", il écrit : "Même si nous découvrons une théorie unifiée complète, cela ne signifiera pas que nous pourrons prédire tout ce qui se passe dans l’univers. Il restera toujours une part d’incertitude."
"Hawking était anti-religion"
Pas exactement. Hawking critiquait les dogmes religieux et les explications surnaturelles, mais il n’était pas hostile à la spiritualité en tant que telle. Dans une interview pour BBC Radio 4, il déclarait : "La religion et la science sont deux choses différentes. La science s’occupe de comprendre comment l’univers fonctionne. La religion s’occupe de questions comme : pourquoi sommes-nous là ? Quel est le sens de la vie ?"
Pour lui, ces deux domaines n’avaient pas à se marcher sur les pieds. Le problème, c’est que la religion a souvent tenté d’expliquer le comment – et c’est là que la science entre en conflit avec elle.
Questions fréquentes sur Hawking et Dieu
Hawking croyait-il en une vie après la mort ?
Non. Pour Hawking, la conscience était le produit du cerveau, et le cerveau n’était qu’un ordinateur biologique. Quand le corps meurt, la conscience s’éteint. "Je considère le cerveau comme un ordinateur qui cessera de fonctionner quand ses composants tomberont en panne. Il n’y a pas de paradis ou de vie après la mort pour les ordinateurs cassés", a-t-il déclaré.
Une vision matérialiste, mais cohérente avec ses travaux sur la physique quantique et la nature de la réalité.
Pourquoi ses déclarations ont-elles autant choqué ?
Parce que Hawking était une figure respectée, presque vénérée. Quand un homme qui a passé sa vie à étudier l’univers affirme que Dieu n’est pas nécessaire pour l’expliquer, ça fait réfléchir. Et pour beaucoup de croyants, c’est une remise en question profonde.
De plus, ses déclarations ont souvent été sorties de leur contexte. Par exemple, sa phrase "Dieu n’existe pas" a été reprise partout, alors qu’il parlait en réalité de l’inutilité de l’hypothèse divine pour expliquer l’univers.
Est-ce que la science peut un jour prouver ou réfuter l’existence de Dieu ?
Non. La science et la religion répondent à des questions différentes. La science s’occupe du comment (comment l’univers fonctionne, comment la vie est apparue, etc.). La religion s’occupe du pourquoi (pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quel est le sens de la vie ?).
Hawking lui-même reconnaissait cette limite. Dans "The Grand Design", il écrit : "La philosophie est morte, car elle n’a pas suivi les progrès de la science moderne. Les scientifiques sont devenus les porteurs de la torche de la découverte dans notre quête de connaissance." Mais même lui admettait que certaines questions resteraient peut-être à jamais sans réponse.
Qu’aurait pensé Hawking des découvertes récentes en cosmologie ?
Difficile à dire, mais on peut imaginer qu’il aurait été fasciné par les avancées comme la détection des ondes gravitationnelles ou les premières images d’un trou noir. Ces découvertes confirment certaines de ses théories, comme l’idée que les trous noirs émettent un rayonnement (le rayonnement de Hawking).
En revanche, il aurait probablement été sceptique face aux spéculations sur les multivers ou les théories du tout encore incomplètes. Hawking était un scientifique rigoureux, et il n’aurait pas hésité à critiquer les idées qu’il jugeait trop farfelues.
Verdict : Hawking avait-il raison sur Dieu ?
La question n’est pas de savoir si Hawking avait "raison" ou "tort". La science ne fonctionne pas comme ça. Ce qu’il a apporté, c’est une vision du monde où les lois de la physique suffisent à expliquer l’univers, sans recourir à une cause première divine. Une vision qui, pour beaucoup, est libératrice : si l’univers peut s’expliquer par lui-même, alors nous sommes responsables de notre propre destin.
Mais pour d’autres, cette vision est angoissante. Si l’univers n’a pas de but, si la conscience n’est qu’un épiphénomène de la matière, alors à quoi bon ? C’est là que le débat devient philosophique, voire existentiel.
Une chose est sûre : Hawking n’a jamais cherché à imposer ses vues. Il a simplement suivi la logique de ses recherches jusqu’au bout. Et c’est peut-être ça, la plus grande leçon à retenir : la science ne donne pas de réponses toutes faites, mais elle nous permet de poser les bonnes questions.
Alors, Dieu existe-t-il ? Hawking aurait probablement répondu : "La question n’a pas de sens. Ce qui compte, c’est de comprendre comment l’univers fonctionne." Et honnêtement, c’est déjà pas mal.
Reste que ses déclarations continuent de faire débat. Parce qu’au fond, la question de Dieu n’est pas seulement une question scientifique. C’est aussi une question de sens, d’espoir, de peur. Et ça, aucune équation ne pourra jamais le résoudre.
