La question des statistiques ethniques, ou là où ça coince vraiment
Aborder le sujet de la répartition des populations d'origine étrangère dans l'Hexagone, c'est un peu comme marcher sur des œufs dans un champ de mines. Pourquoi ? Parce que la loi française, héritière de 1789, interdit de ficher les citoyens selon leur race ou leur religion. C'est l'article premier de la Constitution qui nous l'impose. On n'a donc pas de chiffres officiels "bruts" sur les Arabes, mais on dispose de données sur les immigrés et les descendants d'immigrés. Le truc c'est que, pour comprendre où y a-t-il le moins d'Arabes en France, il faut savoir lire entre les lignes des rapports de l'INSEE.
Une méthodologie à géométrie variable
Les démographes se basent sur le lieu de naissance des parents. Or, si vous cherchez les zones les moins denses, vous tomberez sur des régions où l'histoire coloniale n'a jamais eu d'écho économique. C'est flagrant. On est loin du compte quand on imagine que la France est un bloc monolithique. (D'ailleurs, est-ce qu'on peut encore parler de "vagues d'immigration" quand on traite de familles installées depuis trois générations ?). Résultat : la géographie de la France "moins diverse" se calque presque parfaitement sur celle de la France agricole ou de la France de l'Ouest profond.
La Bretagne et l'Ouest, ces bastions de l'homogénéité culturelle
Si vous pointez votre doigt sur une carte et que vous visez le Finistère ou la Mayenne, vous approchez du but. Mais attention aux raccourcis. En 2024, même à Quimper, on croise une diversité que nos grands-parents n'auraient pas imaginée, sauf que les chiffres restent dérisoires comparés à la Seine-Saint-Denis. Dans les Côtes-d'Armor, la part des immigrés venus du Maghreb stagne souvent sous la barre des 1,5 % de la population totale. C'est là que la réponse à la question où y a-t-il le moins d'Arabes en France devient physique : il s'agit d'une France littorale et rurale qui n'a pas eu besoin de main-d'œuvre pour les mines ou l'automobile lors des Trente Glorieuses.
L'exception bretonne face au miroir industriel
Mais alors, pourquoi cette différence ? C'est simple. L'immigration arabe en France a suivi les rails du charbon et les chaînes de montage des usines Peugeot ou Renault. La Bretagne, elle, est restée longtemps une terre d'émigration vers Paris. On y trouve moins de populations maghrébines car il n'y avait pas de grands chantiers de reconstruction après-guerre nécessitant des bras venus d'Algérie ou du Maroc dans les années 1960. Reste que cette situation évolue, à ceci près que le mouvement est lent. Une étude de 2021 montrait que les nouveaux arrivants dans ces départements sont davantage des Britanniques retraités ou des jeunes cadres parisiens que des populations issues du Sud.
La Lozère et la Creuse : le vide démographique comme bouclier
En Lozère, le département le moins peuplé avec environ 76 000 habitants, la question de la provenance des gens se pose à peine. On n'y pense pas assez, mais quand un territoire perd des habitants, il n'en attire pas de nouveaux, quelle que soit leur origine. Ici, la présence de populations originaires du Maghreb est quasi anecdotique. On parle de quelques centaines de personnes, souvent installées pour des raisons très spécifiques, comme la fonction publique ou le commerce de proximité dans des chefs-lieux comme Mende. Honnêtement, c'est flou pour beaucoup de citadins, mais la France des hauts plateaux est le lieu où y a-t-il le moins d'Arabes en France tout simplement par manque de densité globale.
Le clivage villes-campagnes redéfinit la donne migratoire
Le vrai sujet, c'est l'urbanisation. Si l'on compare Lyon ou Marseille aux villages du Cantal, le fossé est abyssal. Dans les métropoles, le brassage est la norme. Mais dès que vous sortez des axes autoroutiers majeurs, la physionomie des bourgs change radicalement. Il existe une France des "préfectures endormies" où la diversité est une abstraction médiatique. Sauf que ce n'est pas un choix délibéré de rejet, c'est une question de dynamique de l'emploi. Un jeune diplômé d'origine marocaine né à Bondy n'ira pas s'installer dans le Gers s'il ne peut pas y exercer ses talents de développeur web ou d'ingénieur.
La diagonale du vide, un désert de diversité
De la Meuse jusqu'aux Landes, cette fameuse diagonale traverse des zones où la population vieillit et où l'immigration est quasiment absente. Dans ces territoires, le pourcentage de descendants d'immigrés maghrébins est parfois dix fois inférieur à la moyenne nationale, laquelle oscille autour de 7 à 9 % selon les critères retenus. Mais, et c'est là où je veux en venir, ce n'est pas une "victoire" ou un "échec", c'est juste le reflet d'une France qui ne produit plus de richesse industrielle. Les populations d'origine arabe, comme toutes les autres, vont là où il y a de l'argent et du travail. Bref, le manque de diversité est souvent synonyme de déprise économique.
Quand l'histoire coloniale oublie certains départements
On ne peut pas comprendre la répartition actuelle sans regarder les archives des années 1950. Les flux migratoires ont été structurés par des accords d'État. L'État a envoyé les travailleurs là où c'était nécessaire : les mines du Nord, la sidérurgie lorraine, les usines lyonnaises. Les régions comme la Vendée ou le sud de la Normandie ont été totalement ignorées par ces flux organisés. D'où ce constat : la faible présence arabe dans l'Ouest est le résultat d'une planification économique passée. C'est une réalité historique qui colle encore à la peau de ces territoires aujourd'hui, créant une France à deux vitesses sur le plan de la mixité sociale.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Si l'on regarde les données ventilées par l'INSEE sur l'origine des résidents, le contraste est saisissant. En Seine-Saint-Denis, plus de 30 % de la population est immigrée. À l'opposé, dans un département comme le Cantal, ce chiffre tombe à 3 %. Sur ces 3 %, une immense majorité provient d'Europe (Portugal, Espagne, Italie). La part spécifique des personnes originaires du Maghreb y est donc résiduelle, souvent inférieure à 0,8 %. Autant le dire clairement : si vous cherchez le point zéro de la présence arabe, il faut grimper dans les montagnes du centre de la France, là où même le réseau mobile a du mal à passer.
Le mirage des statistiques : décortiquer les idées reçues sur la démographie ethnique
L'illusion d'un vide absolu dans les territoires ruraux
On s'imagine souvent que franchir les frontières du Cantal ou de la Lozère revient à pénétrer dans une enclave figée dans le temps où la diversité serait une notion purement abstraite. Le problème, c'est que cette vision d'Épinal occulte la réalité des mobilités contemporaines. On croit à tort qu'il n'y a aucun habitant d'origine maghrébine dans la "diagonale du vide". Or, les travailleurs saisonniers de l'agriculture ou les fonctionnaires mutés modifient subtilement la donne, même si les chiffres restent dérisoires comparés à la Seine-Saint-Denis. Où y a-t-il le moins d'Arabes en France ? Pas forcément là où l'absence visuelle est la plus forte, car la discrétion n'est pas l'inexistence. Mais l'isolement géographique ne garantit plus l'homogénéité d'antan.
La confusion entre visibilité religieuse et origine ethnique
Sauf que beaucoup d'observateurs confondent allègrement la pratique de l'Islam avec l'ascendance arabe. C'est une erreur de débutant. Dans des régions comme la Bretagne, on observe une augmentation de la visibilité de certains signes religieux qui ne corrèle pas forcément avec une immigration maghrébine massive, mais plutôt avec l'arrivée de populations d'Afrique subsaharienne ou de convertis. À l'inverse, des départements comme le Lot-et-Garonne abritent des populations d'origine maghrébine installées depuis trois générations, parfaitement fondues dans le paysage local, au point de devenir invisibles pour celui qui cherche des clichés. (C'est d'ailleurs là que le bât blesse pour les statisticiens amateurs). Reste que la perception du nombre est souvent déformée par le prisme médiatique local.
L'erreur de l'échelle départementale globale
Prendre un département dans son ensemble pour juger de la présence d'une minorité est une hérésie méthodologique. Prenez la Creuse. Si le chiffre global est infime, avec moins de 1,5 % de la population issue de l'immigration maghrébine, les disparités entre une petite ville comme Guéret et un hameau perdu sont colossales. Autant le dire : la concentration urbaine, même dans les zones les moins denses, fausse la lecture. On ne peut pas affirmer qu'une zone est vide sous prétexte que la moyenne est basse. Car la micro-géographie révèle toujours des îlots inattendus.

