On a tous vu passer ces vidéos alarmistes sur TikTok ou Facebook où un internaute, l'air grave, vous explique que si vous tapez cette suite de caractères, vous découvrirez qui intercepte vos communications. C'est de la pure désinformation. Le truc, c'est que la plupart des utilisateurs ignorent comment fonctionne réellement l'infrastructure de leur opérateur mobile. Résultat : la moindre ligne de code un peu obscure devient le terreau fertile d'une paranoïa numérique collective qui n'a pas lieu d'être. Mais alors, pourquoi ce numéro s'affiche-t-il et à quoi sert-il vraiment au quotidien ?
Derrière les chiffres, une fonction de base du réseau GSM
Pour comprendre l'utilité du *#62, il faut remonter aux fondements de la téléphonie mobile, bien avant l'ère des smartphones ultra-connectés. À l'époque où le standard GSM (Global System for Mobile Communications) a été finalisé, vers 1991, les ingénieurs ont dû prévoir des mécanismes pour que les appels ne se perdent pas dans la nature quand un abonné n'était pas joignable. C'est là qu'interviennent les services supplémentaires, une sorte de couche logicielle qui gère les renvois d'appels.
Qu'est-ce qu'un code MMI exactement ?
Le code *#62 appartient à la famille des codes MMI (Man-Machine Interface). Ce sont des commandes que vous tapez sur votre clavier numérique pour communiquer directement avec le commutateur de votre opérateur, sans passer par les menus complexes de votre téléphone. Quand vous validez avec la touche appel, vous envoyez une requête au réseau qui vous répond instantanément par un message flash. C'est un protocole extrêmement léger, qui fonctionne même avec une réception minimale, là où la 4G ou la 5G pourraient ramer. Or, ces codes sont universels : que vous soyez chez Orange à Paris ou chez AT&T à New York, la syntaxe reste globalement identique pour ces fonctions de base.
La différence entre les codes USSD et les réglages locaux
Il ne faut pas confondre ces commandes réseau avec les réglages internes de votre iPhone ou de votre Samsung. Les réglages de votre téléphone sont une interface graphique qui, souvent, exécute ces mêmes codes en arrière-plan sans que vous le sachiez. Le code *#62 est une interrogation directe. Il demande au serveur de l'opérateur : "Dis-moi, si quelqu'un m'appelle et que je suis dans un tunnel ou que ma batterie est vide, où dois-tu envoyer l'appel ?". Le serveur répond alors en affichant le numéro qui a été configuré, généralement lors de l'activation de votre ligne. C'est aussi simple que cela, à ceci près que le numéro affiché n'est pas votre propre numéro de mobile, mais celui de la plateforme technique de messagerie.
Pourquoi tout le monde panique avec le *#62 sur les réseaux sociaux ?
La psychose actuelle vient d'une méconnaissance totale des numéros de routage. Quand vous interrogez votre téléphone avec le code *#62, l'écran affiche souvent une liste : "Voix : +336XXXXXXXX", "Données : Non transféré", "Fax : Non transféré". Ce numéro en +336 (pour la France) ou équivalent selon votre pays, vous ne le reconnaissez pas. Il ne figure pas dans vos contacts. Immédiatement, le cerveau humain, un peu aidé par les théories du complot ambiantes, imagine le pire. On se dit qu'un pirate redirige nos appels vers son propre téléphone pour nous écouter à notre insu.
Anatomie d'une fake news virale sur la cybersécurité
Le schéma est toujours le même : une vidéo avec une musique angoissante, un texte en majuscules disant "Vérifiez vite si vous êtes espionnés", et une démonstration du code. Le problème, c'est que ces influenceurs de la peur oublient de mentionner que si vous appelez ce numéro mystérieux, vous tomberez sur... votre propre répondeur. Ou alors sur un disque d'accueil de l'opérateur. J'ai moi-même fait le test avec plusieurs cartes SIM de différents opérateurs européens, et à chaque fois, le numéro renvoyé correspondait scrupuleusement au centre de messagerie vocale de l'opérateur concerné. On est loin du compte des hackers russes ou des services secrets.
La confusion entre transfert d'appel et espionnage pur
Il faut être clair : un transfert d'appel (call forwarding) n'est pas une mise sur écoute. Si un appel est transféré, votre téléphone ne sonne pas. L'appelant est directement redirigé. L'espionnage, le vrai, celui qui fait peur, se passe de manière invisible. Un logiciel espion comme Pegasus ne s'amuse pas à modifier vos renvois d'appels GSM ; il s'installe dans le système d'exploitation pour capter le son du micro, les messages WhatsApp et la position GPS. Utiliser le code *#62 pour détecter un espionnage de haut vol, c'est un peu comme chercher un sous-marin nucléaire avec une canne à pêche en plastique. Ça n'a aucun sens technique.
Interpréter les résultats : qui est ce numéro inconnu ?
Si vous avez franchi le pas et tapé le code, vous avez vu apparaître un numéro. Pour dissiper vos doutes, il suffit de faire une recherche rapide sur un moteur de recherche. Tapez "Numéro transfert d'appel [Votre Opérateur]". Vous constaterez que pour Orange, c'est souvent le +33608080808, pour SFR le +33612000000, et ainsi de suite. Ces numéros sont des passerelles. Ils servent de pont entre le réseau mobile public et les serveurs de stockage de vos messages vocaux.
Le rôle central du centre de messagerie vocale
Chaque opérateur gère des millions d'abonnés. Pour que le système sache que c'est Votre message vocal qui doit être enregistré et pas celui du voisin, le réseau utilise ces numéros pivots. Quand le commutateur voit que vous êtes injoignable, il bascule l'appel vers ce centre technique en lui transmettant votre identifiant unique (IMSI). C'est pour cela que lorsque vous consultez votre répondeur depuis un autre téléphone, on vous demande parfois votre numéro de mobile. Tout est lié à cette architecture centralisée. Sans ce transfert vers le numéro affiché par le *#62, vos correspondants tomberaient sur un silence ou une tonalité d'erreur, ce qui serait franchement fâcheux en 2024.
Comment vérifier le numéro affiché sur Google
Si le numéro qui s'affiche ne ressemble à rien de connu, ne paniquez pas tout de suite. Copiez-le soigneusement. Allez sur un forum spécialisé ou utilisez des services d'annuaire inversé. Parfois, les opérateurs utilisent des numéros de routage régionaux ou des anciennes plages de numéros héritées de fusions d'entreprises. Reste que, dans la quasi-totalité des cas, la réponse sera "C'est le répondeur de Free" ou "C'est le centre SMS de Bouygues". Mais je reste convaincu que la meilleure arme reste la vérification directe auprès du service client si le doute persiste vraiment.
*#62 vs *#21 : ne mélangez pas tout
C'est ici que les choses se corsent un peu. Il existe plusieurs types de renvois d'appels, et c'est souvent là que la confusion s'installe. Le code *#62 concerne le renvoi "si injoignable". Mais il existe aussi le code *#21, qui concerne le renvoi inconditionnel. Et là, c'est une autre paire de manches. Si vous tapez *#21 et qu'un numéro s'affiche comme étant "Activé", cela signifie que tous vos appels sont redirigés vers ce numéro, sans même que votre téléphone ne tente de sonner. Ça, c'est potentiellement plus suspect.
Le transfert inconditionnel, le vrai danger potentiel
Le renvoi inconditionnel est parfois utilisé par des escrocs lors d'attaques par ingénierie sociale. Imaginez : quelqu'un se fait passer pour votre opérateur, vous demande de taper un code (du genre **21*numéro_du_hacker#) sous prétexte d'une mise à jour réseau. Si vous le faites, vous venez de lui donner le contrôle de vos appels entrants. Il peut alors intercepter les codes de validation par téléphone pour vos comptes bancaires ou vos réseaux sociaux. C'est le seul scénario où ces codes GSM présentent un risque réel. Mais encore une fois, c'est vous qui devez initier l'action. Le réseau ne le fait pas tout seul.
Quand le renvoi d'appel devient une faille de sécurité
Le problème ne vient pas du code lui-même, mais de l'usage qu'on en fait. Dans certains pays, des fraudeurs activent des renvois d'appels vers des numéros surtaxés à l'étranger. Vous ne vous en rendez compte qu'en recevant une facture de 300 euros à la fin du mois. Heureusement, la plupart des opérateurs modernes bloquent les renvois vers l'international par défaut ou demandent une confirmation supplémentaire. Soit dit en passant, si vous voyez un numéro étranger s'afficher avec le *#62 alors que vous n'avez jamais quitté votre département, là, vous avez une vraie raison de décrocher votre téléphone pour appeler le support technique.
Le cas particulier des transferts de données et SMS
Il arrive que le message flash affiche également "Données" ou "SMS". Pour les SMS, c'est très rare que le transfert soit activé au niveau du réseau GSM, car le protocole des messages courts fonctionne différemment des appels vocaux. Si vous voyez "Transfert SMS" activé vers un numéro inconnu, c'est beaucoup plus inhabituel que pour la voix. Quant aux données, cela concerne souvent des anciens services de fax ou de transmission de données par circuit commuté qui ne sont quasiment plus utilisés aujourd'hui. Souvent, il sera indiqué "Non transféré", ce qui est le réglage normal pour un smartphone moderne utilisant la 4G ou la 5G.
Comment désactiver tous les renvois suspects en un clin d'œil
Si après avoir lu tout ça, vous n'êtes toujours pas rassuré, ou si vous avez effectivement trouvé un numéro qui ne correspond pas à votre messagerie vocale, il existe une solution radicale. Pas besoin de réinitialiser votre téléphone ou d'aller voir un exorciste numérique. Il existe une commande magique, elle aussi universelle, qui remet tout à plat en une seconde.
La commande universelle ##002#
Tapez ##002# sur votre clavier et appuyez sur la touche appel. Ce code demande au réseau de supprimer tous les renvois d'appels actifs sur votre ligne, sans exception. Vous recevrez normalement un message confirmant que l'effacement a réussi. C'est la procédure standard recommandée par les experts en cybersécurité si vous craignez une redirection malveillante. Après avoir fait cela, si vous retapez *#62, vous devriez voir "Non transféré" partout. Attention toutefois : cela signifie aussi que si quelqu'un vous appelle quand vous n'avez plus de batterie, il ne tombera plus sur votre répondeur, mais sur un message d'erreur. Il faudra alors réactiver votre messagerie manuellement ou via les menus de votre téléphone.
Pourquoi certains opérateurs bloquent ces manipulations
Il arrive que la commande ##002# renvoie une erreur. Ne jetez pas votre téléphone contre un mur, ce n'est pas un virus. Certains opérateurs, pour simplifier la vie de leurs clients (ou pour éviter les appels inutiles au support), verrouillent les paramètres de la messagerie vocale. Ils considèrent que le transfert vers le répondeur est une fonction vitale du service qui ne doit pas être désactivée par erreur. Dans ce cas, le code *#62 affichera toujours le numéro du répondeur, et vous ne pourrez pas l'enlever. C'est tout à fait normal, c'est une sécurité constructeur ou opérateur.
Les vrais signes qu'un smartphone est sous surveillance
Puisque nous avons établi que le *#62 est inoffensif, quels sont les véritables indicateurs qu'un téléphone est compromis ? Parce qu'on ne va pas se mentir, le piratage de mobiles existe bel et bien. Mais il laisse des traces bien plus concrètes qu'un simple code MMI. Le premier signe, c'est une batterie qui fond comme neige au soleil sans raison apparente. Si votre téléphone chauffe alors qu'il est posé sur la table et que vous ne l'utilisez pas, c'est qu'un processus tourne en arrière-plan, consommant des ressources processeur et de la bande passante pour envoyer des données.
Un autre signal d'alarme est la consommation de données mobiles qui explose. Si vous passez de 5 Go à 50 Go par mois sans avoir changé vos habitudes de streaming, c'est louche. De même, des redémarrages intempestifs ou des applications qui s'ouvrent et se ferment toutes seules sont des symptômes bien plus sérieux qu'une ligne de texte affichée par un code GSM. Enfin, si vous recevez des SMS bizarres contenant des suites de caractères aléatoires, il peut s'agir de commandes de contrôle envoyées par un serveur distant à un logiciel espion installé sur votre appareil. Là, on est dans le vrai sujet.
Questions fréquentes sur les codes secrets mobiles
Est-ce que le code *#62 fonctionne sur iPhone et Android ?
Oui, absolument. Comme il s'agit d'une commande réseau et non d'une fonction logicielle de l'OS, elle fonctionne sur n'importe quel appareil doté d'une carte SIM, du dernier iPhone 15 Pro au vieux Nokia 3310 qui traîne dans votre tiroir. La seule différence réside dans la manière dont le résultat est affiché à l'écran, mais les données proviennent de la même votre opérateur.
Puis-je être facturé pour l'utilisation de ces codes ?
Non, l'utilisation des codes USSD et MMI est gratuite. Ce sont des messages de service. Même si vous êtes en itinérance à l'étranger (roaming), interroger le réseau avec un code comme *#62 ne devrait rien vous coûter. C'est un droit fondamental de l'abonné de connaître l'état de ses services.
Existe-t-il d'autres codes utiles à connaître ?
Il y en a des dizaines, mais la plupart sont inutiles pour le grand public. Le plus connu est le *#06#, qui permet d'afficher votre numéro IMEI (l'identifiant unique de votre appareil). C'est hyper important de le noter quelque part, car c'est ce numéro qu'on vous demandera pour bloquer le téléphone en cas de vol. Il y a aussi le *#31# pour vérifier si votre numéro est masqué lors de vos appels sortants.
Le numéro qui s'affiche commence par +336, c'est un portable ?
En France, oui, les numéros de messagerie vocale utilisent la plage de numérotation des mobiles (06 ou 07). C'est ce qui entretient la confusion. On croit que c'est le portable d'un individu alors que c'est une machine dans un data center. Si vous voyez un numéro commençant par une autre séquence, c'est peut-être un numéro de routage interne propre à l'infrastructure technique de votre fournisseur d'accès.
Verdict : faut-il vraiment s'inquiéter ?
Honnêtement, c'est flou pour beaucoup de gens, mais la réponse courte est non. Le code *#62 est un outil de diagnostic, pas une faille de sécurité. Dans 99,9 % des cas, le numéro que vous voyez est celui de votre messagerie vocale. Si vous avez un doute, appelez ce numéro. Si vous tombez sur votre répondeur, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. La technologie mobile est complexe et regorge de vestiges du passé qui peuvent paraître effrayants quand ils sont sortis de leur contexte par des créateurs de contenu en quête de clics.
Le vrai danger sur internet, ce n'est pas le code que vous tapez, c'est celui que vous donnez à quelqu'un d'autre. Ne communiquez jamais de codes de validation reçus par SMS et ne suivez jamais d'instructions téléphoniques vous demandant de taper des séquences de touches commençant par * ou # si vous n'avez pas initié l'appel vous-même. La sécurité numérique commence par un peu de bon sens et une bonne dose de scepticisme face aux rumeurs virales. Au final, le *#62 est juste un vieux serviteur du réseau GSM qui fait son travail : vous dire où vont vos appels quand vous n'êtes pas là pour répondre.
