Quand on évoque les grands maîtres à tactiquer du football moderne, le nom de Carlo Ancelotti s'impose instantanément au sommet, auréolé d'un palmarès que d'aucuns qualifient d'intergalactique. Pourtant, derrière les sourires en coin, l'apaisement légendaire et ce sourcil gauche devenu cultissime, se cache un parcours de technicien nomade, façonné par les décennies, les exigences des plus grands vestiaires planétaires et une longévité tout bonnement sidérante.
On a tendance à réduire sa immense trajectoire à ses épopées fastueuses sur le banc du Real Madrid ou de l'AC Milan, comme si le "Mister" était né directement au sommet de l'Olympe du ballon rond. C'est là que ça coince, et on n'y pense pas assez : avant de soulever des Ligues des Champions par wagons, l'Italien a dû essuyer les plâtres dans l'ombre des divisions inférieures italiennes, se forger une carapace loin des paillettes et comprendre que la gestion humaine valait parfois bien plus qu'une tactique d'ordinateur. Autant le dire clairement, tracer la frise chronologique de ses clubs revient à traverser l'histoire même du football européen des trente dernières années.
De ses débuts discrets dans l'Émilie-Romagne jusqu'aux responsabilités gigantesques qui l'ont mené à diriger la prestigieuse canarinha sur la scène internationale, la route fut sinueuse. Pour bien mesurer l'épaisseur du personnage et comprendre la portée de son œuvre, il ne suffit pas de lister bêtement des noms d'institutions ; il faut plonger dans les dynamiques qui ont transformé un milieu de terrain laborieux et intelligent de l'AC Milan en un stratège universel.
À l'époque où il prend en main l'AC Reggiana au milieu des années 1990, qui aurait pu parier qu'il deviendrait le seul entraîneur de l'histoire à conquérir les championnats nationaux en Italie, en Angleterre, en France, en Espagne et en Allemagne ? À ce stade, on est loin du compte si l'on s'imagine que tout fut un long fleuve tranquille. Le football d'Ancelotti s'est nourri de doutes, de licenciements parfois brutaux — notamment du côté de Turin ou de Munich —, de renaissances inespérées et d'une capacité hors norme à s'adapter à des cultures radicalement opposées.
C'est précisément cette faculté de caméléon, capable de faire briller des stars planétaires tout en désamorçant les crises médiatiques les plus irrespirables, qui change la donne par rapport à ses rivaux dogmatiques. Penchons-nous sans plus attendre sur la genèse de cette odyssée unique, brique par brique, club après club, pour comprendre comment un technicien pragmatique est devenu une légende vivante du sport roi.
L'apogée milanais et l'expansion européenne : Milan, Chelsea et le PSG
Après ses passages fondateurs mais contrastés à la Reggiana, à Parma et à la Juventus Turin, c'est sur le banc de l'AC Milan (2001-2009) que Carlo Ancelotti écrit l'une des pages les plus sombres et lumineuses de l'histoire du football moderne. Reprenant une équipe en quête de repères, il met en place son célèbre système en « sapin de Noël » (4-3-2-1) et sublime des joueurs d'exception comme Andrea Pirlo, Kaká, Clarence Seedorf ou Paolo Maldini. Sous sa houlette, les Rossoneri s'emparent de deux Ligues des Champions (en 2003 contre la Juventus et en 2007 face à Liverpool), d'un Scudetto en 2004, ainsi que de la Supercoupe de l'UEFA et de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. Cette période installe définitivement le technicien italien dans le cercle très fermé des légendes vivantes du coaching.
Lâchant les brides de son cocon italien, Ancelotti s'exporte ensuite avec un immense succès en Angleterre. En rejoignant Chelsea (2009-2011), il imprime un style résolument offensif qui marque les esprits dès sa première saison.
Sa trajectoire le mène par la suite en France, au Paris Saint-Germain (2011-2013).
La consécration mondiale : Real Madrid, Bayern Munich et le défi des destins croisés
Arrivé pour la première fois sur le banc du Real Madrid en 2013, Carlo Ancelotti atteint rapidement le Graal en remportant la fameuse Décima (la dixième Ligue des Champions du club) en 2014, au terme d'une finale haletante face à l'Atlético de Madrid. Sa gestion humaine, fondée sur l'écoute, le calme et la complicité avec ses cadres (Cristiano Ronaldo, Sergio Ramos, Luka Modrić), devient une marque de fabrique enseignée dans les manuels de management (illustrée plus tard dans son ouvrage Quiet Leadership).
Après un passage en Allemagne au Bayern Munich (2016-2017) couronné par un titre de champion de Bundesliga et des Supercoupes d'Allemagne, puis des aventures plus inabouties mais formatrices au SSC Naples (2018-2019) et à Everton (2019-2021), le technicien italien choisit de revenir là où son cœur battait le plus fort : la Maison Blanche.
De retour au Real Madrid à partir de 2021, Carletto réalise l'impensable.
Enfin, après cette immense longévité en club, son parcours s'ouvre vers de nouveaux horizons internationaux avec sa nomination à la tête de la sélection brésilienne (la Seleção), un ultime défi titanesque pour parachever l'une des carrières les plus extraordinaires de l'histoire du football.
