L'hégémonie historique de LG Electronics face à la tempête
LG n'est pas devenu le patron par hasard. C'est simple. Pendant que tous les autres constructeurs se demandaient si l'OLED était une technologie viable à long terme, LG Display, la branche de fabrication du groupe, investissait des milliards de dollars dans des usines de production de masse. Résultat : pendant presque dix ans, si vous achetiez un téléviseur OLED, peu importe la marque inscrite sur le cadre, la dalle à l'intérieur sortait des usines LG. Cette avance stratégique a permis à LG Electronics de proposer une gamme d'une profondeur inégalée, allant du modèle A3 plus abordable à la série G4 qui repousse les limites de la luminosité grâce à la technologie Micro Lens Array.
Le truc, c'est que la force de LG réside dans sa capacité à parler à tout le monde. On trouve des écrans de 42 pouces pour les gamers qui veulent un moniteur d'exception, et des dalles géantes de 97 pouces pour ceux qui ont un salon de la taille d'un petit cinéma. Cette omniprésence est leur plus grand atout. Mais restons lucides. Dominer le volume ne signifie pas forcément posséder la meilleure image du monde à chaque instant, même si leur processeur Alpha 11 fait aujourd'hui des miracles en termes de traitement vidéo. Et c'est précisément là que la concurrence a vu une faille. Car à force de se reposer sur ses lauriers de producteur quasi-unique, LG a fini par voir débarquer des rivaux qui ne se contentent plus d'acheter ses dalles, mais qui fabriquent les leurs avec des recettes différentes.
Je reste convaincu que la force de frappe logistique de LG restera leur bouclier principal pour les trois prochaines années. On ne déloge pas un acteur qui contrôle toute la chaîne de valeur, du pixel brut jusqu'au carton d'emballage, en un claquement de doigts. Pourtant, l'érosion des parts de marché est réelle. En 2023, la domination de LG était de 53 %, un chiffre en légère baisse par rapport aux années précédentes. C'est peu, direz-vous, mais dans une industrie où chaque point de croissance se bat à coups de centaines de millions de dollars de marketing, c'est un signal que le vent tourne.
La gamme C-Series : le véritable moteur de la domination
Si LG est le leader, c'est avant tout grâce à une lettre : le C. La série C (C1, C2, C3, C4) est devenue la référence absolue pour le consommateur moyen qui veut du haut de gamme sans vendre un rein. C'est le point d'équilibre parfait. On y trouve quatre ports HDMI 2.1, une compatibilité totale avec les dernières consoles de jeux, et une image qui, soyons honnêtes, suffit à 95 % des gens. C'est ce modèle précis qui empêche Samsung ou Sony de prendre la première place du podium.
Mais là où ça coince pour la concurrence, c'est sur le prix. LG peut se permettre des promotions agressives lors du Black Friday ou des périodes de soldes que les autres ont du mal à suivre. Or, le prix reste le premier critère d'achat, même sur le marché de l'OLED qui est par définition un marché de luxe. Quand vous pouvez avoir un 65 pouces LG pour le prix d'un 55 pouces chez Sony, le choix est vite fait pour beaucoup de familles. C'est cette réalité économique, parfois un peu brutale pour les puristes, qui maintient LG au sommet de la pyramide.
La montée en puissance de Samsung et le séisme du QD-OLED
Pendant des années, Samsung a juré que l'OLED n'était pas l'avenir, préférant pousser son QLED (qui n'est, rappelons-le, qu'un LCD amélioré). Quel revirement de situation incroyable on a vécu récemment ! En lançant la technologie QD-OLED, Samsung a non seulement admis son erreur, mais a surtout porté un coup de boutoir technologique à LG. Le principe est malin : utiliser des points quantiques (Quantum Dots) pour convertir la lumière bleue en couleurs pures, évitant ainsi l'utilisation d'un sous-pixel blanc qui a tendance à délaver les couleurs à haute luminosité.
Le résultat est bluffant. Le Samsung S95D, pour ne citer que lui, affiche une vivacité colorimétrique que les dalles classiques de LG peinent à égaler dans les zones très lumineuses de l'image. Est-ce suffisant pour devenir leader ? Pas encore. Samsung détient environ 18 à 20 % du marché OLED actuellement. C'est une progression fulgurante quand on part de zéro. Mais le problème, c'est que Samsung joue une partition risquée. En proposant des écrans extrêmement brillants, ils s'éloignent parfois de la fidélité voulue par les réalisateurs de cinéma.
On n'y pense pas assez, mais Samsung refuse toujours d'intégrer le format Dolby Vision, préférant son propre standard HDR10+. Pour un leader potentiel, c'est une impasse qui agace les cinéphiles. Imaginez acheter une Ferrari mais ne pouvoir mettre que de l'essence de supermarché dedans. C'est un peu l'impression que cela laisse parfois. Malgré tout, leur force de frappe commerciale est telle qu'ils grignotent des parts de marché chaque mois, notamment auprès des joueurs qui adorent le côté "punchy" de leurs écrans. D'ailleurs, Samsung a réussi l'exploit de vendre plus d'un million de téléviseurs OLED en un temps record, forçant LG à réagir techniquement plus vite que prévu.
Le défi de la production pour le géant de Suwon
Samsung Display, la filiale qui fabrique les dalles, a un souci de rendement. Produire du QD-OLED coûte cher, très cher. À ceci près que Samsung a une stratégie de prédateur : ils sont capables de vendre à perte ou avec des marges ridicules juste pour étouffer la concurrence et gagner du terrain. Soit dit en passant, c'est une tactique qu'ils ont déjà utilisée avec succès sur le marché des smartphones.
Un autre point qui divise les spécialistes, c'est le traitement antireflet de leurs derniers modèles. Samsung a opté pour un filtre mat sur ses modèles haut de gamme. Je trouve ça personnellement un peu dommage car cela casse un peu la profondeur des noirs dans une pièce sombre, même si c'est miraculeux en plein jour. C'est typiquement le genre de choix qui montre que Samsung ne cherche pas à plaire aux puristes du home-cinéma, mais au grand public qui installe sa télé dans un salon baigné de lumière. Et c'est précisément comme ça qu'on devient leader : en plaisant à la majorité, pas à une élite.
Sony ou l'art de rester le maître de l'image premium
Si l'on regarde uniquement les parts de marché mondiales, Sony est loin derrière avec environ 7 à 9 %. Mais attendez, ne les enterrez pas trop vite. Si l'on parle de "leadership d'opinion" ou de "valeur", Sony est souvent tout en haut. La stratégie japonaise est radicalement différente : ils ne cherchent pas à vendre le plus de téléviseurs, ils cherchent à vendre les plus chers et les plus performants.
Sony a cette particularité unique de ne pas fabriquer ses propres dalles. Ils achètent chez LG Display pour certains modèles et chez Samsung Display pour leurs modèles QD-OLED comme le prestigieux A95L. Mais alors, pourquoi payer 1000 euros de plus pour un Sony si la dalle est la même que chez le voisin ? La réponse tient en deux mots : traitement d'image. Le processeur XR de Sony est, de l'avis de presque tous les experts, le plus performant pour transformer une source de qualité moyenne en une image magnifique.
Leur approche est celle de la fidélité absolue. Quand vous regardez un film sur un OLED Sony, vous voyez ce que le coloriste a vu dans son studio à Hollywood. C'est une niche, certes, mais une niche extrêmement lucrative et influente. Le problème reste la tarification. Sony pratique des prix qui frisent parfois l'indécence, ce qui les empêchera toujours de devenir le leader en volume. Bref, Sony est le leader spirituel, celui qu'on admire, mais LG reste celui qu'on achète.
Le son, l'atout caché des Japonais
Il faut mentionner la technologie Acoustic Surface Audio+. Au lieu d'avoir des haut-parleurs classiques, c'est la dalle elle-même qui vibre pour produire le son. C'est une prouesse technique que Sony maîtrise mieux que quiconque. Pour l'utilisateur qui ne veut pas s'encombrer d'une barre de son, c'est un argument de poids. Mais est-ce que cela suffit à renverser le marché ? Non. C'est un bonus luxueux sur un produit déjà élitiste. On est loin du compte pour espérer rattraper les volumes de production massifs des Coréens.
Pourquoi la production des dalles change la donne pour les constructeurs
Pour comprendre qui domine, il faut regarder dans les coulisses des usines. Le marché de l'OLED est un marché d'approvisionnement. Pendant des années, LG Display était en situation de monopole total sur le WOLED (White OLED). Cela leur donnait un pouvoir immense sur des marques comme Panasonic, Philips ou Sony. Si LG décidait d'augmenter le prix de ses dalles de 10 %, tout le marché suivait.
L'arrivée de Samsung Display avec le QD-OLED a brisé ce plafond de verre. Désormais, il y a une concurrence saine entre deux types de technologies OLED. Cela a forcé LG à sortir de sa zone de confort et à inventer la technologie MLA (Micro Lens Array), qui utilise des milliards de minuscules lentilles pour diriger la lumière vers le spectateur et ainsi booster la luminosité sans brûler les pixels.
Résultat : le consommateur est le grand gagnant. En 2024, un téléviseur OLED de milieu de gamme est plus performant que le fleuron d'il y a trois ans. Mais cette guerre technologique demande des investissements colossaux. LG a dû convertir plusieurs lignes de production LCD en OLED pour maintenir la cadence. Samsung, de son côté, doit encore prouver qu'il peut produire des dalles de très grande taille (plus de 83 pouces) à un coût raisonnable. Actuellement, sur le segment des très grands écrans, LG reste le seul maître à bord.
Les chiffres qui font tourner la tête : parts de marché et revenus
Parlons peu, parlons chiffres. En 2023, environ 7,7 millions de téléviseurs OLED ont été expédiés dans le monde. C'est un chiffre qui peut paraître faible par rapport aux 200 millions de téléviseurs LCD vendus chaque année, mais l'OLED représente une part disproportionnée des revenus. Dans le segment des téléviseurs de plus de 1500 dollars, l'OLED capte plus de 40 % de la valeur totale du marché.
LG Electronics se taille la part du lion avec environ 4,2 millions d'unités. Samsung suit avec environ 1,5 million, une performance impressionnante pour une deuxième année pleine d'exploitation. Sony ferme la marche du trio de tête avec environ 800 000 unités. Le reste du gâteau est partagé entre des acteurs comme Philips (très fort en Europe grâce à l'Ambilight), Panasonic (le chouchou des cinéphiles) et des marques chinoises comme Hisense ou TCL qui commencent timidement à pointer le bout de leur nez sur l'OLED, même s'ils préfèrent se concentrer sur le Mini-LED.
Ce qui est intéressant, c'est la dynamique géographique. En Europe, nous sommes très friands d'OLED. C'est ici que LG réalise ses meilleures performances. Aux États-Unis, Samsung est beaucoup plus agressif et réussit à bousculer la hiérarchie plus facilement. Mais globalement, la tendance est à la consolidation : les trois gros (LG, Samsung, Sony) captent plus de 85 % de la valeur totale du marché OLED. Les données manquent encore pour 2024, mais les premières tendances indiquent une stabilisation de LG et une montée continue de Samsung.
Les idées reçues sur la luminosité et le marquage des écrans
On entend souvent que l'OLED, c'est génial pour les noirs mais que c'est trop sombre. C'était vrai en 2018. En 2024, c'est devenu un mythe. Avec l'arrivée des dalles de nouvelle génération, on atteint des pics de luminosité à 2000, voire 3000 nits sur certaines zones très précises. C'est autant, sinon plus, que beaucoup de téléviseurs LED classiques. Le leader du marché a bien compris que c'était le principal frein à l'achat et a mis le paquet sur la communication autour de la "clarté".
L'autre épouvantail, c'est le marquage (burn-in). On a tous peur de voir le logo de BFM TV ou de TF1 rester imprimé à vie sur notre bel écran à 2000 euros. Là encore, les progrès sont spectaculaires. Les algorithmes de nettoyage de pixels, le décalage imperceptible de l'image et une meilleure gestion de la chaleur ont rendu ce problème presque anecdotique pour une utilisation normale.
Il reste que si vous laissez votre téléviseur allumé 18 heures par jour sur la même chaîne d'information continue, vous prenez un risque. Mais pour un usage mixte (films, séries, jeux vidéo), la question ne se pose même plus. D'ailleurs, LG propose désormais des garanties de 5 ans sur ses dalles haut de gamme incluant le marquage, une preuve de confiance qui rassure les acheteurs et renforce leur position de leader. Samsung, de son côté, utilise sa structure QD-OLED pour dissiper mieux la chaleur, affirmant que leur technologie est encore plus résistante. La guerre des arguments marketing fait rage, mais la réalité technique est que l'OLED est devenu une technologie mature et fiable.
Le duel technique : WOLED contre QD-OLED, qui gagne vraiment ?
C'est la question qui brûle les lèvres de tous ceux qui s'apprêtent à craquer leur PEL pour un nouvel écran. D'un côté, le WOLED de LG (utilisé aussi par Sony sur ses gammes intermédiaires et par Philips). De l'autre, le QD-OLED de Samsung (utilisé par Samsung et Sony sur son haut de gamme).
Le WOLED est plus mature. Il offre des blancs extrêmement précis et une gestion des détails dans les zones sombres qui est devenue chirurgicale. Le truc, c'est que pour monter en luminosité, LG doit utiliser un sous-pixel blanc. Or, quand on pousse ce pixel blanc à fond, la saturation des couleurs environnantes peut légèrement baisser. C'est subtil, mais un œil exercé le voit.
Le QD-OLED, lui, n'a pas ce problème. Les couleurs restent d'une saturation absolue, même à pleine puissance lumineuse. Un rouge éclatant restera un rouge profond, là où il pourrait tirer vers le rose orangé sur un WOLED poussé à ses limites. Sauf que le QD-OLED a un défaut gênant : en présence de lumière ambiante, les noirs peuvent paraître un peu grisâtres car la dalle n'a pas de filtre polarisant classique.
Alors, qui gagne ? Pour une salle dédiée au cinéma, dans le noir complet, le WOLED avec technologie MLA (comme sur le LG G4) est absolument royal. Pour un salon lumineux avec beaucoup de baies vitrées, le QD-OLED de Samsung prend l'avantage. Le leadership technologique est donc partagé. LG garde l'avantage de la polyvalence, tandis que Samsung gagne sur le terrain de la vivacité brute. C'est un match nul technique, mais une victoire commerciale pour LG qui parvient à vendre ses deux types de dalles (car oui, LG a commencé à acheter des dalles chez Samsung pour certains modèles, le monde est petit !).
Questions fréquentes sur les téléviseurs OLED
Quelle est la durée de vie réelle d'un téléviseur OLED aujourd'hui ?
On estime aujourd'hui qu'un téléviseur OLED peut fonctionner pendant environ 100 000 heures avant de perdre la moitié de sa luminosité. Pour vous donner un ordre de grandeur, cela représente environ 30 ans d'utilisation à raison de 10 heures par jour. Autant dire que vous aurez changé de téléviseur bien avant que les pixels ne rendent l'âme. Le vrai facteur de vieillissement n'est pas la mort des pixels, mais l'évolution des normes HDMI et des processeurs de traitement d'image qui rendront votre écran obsolète technologiquement.
Pourquoi les téléviseurs OLED de LG sont-ils souvent moins chers que ceux de Sony ?
C'est une question de volume et de stratégie industrielle. LG Electronics fabrique ses propres dalles via LG Display, ce qui lui permet de réduire les marges intermédiaires. De plus, LG produit des millions d'unités, ce qui permet de réaliser des économies d'échelle massives. Sony, au contraire, achète ses composants au prix fort et ajoute une couche logicielle et matérielle (processeurs, système audio) très coûteuse. En gros, avec LG vous payez pour la technologie de pointe au prix juste, avec Sony vous payez pour l'expertise et le prestige de la marque.
Le gaming sur OLED présente-t-il des risques ?
Honnêtement, c'est flou pour certains, mais pour moi la réponse est claire : non, au contraire, c'est la meilleure expérience possible. Le temps de réponse quasi instantané des pixels OLED (0,1 ms) écrase n'importe quel écran LCD. Concernant le marquage lié aux interfaces de jeux (barres de vie, cartes), les téléviseurs modernes intègrent des fonctions de détection de logos fixes qui baissent localement la luminosité pour protéger la dalle. Tous les leaders du marché proposent désormais des "Game Bars" pour régler ses paramètres en un clin d'œil. C'est devenu l'argument de vente numéro un pour LG sur la série C.
L'essentiel : quel leader choisir selon vos besoins ?
Au final, désigner un seul leader est un exercice de sémantique. Si l'on parle de domination du marché, de parts de marché et de choix pour le consommateur, LG Electronics est le roi incontesté. Ils ont démocratisé la technologie, ils l'ont rendue fiable et ils occupent tous les segments de prix. Acheter un LG, c'est l'assurance d'avoir le standard de l'industrie, celui sur lequel tous les autres se calibrent.
Mais si vous cherchez le leader de l'innovation pure et de la saturation des couleurs, Samsung est en train de prendre le dessus. Leur technologie QD-OLED a forcé tout le monde à se réveiller. Et si vous voulez le leader de la qualité d'image cinématographique, Sony reste sur son trône, à condition d'avoir le portefeuille solide.
Mon conseil personnel ? Ne vous laissez pas aveugler par les guerres de chiffres. Le marché est arrivé à un tel niveau de maturité qu'il est presque impossible de faire un "mauvais" choix chez l'un de ces trois constructeurs. La vraie question est de savoir si vous privilégiez le prix et la polyvalence (LG), l'éclat des couleurs et le design (Samsung), ou la fidélité absolue et le traitement d'image (Sony). Dans tous les cas, l'OLED a gagné la guerre contre le LCD dans le cœur des passionnés, et c'est bien là l'essentiel. Le marché continue de croître, les prix baissent doucement, et la concurrence féroce entre les deux géants coréens ne fait que commencer, pour notre plus grand plaisir visuel.
