Quand le métier t’aspire, mais que tu veux respirer
Je me souviens, à l’hôpital de Saint-Denis, j’étais en fin de garde de 12 heures, j’avais les reins en vrac, une collègue en arrêt, et deux patients qui ont sonné en même temps. Et là, dans la chambre 4, un monsieur m’a dit : « Vous êtes fatiguée, vous devriez vous reposer ». Et j’ai failli pleurer. Pas de tristesse, non. De reconnaissance. Mais aussi, franchement, de découragement. Parce que je me suis dit : « Je fais ça depuis 15 ans, et je suis toujours à courir comme une dingue. Y a-t-il autre chose pour moi ? ».
Parce que bon, être aide-soignante, c’est un métier d’or. Vraiment. Tu touches à l’humain, tu vois les gens vivre, partir, se relever. Mais parfois… t’as besoin d’un truc moins physique. Moins chronophage. Moins… dépendant des plannings à la con.
La formation, ça te parle ?
Alors évidemment, le truc qu’on te sort à chaque fois : « Pourquoi tu passes pas infirmière ? ». Bah écoute, c’est une piste. Moi j’y ai pensé, j’ai même commencé les démarches. Mais passer 3 ans en école, avec les cours le jour, les stages la nuit, et toujours pas de salaire décent à la sortie… Franchement, j’étais pas sûre. Et puis, est-ce que je voulais vraiment plus de responsabilités, plus de pression ? Parce que déjà, en AS, t’es dans le feu. En IFAS, tu serais carrément dans l’explosion.
Mais bon, du coup j’ai creusé. Et j’ai découvert qu’il y avait d’autres formations, moins longues, plus adaptées. Par exemple : l’auxiliaire de puériculture. Si t’aimes les bébés, les maternités, les nourrissons, c’est un vrai dépaysement. Moins lourd physiquement (bon, porter des bébés, c’est pas rien non plus), mais plus doux. J’ai une copine, Céline, elle a fait ça après 10 ans en EHPAD. Elle m’a dit : « Je respire mieux ». Et elle rigole plus.
Et si tu restais dans le médical, mais en changeant de case ?
Attends, tu crois que t’es bloquée dans les soins directs ? Pas du tout. Y a plein de métiers où ton expérience compte, même si tu ne touches plus aux patients tous les jours. Par exemple, technicienne de surface en milieu hospitalier ? Non, je rigole. Enfin, pas totalement — j’ai connu une AS qui a bifurqué vers la coordination des équipes de nettoyage dans un hôpital. Elle fait du management, de l’organisation, de la prévention. Et elle utilise ses connaissances en hygiène, évidemment. C’est pas glamour, mais c’est utile. Et surtout : elle travaille debout… mais dans un bureau.
Ou alors, agent de prévention et de sécurité en établissement de santé. Avec ta connaissance du terrain, tu peux former les nouveaux au risque infectieux, aux gestes barrières, à la manutention. Tu passes un diplôme, tu fais une VAE peut-être, et hop — tu deviens formatrice. J’ai vu ça à Toulouse, dans un centre de rééducation. Une ancienne AS, Marie-Paule (oui, Marie-Paule, je l’invente pas), elle forme maintenant les équipes sur l’ergonomie. Elle dit qu’elle se sent enfin reconnue.
Le social, tu y as pensé ?
Parce que bon, t’as passé des heures avec des gens seuls, des familles perdues, des vieux qui oublient leurs enfants… Tu as développé un vrai sens de l’écoute. Alors pourquoi pas tenter l’accompagnant éducatif et social (AES) ? Ou même, plus tard, travailleur social ?
Y a un truc que j’ai découvert par hasard : la référente bien-être des résidents en Ehpad. Oui, ça existe. C’est pas partout, mais de plus en plus. C’est toi qui organises les ateliers mémoire, les sorties, les animations. Tu deviens le lien entre les familles, les soignants, les animateurs. Tu fais de la coordination humaine. Et tu utilises ton vécu d’AS pour proposer des choses qui tiennent la route. Pas des trucs bidon du genre « coloriage mercredi 15h ». Non, des vrais moments de lien.
Et le privé, dans tout ça ?
Bon, tu veux moins de hiérarchie, moins de règles, plus d’autonomie ? Le libéral, ça te parle ? Par exemple, devenir auxiliaire de vie à domicile en indépendante. Tu choisis tes horaires, tes patients, ton rythme. Tu factures au forfait ou à l’heure. Tu peux même monter une petite structure avec d’autres AS. J’ai une cousine, elle fait ça dans le 78. Elle bosse 3 jours par semaine, elle gagne à peu près pareil qu’avant, mais elle dit qu’elle a retrouvé sa vie.
Ou alors, pourquoi pas te spécialiser ? Parler de soins aux personnes âgées avec troubles cognitifs, ou de prise en charge à domicile des malades chroniques. Tu te formes, tu te positionnes comme experte. Tu deviens la personne à appeler quand c’est compliqué. Et là, tu peux même faire de la prévention, des conseils aux familles, des accompagnements sur-mesure. C’est pas du rêve, c’est faisable.
Et si tu voulais tout plaquer ?
Parce que bon, peut-être que tu en as juste marre. Marre du milieu médical. Marre des blouses, des chariots, des odeurs. Et que tu te dis : « J’aimerais faire autre chose. Un truc qui me ressemble, mais sans lien avec le soin ».
Alors oui, c’est possible. J’ai connu une AS, à Lyon, qui a tout lâché pour ouvrir une boulangerie bio. Elle disait : « J’ai passé ma vie à nourrir les autres, mais pas comme je voulais ». Aujourd’hui, elle fait des pains sans gluten, elle connaît tous ses clients par leur prénom, et elle est plus épanouie que jamais. Elle a gardé son empathie, mais elle l’a mise ailleurs.
Ou alors, tu te lances dans l’artisanat, la coaching en bien-être, la reconversion en gestion administrative… Il y a des VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) pour presque tout. Ton boulot d’AS, c’est plein de compétences transférables : gestion du stress, communication, organisation, prise de décision. Tu crois que tu fais que des lits ? Non. Tu gères des crises, tu anticipes, tu rassures. C’est du management humain, en fait.
Et toi, tu en es où ?
Je te raconte tout ça, mais j’aimerais bien savoir : toi, tu en es où ? Tu sens que tu veux changer, mais tu sais pas par où commencer ? Tu hésites entre rester dans le soin ou tout plaquer ? Tu as peur de perdre ton salaire, ton statut, ton temps libre ? Moi aussi. On est pareil.
Alors bon, pas de recette miracle. Mais une chose est sûre : ton expérience d’aide-soignante, c’est une mine. Pas juste pour rester au chevet des patients. Mais pour construire autre chose. Peut-être plus calme. Peut-être plus créatif. Peut-être plus à toi.
Et puis, tu sais quoi ? Même si tu changes de voie, t’emportes toujours un truc précieux : tu as touché la vie. Vraiment. Et ça, personne ne te l’enlèvera.
