Pourquoi les matières animales sont-elles si problématiques dans un compost ménager ?
C'est souvent là que le bât blesse, parce que, selon moi, beaucoup de gens pensent à tort que tout ce qui est organique finit par se décomposer, donc ça passe. Mais non, pas dans un compost de jardin classique. Je parle ici des restes de viande, des poissons, des os, et des produits laitiers comme le fromage ou le yaourt. Le problème fondamental, c'est la température. Un bon tas de compost bien géré peut monter à 50 ou 55°C au cœur, ce qui est suffisant pour tuer pas mal de graines de mauvaises herbes, mais ce n'est généralement pas assez chaud pour pasteuriser et détruire les pathogènes potentiellement dangereux liés aux protéines animales. Du coup, au lieu d'obtenir de l'or noir, on attire les nuisibles : les rats, les souris, et une quantité astronomique de mouches attirées par l'odeur nauséabonde qui se dégage quand ces éléments commencent à putréfier plutôt que de composter proprement, surtout si l'équilibre carbone/azote est déjà précaire.
Le cas spécifique des graisses et huiles de cuisson
J'ai remarqué que les gens jettent souvent les restes d'huile de friture ou les sauces grasses dans le bac, pensant que c'est juste de la matière organique. Sauf que l'huile, même en petite quantité, c'est un vrai désastre physique pour la structure du tas. Quand elle refroidit, elle devient pâteuse, voire solide, et elle crée une sorte de couche imperméable. Cette couche empêche l'oxygène, notre meilleur ami dans le compostage aérobie, de pénétrer correctement dans les couches inférieures. Dès qu'il y a manque d'air, on bascule dans l'anaérobie, et là, ça sent mauvais, c'est garanti. Si vous avez un peu de sauce tomate avec de l'huile, essuyez l'excédent avec du papier absorbant avant de jeter le papier (qui lui, peut aller au compost), mais jamais la graisse pure.
La question sensible des excréments : herbivores contre carnivores
Ah, les déjections animales, c'est un sujet qui divise un peu, car il faut faire une distinction nette. Les bouse de vache ou de cheval, si elles proviennent d'animaux qui mangent des végétaux uniquement et que vous avez un compost vraiment chaud, peuvent être ajoutées avec parcimonie. Elles sont riches en azote et accélèrent le processus. Par contre, et c'est une règle de sécurité que je trouve primordiale, les excréments de chiens et de chats sont strictement interdits. Je pense que beaucoup de jardiniers novices ne réalisent pas la charge pathogène présente dans les selles de carnivores. Il y a des risques de transmission de bactéries ou de parasites comme le *Toxoplasma gondii*, qui est vraiment difficile à éliminer sans une montée en température très, très haute et soutenue, chose que les petites installations domestiques peinent à atteindre. Mieux vaut s'en tenir aux cendres de bois non traité et aux tontes de gazon.
Les plantes malades : propager le mal au lieu de le guérir
C'est une erreur que j'ai commise au début, je l'avoue. Voir une feuille de courgette attaquée par l'oïdium et se dire : "Pff, ça va se décomposer, ce n'est rien". Mais en réalité, si vous mettez des végétaux visiblement malades – mildiou sur les tomates, rouille sur les rosiers, herbes envahies par des champignons – vous mettez en conserve les spores et les agents pathogènes. Si votre compost ne fait pas un cycle de chauffe parfait, ces spores vont simplement survivre au processus et vous allez réintroduire la maladie directement dans votre potager au printemps quand vous épandrez votre amendement. C'est un cercle vicieux, du coup, je suis devenu ultra-prudent : si ça a l'air malade, à la poubelle (ou incinération si c'est permis chez vous), mais pas au compost.
Quels sont les déchets qui ne se décomposent jamais (ou trop lentement) ?
Il y a aussi des choses qui ne sont pas toxiques en soi, mais qui vont simplement ruiner la texture de votre compost, le rendant inutilisable pendant des mois, voire des années. Pensez aux agrumes, par exemple. Une rondelle d'orange de temps en temps, ça va. Mais si vous jetez des sacs entiers d'écorces de citron ou de pamplemousse, leur forte acidité peut déséquilibrer le pH du tas trop rapidement, ralentissant considérablement l'action des micro-organismes. D'ailleurs, les coquilles d’œufs, si elles sont mises entières, mettent une éternité. Je conseille toujours de les écraser très finement, presque en poudre, car la structure calcaire est très résistante.
Et puis il y a tout ce qui est artificiel ou traité chimiquement. Les bois peints ou vernis, même s'ils sont en bois, sont remplis de produits toxiques qui ne doivent pas finir dans votre sol. Idem pour les litières d'animaux issues de la chimie, comme les litières agglomérantes à base de bentonite ou de silice. Elles ne se décomposeront jamais et alourdiront votre compost inutilement, le rendant lourd et peu drainant.
Les papiers et cartons : attention aux encres et aux traitements
Beaucoup de gens se disent que le carton brun sans encre est génial pour équilibrer les "verts" (les matières humides). Et c'est vrai, le carton non glacé, c'est un excellent "brun" structurant. Mais il faut être vigilant avec ce qu'on trouve dans nos poubelles de recyclage. Les papiers glacés, ceux qu'on trouve dans les magazines ou les prospectus publicitaires, contiennent des revêtements et des encres qui ne sont pas destinés à être digérés par la terre. Je pense que même si une petite quantité passe inaperçue, si vous en mettez régulièrement, vous introduisez des résidus chimiques. De plus, les sacs en papier ciré ou les cartons de livraison recouverts de plastique – souvent ceux qui tiennent les légumes secs – doivent être évités. Il faut vraiment privilégier le carton brun simple, sans aucune trace de couleur vive ou de brillance.
En résumé : Comment gérer les "déchets interdits" sans culpabiliser ?
Finalement, la règle d'or pour savoir si un déchet va au compost est simple : est-ce que ce serait bon pour un ver de terre en milieu naturel et est-ce que ça ne contient aucun additif chimique ou pathogène qui pourrait nuire à la faune et à la flore du sol ? Si vous avez un doute sur la viande, le poisson, ou les excréments de vos animaux de compagnie, la réponse est non. Il faut accepter que le compostage domestique ait ses limites, et c'est normal. Ces quelques déchets, qui sont souvent les moins agréables à gérer, doivent retourner à l'enfouissement ou à l'incinération via la collecte municipale. Cela ne diminue en rien l'énorme bénéfice écologique que vous apportez en compostant vos épluchures de légumes, le marc de café et vos déchets verts. La clé, c'est l'équilibre et la connaissance de ce que votre système peut réellement traiter sans danger.

