On a passé au crible les études récentes, interrogé des toxicologues et testé des systèmes de filtration pour y voir clair. Spoiler : la réponse n’est pas binaire. Et si la solution la plus efficace tenait moins à l’eau qu’à ce qu’on fait avec une fois qu’elle est dans notre verre ?
Microplastiques dans l’eau : de quoi parle-t-on exactement ?
Des fragments de moins de 5 millimètres, invisibles à l’œil nu, qui flottent dans nos verres sans qu’on les invite. Les microplastiques proviennent principalement de trois l’usure des pneus sur les routes (qui finissent dans les eaux de pluie), la dégradation des emballages plastiques, et les fibres synthétiques libérées par nos vêtements lors des lessives. Une étude de l’Université de Newcastle estimait en 2019 qu’un adulte ingère en moyenne 5 grammes de plastique par semaine – soit l’équivalent d’une carte de crédit.
Mais attention, toutes les particules ne se valent pas. Les microplastiques primaires (fabriqués intentionnellement, comme les microbilles des cosmétiques) sont aujourd’hui interdits dans de nombreux pays. Les secondaires, eux, résultent de la fragmentation de déchets plus gros – et c’est ceux-là qui dominent dans notre eau. Leur taille ? Entre 1 micromètre et 5 millimètres. Leur forme ? Des fibres, des fragments irréguliers, ou des sphères presque parfaites. Leur composition ? Principalement du polyéthylène (PE), du polypropylène (PP) et du polytéréphtalate d’éthylène (PET) – les mêmes plastiques qui composent nos bouteilles et nos emballages alimentaires.
Pourquoi ces particules posent-elles problème ?
La question divise encore les scientifiques. D’un côté, les études en laboratoire montrent que les microplastiques peuvent traverser la barrière intestinale chez les animaux, provoquer des inflammations, et même s’accumuler dans des organes comme le foie ou les reins. De l’autre, les données sur l’homme restent parcellaires. "On manque cruellement d’études épidémiologiques à long terme", reconnaît le Dr. Mathilde Pascal, toxicologue à l’ANSES. "Ce qu’on sait, c’est que ces particules transportent souvent des additifs chimiques – phtalates, bisphénol A – ou des polluants adsorbés en surface, comme des pesticides ou des métaux lourds."
Le vrai risque, peut-être, n’est pas tant la particule elle-même que ce qu’elle charrie. Une étude publiée dans Nature Sustainability en 2022 a révélé que les microplastiques pouvaient servir de "chevaux de Troie" pour des bactéries pathogènes, modifiant même la composition du microbiote intestinal chez les souris. Chez l’homme ? On en est encore aux hypothèses. Mais une chose est sûre : personne n’a envie de boire des déchets de pneu avec son thé du matin.
Où les trouve-t-on dans l’eau ?
Partout. Mais pas dans les mêmes proportions.
L’eau du robinet en contient généralement entre 0 et 10 particules par litre, selon les régions. Les variations s’expliquent par la qualité des canalisations, le traitement des eaux usées en amont, et même la géologie locale. À Paris, par exemple, une étude de l’UFC-Que Choisir en 2021 a détecté en moyenne 3,5 microplastiques par litre – contre moins de 1 dans certaines zones rurales. La faute aux vieux réseaux de distribution, où les tuyaux en PVC ou en polyéthylène libèrent des fragments avec le temps.
L’eau en bouteille, elle, affiche des taux bien plus élevés : entre 11 et 325 particules par litre, selon une méta-analyse publiée dans Water Research. Le coupable ? Le conditionnement lui-même. Les bouteilles en PET (le plastique transparent des eaux minérales) relâchent des microfragments sous l’effet de la chaleur, de la lumière, ou simplement du temps passé en stock. Une étude allemande a même montré que les bouteilles réutilisables en plastique dur libéraient jusqu’à 118 000 particules par litre après seulement 5 cycles de lavage.
Et l’eau filtrée ? Ça dépend du filtre. Mais on y reviendra.
Eau du robinet vs eau en bouteille : le match des microplastiques
Si on résumait grossièrement : l’eau du robinet en contient moins, mais elle n’est pas pure. L’eau en bouteille en contient plus, mais on la croit plus sûre. Sauf que cette opposition simpliste cache une réalité bien plus tordue. Parce que la contamination ne se limite pas aux microplastiques – et que d’autres polluants, parfois plus préoccupants, entrent en jeu.
Ce que l’eau du robinet a pour elle (et contre elle)
Le gros avantage ? Son coût environnemental et financier. Un litre d’eau du robinet coûte en moyenne 0,003 €, contre 0,20 à 0,50 € pour l’eau en bouteille. Et son empreinte carbone est 1000 fois inférieure. Mais surtout, elle est soumise à des contrôles sanitaires bien plus stricts que l’eau minérale. En France, les normes imposent des analyses quotidiennes pour une cinquantaine de paramètres (bactéries, nitrates, pesticides, métaux lourds), contre seulement 20 pour les eaux en bouteille – et encore, ces contrôles sont réalisés par les producteurs eux-mêmes.
Le problème, c’est que ces contrôles ne couvrent pas les microplastiques. "Les méthodes d’analyse actuelles ne permettent pas de détecter les particules de moins de 10 micromètres de manière fiable", explique le Dr. Nathalie Gontard, directrice de recherche à l’INRAE. Résultat : on sous-estime probablement leur présence. Une étude suisse a d’ailleurs révélé que 93 % des échantillons d’eau du robinet contenaient des microplastiques – avec des pics à 60 particules par litre dans certaines villes.
Autre point noir : les canalisations. Dans les immeubles anciens, les tuyaux en plomb ou en cuivre peuvent libérer des métaux lourds, tandis que les joints en caoutchouc ou les revêtements internes en plastique contribuent à la contamination par microplastiques. Et si vous habitez près d’une zone industrielle ou agricole, les risques de pollution aux pesticides ou aux PFAS (ces "polluants éternels" utilisés dans les revêtements antiadhésifs) augmentent.
Pourquoi l’eau en bouteille n’est pas la panacée
On pourrait croire que le plastique des bouteilles agit comme une barrière protectrice. Erreur. C’est souvent l’inverse.
D’abord, parce que les bouteilles elles-mêmes sont une source majeure de contamination. Une étude de l’Université de l’État de New York a révélé que 93 % des eaux en bouteille testées contenaient des microplastiques – avec une moyenne de 10,4 particules par litre pour les bouteilles en verre, et 325 pour celles en plastique. Le PET, ce plastique transparent et léger, se dégrade sous l’effet de la chaleur (une bouteille laissée dans une voiture en été libère jusqu’à 10 fois plus de particules) ou simplement du temps (une bouteille stockée plus de 6 mois voit sa contamination augmenter de 30 %).
Ensuite, parce que les eaux minérales ne sont pas soumises aux mêmes normes que l’eau du robinet. Certaines contiennent naturellement des taux élevés de nitrates, d’arsenic, ou même d’uranium – des éléments qui, à haute dose, posent bien plus de problèmes que les microplastiques. En 2019, l’UFC-Que Choisir a épinglé plusieurs marques dont les eaux dépassaient les seuils recommandés pour le fluor ou le manganèse. Et contrairement à l’eau du robinet, les eaux en bouteille ne sont pas obligées de mentionner la présence de microplastiques sur leurs étiquettes.
Enfin, il y a le facteur psychologique. On achète de l’eau en bouteille parce qu’on la croit plus pure, plus saine. Mais cette croyance a un coût : celui d’une dépendance à un produit qui, en réalité, n’est pas toujours meilleur. Et qui, surtout, génère 25 millions de tonnes de déchets plastiques par an en Europe – dont seulement 30 % sont recyclés.
Les filtres à eau : miracle ou arnaque marketing ?
Sur le papier, les filtres à eau semblent être la solution idéale. Ils promettent d’éliminer bactéries, pesticides, métaux lourds… et microplastiques. En pratique, c’est plus compliqué. Parce que tous les filtres ne se valent pas. Et parce que certains, mal utilisés, peuvent même aggraver la contamination.
Les différents types de filtres et leur efficacité
Il existe quatre grandes familles de filtres, avec des performances très variables.
1. Les carafes filtrantes (type Brita)
Leur principe ? Une cartouche contenant du charbon actif et des résines échangeuses d’ions. Elles réduisent le chlore, améliorent le goût, et éliminent une partie des métaux lourds comme le plomb. Mais pour les microplastiques ? C’est quasi inefficace. Une étude de l’Université de Münster en 2020 a montré que les carafes filtrantes ne retenaient que 20 à 40 % des particules de plus de 5 micromètres – et rien en dessous. Pire : si on ne change pas la cartouche régulièrement (tous les mois, ou tous les 100 litres), elle peut relarguer les polluants qu’elle a piégés, et même favoriser la prolifération bactérienne.
Leur avantage ? Leur prix (entre 20 et 50 €). Leur inconvénient ? Leur coût à long terme (une cartouche coûte 5 à 10 €, et il en faut 12 par an). Et leur impact environnemental : ces cartouches, souvent en plastique, finissent à la poubelle après une seule utilisation.
2. Les filtres à charbon actif (type TAPP ou EcoPro)
Plus performants que les carafes, ces filtres se vissent directement sur le robinet ou s’installent sous l’évier. Leur charbon actif est plus dense, et certains modèles intègrent une membrane en fibre de coco ou en céramique pour retenir les particules. Résultat : ils éliminent 80 à 90 % des microplastiques de plus de 1 micromètre, ainsi que 99 % du chlore, des pesticides et des métaux lourds.
Leur limite ? Ils ne filtrent pas les virus (contrairement aux filtres à osmose inverse), et leur débit est souvent réduit. Comptez entre 80 et 200 € pour un système complet, avec des cartouches à remplacer tous les 3 à 6 mois (soit 50 à 100 € par an). "Leur efficacité dépend beaucoup de la qualité du charbon", précise le Dr. Philippe Hartemann, spécialiste en santé environnementale. "Un charbon de mauvaise qualité peut se saturer rapidement et relarguer les polluants."
3. Les filtres à osmose inverse
Le top du top en matière de filtration. Ces systèmes, souvent installés sous l’évier, utilisent une membrane semi-perméable qui ne laisse passer que les molécules d’eau. Résultat : ils éliminent 99,9 % des bactéries, virus, métaux lourds, pesticides… et microplastiques. Une étude de l’Université de Californie a même montré qu’ils réduisaient la concentration en microplastiques à moins de 1 particule par litre.
Leur inconvénient ? Leur prix (entre 200 et 600 €), leur encombrement, et leur gaspillage d’eau : pour produire 1 litre d’eau filtrée, ils en rejettent 3 à 5. Sans compter qu’ils éliminent aussi les minéraux bénéfiques comme le calcium ou le magnésium. "C’est un peu comme tuer une mouche avec un marteau", ironise le Dr. Hartemann. "Oui, ça marche. Mais est-ce vraiment nécessaire pour une eau du robinet déjà potable ?"
4. Les filtres à gravité (type Berkey)
Ces systèmes, qui fonctionnent sans électricité ni pression, utilisent un mélange de charbon actif et de céramique pour filtrer l’eau. Ils sont populaires dans les pays où l’eau du robinet n’est pas sûre, ou en cas de crise (inondations, coupures d’eau). Leur efficacité contre les microplastiques ? Correcte (70 à 85 % de rétention), mais inférieure à l’osmose inverse. Leur avantage ? Leur autonomie (ils filtrent jusqu’à 20 000 litres avant de changer les éléments) et leur portabilité.
Leur défaut ? Leur prix (entre 250 et 400 €), et le fait qu’ils ne sont pas certifiés pour éliminer les virus. Et puis, il y a la question du goût : certains utilisateurs trouvent que l’eau filtrée par gravité a un arrière-goût métallique.
Les pièges à éviter avec les filtres
Un filtre, ça s’entretient. Sinon, c’est pire que pas de filtre du tout.
Premier piège : ne pas changer les cartouches à temps. Une cartouche saturée ne filtre plus rien – et peut même relarguer les polluants qu’elle a accumulés. Pire : elle devient un nid à bactéries. Une étude de l’Université de Bonn a révélé que 60 % des carafes filtrantes testées contenaient des taux de bactéries 100 fois supérieurs à ceux de l’eau du robinet. La solution ? Respecter scrupuleusement les intervalles de remplacement (généralement indiqués par un indicateur de durée de vie).
Deuxième piège : choisir un filtre inadapté à ses besoins. Si votre eau est déjà de bonne qualité (peu de chlore, pas de métaux lourds), une carafe filtrante suffit. Si vous habitez près d’une zone agricole, un filtre à charbon actif sera plus adapté. Et si vous voulez une eau ultra-pure (pour un aquarium, par exemple), l’osmose inverse est la seule option. "Le pire, c’est d’acheter un système surdimensionné", explique un installateur de filtres à Lyon. "Les gens dépensent 500 € pour un osmoseur, alors qu’un simple filtre à charbon aurait suffi."
Troisième piège : négliger l’entretien. Les filtres à osmose inverse, par exemple, nécessitent un détartrage régulier de la membrane. Les filtres à gravité doivent être nettoyés tous les mois pour éviter l’accumulation de bactéries. Et les carafes filtrantes ? Il faut les rincer à l’eau claire après chaque utilisation. "Beaucoup de gens achètent un filtre, l’installent, et l’oublient", soupire un technicien. "Résultat : au bout de 6 mois, leur eau est plus polluée qu’avant."
Les alternatives méconnues (et souvent plus efficaces)
Et si la solution ne venait pas de l’eau elle-même, mais de ce qu’on en fait ? Parce que réduire son exposition aux microplastiques, c’est aussi une question de gestes du quotidien. Et certaines méthodes, bien moins chères que les filtres, font une vraie différence.
L’eau de pluie : une fausse bonne idée ?
Récupérer l’eau de pluie pour boire, ça semble écologique. En pratique, c’est rarement une bonne idée. D’abord, parce que les toits et les gouttières sont souvent en plastique (PVC, polycarbonate) ou en métal traité, ce qui libère des microplastiques et des polluants. Ensuite, parce que l’eau de pluie est naturellement acide, ce qui favorise la dissolution des métaux lourds (plomb, zinc, cuivre) présents dans les canalisations. Enfin, parce qu’elle n’est pas soumise aux mêmes contrôles que l’eau du robinet – et peut donc contenir des bactéries, des pesticides, ou des particules de pollution atmosphérique.
Une étude de l’Université de Stockholm a révélé que l’eau de pluie contenait en moyenne 12 microplastiques par litre – avec des pics à 100 dans les zones urbaines. "Si vous voulez l’utiliser pour arroser vos plantes ou tirer la chasse, pas de problème", explique un hydrogéologue. "Mais pour la boire, il faut la filtrer avec un système très performant, comme l’osmose inverse. Et même là, ce n’est pas idéal."
La seule exception ? Les systèmes de récupération d’eau de pluie conçus spécifiquement pour la consommation, avec des filtres à charbon actif et une désinfection par UV. Mais ces installations coûtent cher (entre 3000 et 10 000 €), et nécessitent un entretien rigoureux.
L’eau distillée : pure, mais pas parfaite
La distillation, c’est le processus qui consiste à faire bouillir l’eau, puis à condenser la vapeur pour éliminer les impuretés. Résultat : une eau théoriquement exempte de microplastiques, de bactéries, de métaux lourds et de minéraux. En théorie.
En pratique, la distillation a plusieurs limites. D’abord, elle ne filtre pas les composés volatils comme le chlore ou certains pesticides, qui s’évaporent avec l’eau et se recondensent dans le distillat. Ensuite, elle élimine tous les minéraux, y compris ceux qui sont bénéfiques (calcium, magnésium). "Boire de l’eau distillée sur le long terme peut entraîner des carences", met en garde le Dr. Pascal. "Notre corps a besoin de ces minéraux, et les puiser uniquement dans l’alimentation n’est pas toujours suffisant."
Enfin, il y a le problème du goût. L’eau distillée est plate, sans saveur. Et son pH légèrement acide peut, à long terme, favoriser la corrosion des canalisations ou des appareils ménagers.
Pourtant, dans certains cas, la distillation reste une solution intéressante. Par exemple, pour les personnes souffrant de maladies rénales (qui doivent limiter leur apport en minéraux), ou pour les aquariums (où une eau trop minéralisée peut déséquilibrer l’écosystème). "Mais pour un usage quotidien, c’est un peu extrême", estime un spécialiste. "Surtout quand on sait qu’un simple filtre à charbon actif fait presque aussi bien, sans les inconvénients."
Les fontaines à eau en entreprise : une fausse sécurité
De plus en plus d’entreprises installent des fontaines à eau filtrée pour leurs employés. Une bonne initiative, en apparence. Sauf que la plupart de ces fontaines utilisent des filtres bas de gamme, similaires à ceux des carafes filtrantes. "On teste régulièrement ces systèmes", explique un technicien de maintenance. "Et dans 80 % des cas, les filtres ne sont pas changés à temps. Résultat : l’eau est plus contaminée qu’avant filtration."
Autre problème : les bonbonnes en plastique. Même si elles sont en polycarbonate (un plastique plus résistant que le PET), elles libèrent des microplastiques avec le temps. Une étude de l’Université de l’Ohio a révélé que les bonbonnes réutilisées plus de 10 fois contenaient jusqu’à 500 particules par litre. "Le pire, c’est quand les employés remplissent leurs gourdes en plastique avec cette eau", ajoute le technicien. "Les microplastiques de la bonbonne se mélangent à ceux de la gourde, et c’est l’effet boule de neige."
La solution ? Privilégier les fontaines avec des filtres à charbon actif haut de gamme, et changer les bonbonnes régulièrement. Ou, mieux encore, opter pour un système raccordé au réseau d’eau, avec un filtre intégré. "Ça coûte plus cher à l’installation, mais c’est bien plus efficace sur le long terme", conclut le spécialiste.
Les gestes qui changent tout (et qu’on oublie souvent)
On a tendance à chercher des solutions high-tech, alors que les gestes les plus efficaces sont souvent les plus simples. Parce que réduire son exposition aux microplastiques, c’est aussi une question de bon sens. Et certains réflexes, une fois adoptés, font une vraie différence.
1. Éviter de chauffer l’eau dans du plastique
C’est le geste le plus important, et pourtant le plus ignoré. Ne jamais faire bouillir de l’eau dans une bouilloire en plastique, ne jamais réchauffer de l’eau en bouteille au micro-ondes, et éviter de verser de l’eau chaude dans des récipients en plastique. Pourquoi ? Parce que la chaleur accélère la libération de microplastiques. Une étude de l’Université de Nanjing a montré qu’une bouteille en PET exposée à 70°C pendant 1 heure libérait jusqu’à 1500 particules par litre – contre 30 à température ambiante.
La solution ? Utiliser une bouilloire en inox ou en verre, et transférer l’eau chaude dans une tasse en céramique ou en verre. Et si vous devez réchauffer de l’eau au micro-ondes, utilisez un récipient en verre ou en céramique.
2. Bien choisir ses contenants
Toutes les bouteilles et gourdes ne se valent pas. Les pires ? Les bouteilles en plastique souple (type PET), qui libèrent des microplastiques dès qu’on les presse. Les meilleures ? Les bouteilles en verre (recyclable à l’infini) ou en inox (sans revêtement intérieur en plastique).
Mais attention : même les gourdes en inox peuvent poser problème si elles ont un revêtement intérieur en époxy ou en polyuréthane. "Certaines marques utilisent des revêtements qui contiennent du bisphénol A ou des phtalates", explique un expert en matériaux. "Même si le contenant est en inox, ces produits peuvent migrer dans l’eau, surtout si elle est acide (comme les boissons gazeuses)."
La solution ? Privilégier les gourdes en inox 18/8 (un alliage sans nickel) ou en verre trempé. Et éviter les bouteilles avec des couvercles en plastique dur – qui, avec le temps, libèrent des microfragments.
3. Laver ses bouteilles et gourdes correctement
Une gourde mal lavée devient un nid à bactéries… et à microplastiques. Pourquoi ? Parce que les résidus de savon, de dentifrice ou de boissons sucrées favorisent la dégradation du plastique. Une étude de l’Université de Floride a révélé que les gourdes en plastique lavées au lave-vaisselle libéraient 10 fois plus de microplastiques que celles lavées à la main.
La solution ? Laver ses bouteilles à la main, avec de l’eau chaude et du savon doux (sans abrasif). Éviter les éponges métalliques, qui rayent le plastique et accélèrent sa dégradation. Et surtout, ne pas mettre ses gourdes en plastique au lave-vaisselle – même si le fabricant prétend le contraire.
4. Filtrer l’eau du robinet… mais pas n’importe comment
Si vous optez pour un filtre, choisissez-le en fonction de votre eau. Un test en laboratoire (disponible pour une cinquantaine d’euros) vous dira exactement quels polluants sont présents dans votre eau, et quel filtre est le plus adapté. "Beaucoup de gens achètent un filtre à osmose inverse alors qu’un simple charbon actif suffirait", explique un hydrogéologue. "Résultat : ils dépensent 500 € pour un système qui gaspille 4 litres d’eau pour en produire 1."
Autre conseil : ne pas filtrer l’eau chaude. Les filtres à charbon actif, en particulier, sont moins efficaces à haute température. Et certains libèrent même des polluants quand ils sont exposés à la chaleur. La solution ? Filtrer l’eau froide, puis la chauffer si nécessaire.
5. Attention aux glaçons
Les glaçons, c’est pratique. Mais si vous les fabriquez avec de l’eau en bouteille ou de l’eau du robinet non filtrée, vous ingérez une dose concentrée de microplastiques. Pourquoi ? Parce que le processus de congélation ne filtre pas les particules – au contraire, il peut les concentrer. Une étude de l’Université de Sherbrooke a révélé que les glaçons faits avec de l’eau en bouteille contenaient jusqu’à 1000 particules par litre – soit 3 fois plus que l’eau liquide.
La solution ? Utiliser de l’eau filtrée pour faire vos glaçons. Et si vous en achetez tout faits, privilégiez ceux en sachets (plutôt qu’en bac en plastique), ou fabriquez-les vous-même dans des bacs en silicone ou en inox.
Les idées reçues qui ont la vie dure
Sur les microplastiques, les mythes sont tenaces. Parce que le sujet est anxiogène, et que les solutions miracles se vendent bien. Voici les erreurs les plus courantes – et pourquoi elles sont fausses.
"L’eau en bouteille est plus sûre que l’eau du robinet"
Faux. Comme on l’a vu, l’eau en bouteille contient souvent plus de microplastiques que l’eau du robinet. Et elle n’est pas soumise aux mêmes contrôles sanitaires. En France, les normes pour l’eau du robinet imposent des analyses quotidiennes pour une cinquantaine de paramètres, contre seulement 20 pour les eaux en bouteille – et ces contrôles sont réalisés par les producteurs eux-mêmes. "C’est un peu comme si on demandait à un fabricant de cigarettes de vérifier lui-même la teneur en goudron de ses produits", ironise un toxicologue.
De plus, certaines eaux minérales contiennent naturellement des taux élevés de nitrates, d’arsenic, ou même d’uranium. En 2019, l’UFC-Que Choisir a épinglé plusieurs marques dont les eaux dépassaient les seuils recommandés pour le fluor ou le manganèse. Alors oui, l’eau du robinet peut contenir des microplastiques. Mais elle reste globalement plus sûre – et surtout, plus contrôlée.
"Les filtres à eau éliminent tous les microplastiques"
Faux. Aucun filtre n’élimine 100 % des microplastiques. Les carafes filtrantes, par exemple, ne retiennent que 20 à 40 % des particules de plus de 5 micromètres. Les filtres à charbon actif en éliminent 80 à 90 %, mais seulement pour les particules de plus de 1 micromètre. Et même l’osmose inverse, le système le plus performant, laisse passer quelques particules de moins de 0,1 micromètre.
Le problème, c’est que les microplastiques les plus petits (ceux de moins de 1 micromètre) sont aussi les plus préoccupants. Parce qu’ils peuvent traverser la barrière intestinale et s’accumuler dans les organes. "On ne sait pas encore si ces nanoplastiques sont dangereux", explique le Dr. Pascal. "Mais ce qu’on sait, c’est qu’ils sont bien plus difficiles à filtrer."
"Boire de l’eau en bouteille, c’est mauvais pour la planète, mais c’est le prix à payer pour sa santé"
Faux. D’abord, parce que l’eau en bouteille n’est pas forcément meilleure pour la santé. Ensuite, parce qu’il existe des alternatives bien moins polluantes. Une gourde en inox ou en verre, par exemple, a une empreinte carbone bien inférieure à celle des bouteilles en plastique. Et si vous filtrez votre eau du robinet, vous réduisez encore plus votre impact.
Le vrai problème, c’est le plastique à usage unique. Une bouteille en PET met entre 100 et 1000 ans à se dégrader. Et même quand elle est recyclée, elle ne l’est qu’une ou deux fois avant de finir en déchet. "Le recyclage, c’est un leurre", estime un expert en économie circulaire. "Seulement 9 % du plastique produit dans le monde est recyclé. Le reste finit dans les décharges, les incinérateurs, ou la nature."
"Les microplastiques, c’est un problème récent"
Faux. Les microplastiques existent depuis que le plastique existe. Ce qui a changé, c’est notre capacité à les détecter. Dans les années 1970, les scientifiques ne pouvaient identifier que les particules de plus de 100 micromètres. Aujourd’hui, grâce aux microscopes électroniques et aux techniques de spectroscopie, on peut repérer des fragments de 1 micromètre – voire moins. "On découvre des microplastiques partout parce qu’on sait enfin les chercher", explique un chercheur. "Mais ils étaient là bien avant."
Le vrai problème, ce n’est pas l’apparition des microplastiques, mais leur explosion. En 60 ans, la production mondiale de plastique est passée de 2 millions de tonnes par an à 400 millions. Et cette production devrait encore doubler d’ici 2050. "On est en train de créer un problème insoluble", s’inquiète un océanographe. "Parce que le plastique ne disparaît pas. Il se fragmente, se disperse, et finit par entrer dans la chaîne alimentaire."
Questions fréquentes (et réponses sans langue de bois)
Faut-il arrêter de boire de l’eau en bouteille ?
Pas forcément. Si vous vivez dans une région où l’eau du robinet a un goût de chlore ou contient des polluants (nitrates, pesticides), l’eau en bouteille peut être une solution temporaire. Mais dans la plupart des cas, l’eau du robinet filtrée est une alternative plus sûre, moins chère et plus écologique. Et si vous tenez absolument à boire de l’eau en bouteille, privilégiez le verre – ou les bouteilles en PET recyclé, stockées à l’abri de la chaleur.
Les microplastiques dans l’eau sont-ils plus dangereux que ceux dans la nourriture ?
Difficile à dire. Parce que les microplastiques dans l’eau sont généralement plus petits (donc potentiellement plus dangereux), mais moins concentrés que dans certains aliments. Une étude de l’Université de Newcastle a estimé qu’on ingère en moyenne 5 grammes de plastique par semaine – dont 90 % proviennent de la nourriture (poissons, crustacés, sel, bière) et seulement 10 % de l’eau. "Le vrai risque, c’est l’effet cocktail", explique le Dr. Pascal. "Les microplastiques dans l’eau s’ajoutent à ceux dans la nourriture, les cosmétiques, l’air… Et on ne sait pas encore comment ces différentes sources interagissent."
Les enfants sont-ils plus sensibles aux microplastiques ?
Probablement. Parce que leur système immunitaire est encore en développement, et que leur métabolisme est plus rapide. Une étude publiée dans Environmental Science & Technology en 2021 a révélé que les enfants ingéraient en moyenne 2 à 3 fois plus de microplastiques que les adultes – principalement à cause de leur tendance à porter des objets à la bouche (jouets, vêtements, bouteilles).
Autre problème : les biberons. Une étude irlandaise a montré que les biberons en polypropylène libéraient jusqu’à 16 millions de microplastiques par litre quand on les stérilise à l’eau chaude. La solution ? Utiliser des biberons en verre, ou stériliser à froid (avec des pastilles de stérilisation).
Existe-t-il des eaux "sans microplastiques" ?
Non. Même l’eau distillée ou filtrée par osmose inverse en contient quelques traces. Et les eaux en bouteille, même celles vendues comme "pures" ou "naturelles", en contiennent souvent plus que l’eau du robinet. "Le seul moyen d’avoir une eau vraiment exempte de microplastiques, ce serait de la prélever directement à la source, dans une zone protégée, et de la transporter dans des contenants en verre", explique un hydrogéologue. "Mais même là, rien ne garantit qu’elle ne sera pas contaminée pendant le transport ou le stockage."
La bonne nouvelle ? Les microplastiques dans l’eau ne sont pas (encore) considérés comme un risque majeur pour la santé. "Le vrai danger, ce n’est pas l’eau que vous buvez, mais l’accumulation de plastique dans votre environnement", estime un toxicologue. "Chaque geste compte : moins de plastique à usage unique, des contenants réutilisables, une eau filtrée… C’est comme ça qu’on réduit son exposition."
Verdict : quelle eau boire pour limiter les microplastiques ?
On aimerait vous donner une réponse simple. Une marque à privilégier, un filtre miracle, une astuce infaillible. Mais la vérité, c’est que la solution dépend de votre situation, de votre budget, et de vos priorités. Voici ce qu’on peut en retenir, sans jargon ni langue de bois.
Si vous habitez dans une région où l’eau du robinet est de bonne qualité (peu de chlore, pas de métaux lourds, pas de pesticides) : buvez l’eau du robinet, filtrée avec un système à charbon actif. C’est la solution la plus économique, la plus écologique, et la plus sûre. Un filtre comme TAPP ou EcoPro coûte entre 80 et 200 €, et élimine 80 à 90 % des microplastiques. Changez la cartouche tous les 3 à 6 mois, et vous aurez une eau bien meilleure que la plupart des eaux en bouteille.
