Car les algues, ces organismes aussi tenaces que discrets, ne se laissent pas vaincre si facilement. Leur déclin dépend d’un équilibre fragile entre nutriments, lumière, prédateurs et aléas climatiques. Et parfois, ce qui les fait reculer aujourd’hui pourrait bien les faire revenir demain, en pire. Plongeons dans les mécanismes qui les font disparaître… et ceux qui les ramènent.
Les algues, ces envahisseurs qui jouent les caméléons
Une définition qui cache bien des pièges
Quand on parle d’algues proliférantes, on pense immédiatement aux nappes vertes qui flottent à la surface des étangs ou aux filaments visqueux qui s’accrochent aux rochers. Pourtant, toutes les algues ne se ressemblent pas. Certaines, comme les cyanobactéries (faussement appelées "algues bleues"), sont en réalité des bactéries photosynthétiques. D’autres, comme les ulves ou les sargasses, appartiennent à des familles bien distinctes. Et c’est là que ça se complique : ce qui tue l’une peut laisser l’autre indifférente.
Prenez les marées vertes en Bretagne. Elles sont causées par des ulves, des algues en forme de feuilles qui se développent en présence de nitrates, souvent issus des engrais agricoles. En 2022, près de 50 000 tonnes d’ulves ont été ramassées sur les côtes françaises. Un record. Mais dans le même temps, les cyanobactéries, elles, prospéraient dans les lacs alpins, là où les phosphates – et non les nitrates – sont le vrai problème. Autant dire que traiter les deux de la même manière, c’est comme soigner une grippe avec un antibiotique : ça ne marche pas.
Pourquoi certaines proliférations durent des années… et d’autres quelques semaines
Tout dépend du contexte. Dans un lac peu profond et riche en nutriments, une prolifération peut s’installer pour des mois, voire des années. C’est le cas du lac Érié, aux États-Unis, où les cyanobactéries reviennent chaque été depuis les années 1990, transformant l’eau en une soupe toxique. En revanche, dans un estuaire soumis aux marées, comme la baie de Somme, les algues peuvent disparaître en quelques jours, emportées par les courants ou desséchées par le soleil.
Le truc, c’est que les algues n’ont pas de stratégie à long terme. Elles poussent là où les conditions sont favorables, et meurent – ou se dispersent – quand ces conditions changent. Le problème, c’est que ces "conditions favorables" sont souvent créées par l’homme : rejets d’eaux usées, ruissellement agricole, réchauffement des eaux. Et là, on est loin du compte pour les éliminer durablement.
Les quatre facteurs naturels qui font reculer les algues (quand on les laisse faire)
1. Le manque de nourriture : quand les algues meurent de faim
Les algues, comme toute plante, ont besoin de nutriments pour grandir. Les deux principaux sont l’azote (sous forme de nitrates) et le phosphore (sous forme de phosphates). Quand ces éléments viennent à manquer, la croissance s’arrête net. C’est le principe de base de la limitation des nutriments : si vous coupez l’approvisionnement, les algues dépérissent.
Mais attention, ce n’est pas aussi simple. Dans certains écosystèmes, c’est l’azote qui est le facteur limitant. Dans d’autres, c’est le phosphore. Et parfois, les deux jouent un rôle. En 2018, une étude publiée dans Nature a montré que dans 60 % des lacs étudiés, c’était le phosphore qui contrôlait la prolifération des algues. Dans les 40 % restants, c’était l’azote. Résultat : si vous réduisez les nitrates dans un lac où c’est le phosphore qui pose problème, vous ne verrez aucune amélioration. Autant jeter de l’argent par les fenêtres.
Et puis, il y a les cas où les algues s’adaptent. Certaines cyanobactéries, comme Microcystis aeruginosa, peuvent fixer l’azote atmosphérique quand les nitrates viennent à manquer. Du coup, même si vous éliminez les nitrates, elles continuent de proliférer. C’est un peu comme si vous coupiez l’eau à une plante, mais qu’elle se mettait à boire l’humidité de l’air. Pas très fair-play, non ?
2. La lumière : quand le soleil joue les trouble-fête
Sans lumière, pas de photosynthèse. Sans photosynthèse, pas de croissance. C’est aussi simple que ça. Les algues ont besoin d’un minimum de lumière pour survivre, et si cette lumière est bloquée – par des sédiments en suspension, par d’autres algues, ou même par leur propre densité – elles finissent par dépérir.
C’est ce qui se passe dans les lacs stratifiés, où les couches d’eau ne se mélangent pas. En été, la couche supérieure (l’épilimnion) est chaude et riche en oxygène, tandis que la couche inférieure (l’hypolimnion) est froide et pauvre en oxygène. Les algues qui se développent en surface finissent par épuiser les nutriments, puis meurent et coulent. Sans lumière, elles ne peuvent plus se reproduire. Et hop, la prolifération s’arrête.
Sauf que. Si les conditions changent – une tempête qui mélange les couches, par exemple – les nutriments remontent à la surface, et les algues repartent de plus belle. C’est un peu comme si vous éteigniez la lumière dans une pièce, mais que quelqu’un rallumait l’interrupteur toutes les cinq minutes. Frustrant, non ?
3. Les prédateurs : quand les algues finissent dans l’assiette
Les algues ne sont pas au sommet de la chaîne alimentaire. Loin de là. Elles sont mangées par des zooplanctons (comme les daphnies), des poissons (comme les carpes argentées), et même certains mollusques. Quand ces prédateurs sont en nombre suffisant, ils peuvent littéralement "brouter" les algues jusqu’à les faire disparaître.
Le problème, c’est que ces prédateurs ont eux-mêmes des prédateurs. Si les poissons qui mangent le zooplancton prolifèrent, le zooplancton disparaît… et les algues reviennent en force. C’est ce qu’on appelle un effet trophique en cascade. Un exemple célèbre ? Le lac Victoria, en Afrique. Dans les années 1950, on y a introduit la perche du Nil, un poisson vorace. Résultat : les poissons qui mangeaient le zooplancton ont disparu, le zooplancton a décliné, et les algues ont explosé. Aujourd’hui, le lac est couvert de cyanobactéries toxiques. Moralité : jouer aux apprentis sorciers avec les écosystèmes, ça finit rarement bien.
Et puis, il y a les cas où les prédateurs ne suffisent pas. Certaines algues, comme les dinoflagellés (responsables des marées rouges), produisent des toxines qui les rendent immangeables. Du coup, même si les prédateurs sont là, ils ne peuvent pas les consommer. C’est comme si vous aviez une assiette de nourriture devant vous, mais que tout était empoisonné. Vous n’allez pas manger, n’est-ce pas ?
4. Le climat : quand la météo joue les arbitres
La température, les précipitations, les vents… Tous ces facteurs climatiques influencent la prolifération des algues. Une sécheresse prolongée peut réduire le ruissellement des nutriments vers les lacs, limitant ainsi la croissance des algues. À l’inverse, des pluies intenses peuvent lessiver les sols et apporter une quantité massive de nutriments en une seule fois, déclenchant une prolifération explosive.
Prenez l’exemple du lac Taihu, en Chine. En 2007, une canicule suivie de pluies diluviennes a provoqué une prolifération de cyanobactéries si massive que l’eau du robinet de la ville de Wuxi est devenue imbuvable pendant une semaine. Deux millions de personnes ont été privées d’eau potable. Et tout ça à cause d’une météo capricieuse.
Mais le vrai game-changer, c’est le réchauffement climatique. Les eaux plus chaudes favorisent la croissance des algues, surtout des cyanobactéries, qui adorent les températures élevées. Une étude publiée dans Science en 2020 a montré que, pour chaque degré Celsius supplémentaire, la durée des proliférations d’algues toxiques augmentait de 5 à 10 jours. Autant dire que si le climat continue de se réchauffer, on n’est pas près de voir la fin des marées vertes.
Les solutions humaines : quand l’homme tente (parfois en vain) de réparer ses erreurs
Réduire les nutriments : la méthode la plus logique… mais la plus difficile
Si les algues prolifèrent à cause des nutriments, la solution semble évidente : il faut réduire les apports en azote et en phosphore. Facile à dire, moins facile à faire. Car ces nutriments viennent de partout : des eaux usées (même traitées), des engrais agricoles, des déjections animales, et même des lessives (même si les phosphates y sont désormais interdits dans de nombreux pays).
En Europe, la directive-cadre sur l’eau impose aux États membres de réduire les rejets de nutriments. Résultat ? En 20 ans, les concentrations de phosphore dans les rivières françaises ont baissé de 30 %. Mais dans le même temps, les nitrates, eux, stagnent. Pourquoi ? Parce que les engrais azotés sont toujours massivement utilisés en agriculture, et que les stations d’épuration ne sont pas conçues pour les éliminer efficacement.
Et puis, il y a le problème des sédiments. Dans les lacs peu profonds, les nutriments s’accumulent au fond et sont relargués dans l’eau pendant des décennies. Même si vous stoppez tous les apports extérieurs, les algues peuvent continuer à proliférer pendant des années. C’est comme si vous essayiez d’éteindre un feu en coupant l’arrivée de gaz, mais que le réservoir était déjà plein. Ça prend du temps.
L’aération des lacs : quand on souffle de l’air pour étouffer les algues
Une autre méthode consiste à aérer artificiellement les lacs pour briser la stratification thermique et favoriser la dégradation des nutriments. Comment ? En injectant de l’air ou de l’oxygène pur au fond du lac, ce qui permet de mélanger les couches d’eau et d’éviter l’accumulation de phosphore dans les sédiments.
Cette technique a été testée avec succès dans certains lacs suisses, comme le lac de Hallwil, où les proliférations de cyanobactéries ont diminué de 80 % en cinq ans. Mais elle a ses limites : elle est coûteuse (plusieurs centaines de milliers d’euros par an pour un lac de taille moyenne), et elle ne fonctionne que si les apports en nutriments sont déjà réduits. Sinon, c’est comme essayer de vider une baignoire avec une cuillère à café alors que le robinet coule toujours.
Et puis, il y a les effets secondaires. En aérant un lac, vous modifiez tout son écosystème. Les poissons qui aiment les eaux froides et oxygénées prospèrent, tandis que ceux qui préfèrent les eaux chaudes et pauvres en oxygène disparaissent. Bref, vous résolvez un problème, mais vous en créez d’autres. C’est ça, la gestion des écosystèmes : un éternel compromis.
Les barrières physiques : quand on enferme les algues pour les affamer
Dans certains cas, on peut utiliser des barrières flottantes pour isoler une zone infestée d’algues et les empêcher de se propager. Cette méthode est surtout utilisée dans les étangs de pisciculture ou les bassins de décantation, où les algues posent des problèmes immédiats (comme l’asphyxie des poissons).
Mais en milieu naturel, c’est plus compliqué. Les barrières doivent être régulièrement nettoyées (car les algues s’y accumulent), et elles ne résolvent pas le problème de fond : l’excès de nutriments. De plus, elles peuvent perturber la faune locale, comme les oiseaux ou les poissons migrateurs. Autant dire que ce n’est pas une solution miracle, mais plutôt un pansement sur une jambe de bois.
Les traitements chimiques : la solution de dernier recours (et ses dangers)
Quand tout le reste a échoué, certains n’hésitent pas à utiliser des algicides, des produits chimiques conçus pour tuer les algues. Le plus connu est le sulfate de cuivre, qui est efficace… mais aussi toxique pour les autres organismes aquatiques. Une étude publiée dans Environmental Science & Technology a montré que le sulfate de cuivre pouvait tuer jusqu’à 90 % des daphnies (ces petits crustacés qui mangent les algues) dans les 24 heures suivant son application.
Et puis, il y a le problème de la résistance. Certaines algues, comme Microcystis, développent une tolérance aux algicides après plusieurs traitements. C’est comme avec les antibiotiques : plus vous en utilisez, plus les bactéries deviennent résistantes. Résultat, vous finissez par devoir utiliser des doses de plus en plus fortes, ce qui aggrave la pollution.
Bref, les traitements chimiques, c’est un peu comme brûler sa maison pour se débarrasser des termites. Ça marche, mais à quel prix ?
Les fausses bonnes idées : ce qui ne marche pas (ou pas comme on le croit)
1. "Il suffit de planter des roseaux pour absorber les nutriments"
Les zones humides artificielles, comme les marais filtrants, sont souvent présentées comme une solution miracle pour éliminer les nutriments des eaux usées ou des ruissellements agricoles. Et c’est vrai, dans une certaine mesure : les roseaux et autres plantes aquatiques absorbent l’azote et le phosphore, et les bactéries qui vivent dans leurs racines décomposent la matière organique.
Sauf que. Ces systèmes sont lents (il faut plusieurs années pour qu’ils soient pleinement efficaces), coûteux (il faut des hectares de terrain), et peu adaptés aux grands lacs. De plus, si les nutriments continuent d’affluer, les plantes finissent par saturer, et le système devient inefficace. Autant dire que ce n’est pas une solution universelle, mais plutôt un outil parmi d’autres.
2. "Les poissons mangeurs d’algues vont tout régler"
Certains poissons, comme la carpe argentée ou le silure glane, sont connus pour se nourrir d’algues. Alors, pourquoi ne pas en introduire massivement dans les lacs infestés ? Parce que ça ne marche pas comme ça.
D’abord, ces poissons ne mangent pas toutes les algues. La carpe argentée, par exemple, préfère les algues filamenteuses, mais ignore les cyanobactéries. Ensuite, ils ont eux-mêmes besoin de conditions spécifiques pour survivre (température, oxygène, etc.). Et enfin, comme on l’a vu plus haut, introduire une espèce dans un écosystème, c’est jouer à la roulette russe : vous ne savez jamais quels effets en cascade cela va déclencher.
En 2016, des scientifiques ont tenté d’introduire des carpes argentées dans le lac Taihu pour lutter contre les cyanobactéries. Résultat ? Les carpes ont bien mangé les algues… mais elles ont aussi perturbé la chaîne alimentaire, au point que d’autres espèces de poissons ont décliné. Bref, on a remplacé un problème par un autre.
3. "Le vinaigre blanc tue les algues, c’est prouvé !"
Sur Internet, on trouve des dizaines de tutoriels expliquant comment éliminer les algues avec du vinaigre blanc, du bicarbonate de soude, ou même du peroxyde d’hydrogène. Et c’est vrai, ces produits peuvent tuer les algues… à petite échelle. Dans un aquarium ou un petit bassin, pourquoi pas. Mais dans un lac de plusieurs hectares ? Autant essayer d’éteindre un incendie de forêt avec un verre d’eau.
De plus, ces produits ne font que tuer les algues existantes. Ils ne résolvent pas le problème des nutriments, qui continuent d’affluer. Résultat : les algues repoussent, souvent plus vite qu’avant. Et en plus, vous polluez l’eau avec des produits chimiques qui peuvent être toxiques pour les autres organismes. Bref, c’est une fausse bonne idée, comme essayer de soigner une jambe cassée avec un pansement.
Questions fréquentes : ce que tout le monde se demande (et que personne n’ose demander)
Pourquoi certaines algues sont-elles toxiques, et pas d’autres ?
Toutes les algues ne produisent pas de toxines. Les cyanobactéries, par exemple, en sécrètent certaines (comme la microcystine ou la saxitoxine) pour se défendre contre les prédateurs ou pour éliminer la concurrence. Mais pourquoi certaines souches en produisent-elles, et pas d’autres ? Mystère. Les scientifiques pensent que c’est lié à des facteurs génétiques, mais aussi environnementaux : le stress (manque de nutriments, lumière insuffisante) pourrait déclencher la production de toxines.
Ce qui est sûr, c’est que ces toxines sont dangereuses. La microcystine, par exemple, peut causer des lésions hépatiques, des troubles neurologiques, et même la mort chez les animaux (et les humains, en cas d’ingestion massive). En 2014, au Brésil, 16 patients d’une clinique de dialyse sont morts après avoir été exposés à de l’eau contaminée par des cyanobactéries. Autant dire que ce n’est pas à prendre à la légère.
Est-ce que les algues disparaissent toutes seules, sans intervention humaine ?
Oui… et non. Dans certains cas, les algues finissent par disparaître d’elles-mêmes, quand les conditions deviennent défavorables (manque de nutriments, baisse de la température, etc.). Mais dans d’autres cas, elles s’installent pour de bon, surtout si les apports en nutriments continuent. C’est ce qu’on appelle un état alternatif stable : une fois que les algues ont pris le contrôle, il est très difficile de revenir en arrière, même en réduisant les nutriments.
Prenez l’exemple du lac de Grand-Lieu, en Loire-Atlantique. Dans les années 1980, il était couvert d’algues filamenteuses. Les autorités ont réduit les apports en nutriments, et les algues ont disparu… pendant quelques années. Puis, dans les années 2000, elles sont revenues, malgré des niveaux de nutriments bien inférieurs à ceux des années 1980. Pourquoi ? Parce que l’écosystème avait changé : les poissons qui mangeaient les algues avaient disparu, et les sédiments continuaient de relarguer du phosphore. Bref, une fois que le système est cassé, le réparer prend des décennies.
Peut-on manger les algues proliférantes pour les éliminer ?
Certaines algues proliférantes sont comestibles, comme les ulves (les fameuses "laitues de mer" des marées vertes bretonnes). En théorie, on pourrait les récolter et les manger. En pratique, c’est plus compliqué.
D’abord, parce que les ulves des marées vertes sont souvent contaminées par des métaux lourds (comme le cadmium) ou des bactéries (comme E. coli). Ensuite, parce qu’elles ont un goût… disons, particulier. Les Bretons les appellent "les légumes du pauvre", et ce n’est pas un compliment. Enfin, parce que même si vous en mangiez des tonnes, vous ne résoudriez pas le problème : les ulves repoussent plus vite que vous ne pouvez les récolter.
Cela dit, certaines entreprises tentent de valoriser ces algues en les transformant en biocarburants ou en engrais. En 2021, une start-up française a même lancé un projet pour transformer les ulves en bioplastiques. L’idée est séduisante, mais pour l’instant, les volumes récoltés restent trop faibles pour avoir un impact significatif sur les proliférations.
Est-ce que le changement climatique va empirer les proliférations d’algues ?
Sans aucun doute. Les algues, surtout les cyanobactéries, adorent les eaux chaudes. Avec le réchauffement climatique, les proliférations vont devenir plus fréquentes, plus longues, et plus intenses. Une étude publiée dans Nature Climate Change en 2021 a estimé que, d’ici 2100, la durée des proliférations d’algues toxiques pourrait augmenter de 20 à 50 % dans les lacs tempérés.
Et ce n’est pas tout. Le changement climatique va aussi modifier les précipitations : des pluies plus intenses vont lessiver davantage de nutriments vers les lacs, tandis que des sécheresses prolongées vont concentrer ces nutriments dans des volumes d’eau plus réduits. Bref, on va droit vers une crise des algues, avec des conséquences dramatiques pour l’eau potable, la pêche, et le tourisme.
Autant le dire clairement : si on ne réduit pas drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, les marées vertes ne seront plus un problème local, mais un fléau mondial.
Verdict : peut-on vraiment faire disparaître les algues ?
La réponse est à la fois simple et déprimante : oui, mais pas partout, pas tout le temps, et pas sans efforts colossaux. Les algues ne disparaissent pas par magie. Elles reculent quand les conditions leur deviennent défavorables, et reviennent dès que ces conditions s’améliorent. Le vrai défi, ce n’est pas de les faire disparaître une fois, mais de les empêcher de revenir.
Pour ça, il n’y a pas de solution unique. Il faut réduire les nutriments (en limitant les engrais agricoles et en améliorant les stations d’épuration), restaurer les écosystèmes (en réintroduisant des prédateurs naturels et en protégeant les zones humides), et adapter nos pratiques (en évitant les rejets d’eaux usées et en surveillant les lacs de près).
Et surtout, il faut accepter une vérité qui dérange : les algues ne sont pas le problème. Elles ne sont que le symptôme d’un écosystème malade, d’une agriculture intensive, et d’une gestion de l’eau souvent désastreuse. Tant qu’on ne traitera pas ces causes profondes, les marées vertes continueront de revenir, comme un mauvais rêve.
Alors, peut-on gagner cette bataille ? Je reste convaincu que oui, mais à une condition : qu’on arrête de chercher des solutions miracles et qu’on accepte de faire les choses lentement, méthodiquement, et sans relâche. Parce que les algues, elles, n’ont pas l’intention de nous faciliter la tâche.
Et vous, seriez-vous prêt à payer plus cher votre nourriture pour réduire les engrais agricoles ? À accepter des restrictions sur l’usage de l’eau en été ? À soutenir des projets de restauration écologique, même s’ils prennent des décennies ? Parce que c’est ça, au fond, la vraie question. Pas "comment faire disparaître les algues ?", mais "jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour les empêcher de revenir ?".
La réponse, elle, ne dépend que de nous.
