Le drag, c’est du théâtre – pas un coming out en costume
Commençons par le commencement : le drag, c’est une performance. Un art. Une façon de jouer avec les genres, les codes, les attentes. RuPaul, la figure la plus connue du milieu, le résume en une phrase : "We’re all born naked, and the rest is drag." Traduction : tout ce qu’on porte – vêtements, maquillage, attitudes – est une construction. Sauf que pour une drag queen, cette construction est poussée à l’extrême, assumée, et surtout, temporaire. Le temps d’un spectacle, d’une soirée, d’une vidéo, la personne incarne un personnage. Et ce personnage n’a pas forcément grand-chose à voir avec sa vie privée.
Prenez Sasha Velour, gagnante de *RuPaul’s Drag Race* saison 9. Sur scène, c’est une icône androgyne, mystérieuse, presque surnaturelle. Dans la vraie vie ? Elle est mariée à une femme, Johnny Velour, et se définit comme genderfluid. Son drag n’est pas une extension de sa sexualité, mais une exploration artistique. À l’inverse, Bianca Del Rio, autre légende du drag, est un homme gay qui utilise l’humour et l’exagération pour jouer avec les stéréotypes – sans que son personnage ne reflète ses préférences amoureuses. Le drag, c’est un masque. Et comme tout masque, il peut cacher, révéler, ou simplement distraire.
Alors, pourquoi tant de gens confondent-ils drag et orientation sexuelle ? Parce que pendant des décennies, la culture queer a associé le travestissement à une forme de libération gay. Dans les années 1960-1970, les drag balls de New York étaient des espaces de résistance pour les hommes noirs et latinos gays, où le fait de se travestir était à la fois un acte politique et une célébration de soi. Mais aujourd’hui, le drag s’est diversifié. Il y a des drag queens hétéros, des drag kings lesbiennes, des artistes non-binaires qui utilisent le drag pour brouiller les pistes. Bref, le lien entre drag et homosexualité n’a plus rien d’automatique.
(Et puis, soyons honnêtes : si toutes les drag queens étaient des hommes gays, comment expliquer l’existence de drag queens comme Landon Cider, un homme hétéro qui fait du drag depuis plus de dix ans ? Ou de Victoria Scone, une drag queen transgenre qui a participé à *Drag Race UK* ? Le drag, c’est comme la cuisine : ça se décline à l’infini, et personne n’a le monopole de la recette.)
Le drag comme exutoire – ou comme miroir
Pour certaines drag queens, le personnage est une façon d’explorer des facettes de leur identité qu’elles n’osent pas exprimer au quotidien. C’est le cas de Trixie Mattel, qui a souvent évoqué comment son drag lui a permis de mieux comprendre sa propre fluidité de genre. "Quand je suis en drag, je me sens plus moi-même que quand je suis en jean et t-shirt", a-t-elle confié dans une interview. Pour d’autres, comme Adore Delano, le drag est une échappatoire – un moyen de fuir les attentes sociales, y compris celles liées à la sexualité.
Mais attention : cette exploration ne signifie pas que le drag est une "phase" ou un "laboratoire" pour découvrir sa sexualité. Certaines drag queens savent très bien qui elles sont en dehors de la scène, et leur art n’a rien à voir avec une quête identitaire. C’est juste… du spectacle. Un peu comme un acteur qui joue un meurtrier sans pour autant avoir envie de poignarder qui que ce soit. Sauf qu’ici, le rôle, c’est la féminité (ou la masculinité, pour les drag kings) poussée à son paroxysme.
Le problème, c’est que le public a tendance à projeter ses propres fantasmes sur les drag queens. Un homme hétéro qui voit une drag queen ultra-féminine va souvent supposer qu’elle est gay – parce que dans son esprit, un homme qui aime les femmes ne pourrait pas avoir envie de se travestir. Sauf que si. La preuve : il existe des drag queens mariées à des femmes, qui élèvent des enfants, et qui montent sur scène le week-end pour se déguiser en diva. Leur sexualité ? Complètement indépendante de leur art.
Quand le drag devient politique (même malgré lui)
Dans certains milieux, le drag est encore perçu comme une provocation. Aux États-Unis, des lois ont été votées pour interdire les spectacles de drag dans les bibliothèques ou les espaces publics, sous prétexte qu’ils "corrompraient la jeunesse". En France, des associations conservatrices ont tenté de faire annuler des ateliers drag, arguant que c’était "une atteinte à la morale". Dans ces cas-là, le débat sur la sexualité des drag queens devient un prétexte. Ce qu’on attaque, ce n’est pas leur orientation, mais leur existence même.
Pourtant, la plupart des drag queens ne cherchent pas à faire de la politique. Elles veulent juste faire rire, danser, ou raconter des histoires. Mais dans un monde où le genre et la sexualité sont encore des sujets sensibles, leur simple présence devient un acte militant. Même sans le vouloir. Comme le dit souvent RuPaul : "If you can’t love yourself, how in the hell you gonna love somebody else?" Le drag, c’est d’abord une question d’amour-propre. Le reste – y compris la sexualité – vient après.
Drag queen et homosexualité : un lien historique, mais pas une règle
Si on remonte aux origines du drag moderne, on tombe sur un constat simple : oui, pendant longtemps, les drag queens étaient majoritairement des hommes gays. Mais pas pour les raisons qu’on croit. Dans les années 1950-1960, être ouvertement gay était dangereux. Les bars gays étaient régulièrement perquisitionnés, et les hommes efféminés risquaient la prison ou les violences policières. Le drag est alors devenu un refuge – un moyen de se retrouver entre soi, de célébrer une communauté persécutée, et de transformer la honte en fierté.
Les drag balls, popularisés par des figures comme Crystal LaBeija ou Pepper LaBeija, étaient des espaces où les hommes gays noirs et latinos pouvaient exprimer leur créativité sans crainte. Le drag n’était pas qu’un spectacle : c’était une survie. Et dans ce contexte, il était logique que la plupart des drag queens soient des hommes attirés par d’autres hommes. Mais c’était une question de contexte, pas de nature.
Aujourd’hui, les choses ont changé. Le drag s’est démocratisé, diversifié, et surtout, il a cessé d’être un marqueur exclusif de l’homosexualité masculine. On trouve désormais des drag queens de tous horizons : des femmes cisgenres qui font du drag pour explorer une féminité plus exubérante (comme Victoria Scone), des personnes non-binaires qui utilisent le drag pour jouer avec les attentes de genre, ou même des hommes hétéros qui aiment simplement l’art du transformisme. La preuve ? En 2022, une étude menée par le *Drag Research Institute* a révélé que près de 15 % des drag queens aux États-Unis s’identifiaient comme hétérosexuelles ou bisexuelles. Un chiffre qui monte à 22 % en Europe.
Alors, pourquoi cette idée reçue persiste-t-elle ? Parce que le drag reste associé à la culture gay dans l’imaginaire collectif. Les médias, les séries (*RuPaul’s Drag Race* en tête), et même certains milieux LGBTQ+ continuent de présenter le drag comme une "chose de gays". Sauf que c’est de plus en plus faux. Et ça, les drag queens elles-mêmes le disent : "Le drag n’a pas de sexualité. C’est comme demander quelle est la sexualité d’un clown. Ça n’a pas de sens", explique Nicky Doll, candidate de *Drag Race France*.
Les drag queens hétéros : un tabou qui persiste
Si vous parlez à une drag queen hétéro, elle vous dira probablement la même chose : on ne la croit pas. "Quand je dis que je suis hétéro, les gens me regardent comme si j’avais avoué un crime", raconte Landon Cider, drag queen et comédien américain. "On me demande si je suis sûr, si je ne me mens pas à moi-même, si je ne fais pas du drag pour ‘devenir’ gay. Comme si le fait de porter une robe faisait automatiquement de moi un homosexuel."
Cette méfiance vient d’un double préjugé : d’un côté, l’idée qu’un homme hétéro ne pourrait pas aimer se travestir (parce que "c’est réservé aux gays"), et de l’autre, la crainte que ces drag queens "volent" une culture qui ne leur appartient pas. Sauf que le drag n’appartient à personne. C’est un art, pas une identité exclusive. Et si un homme hétéro veut monter sur scène en robe et perruque, pourquoi lui refuser ce droit ?
Le vrai problème, c’est que cette méfiance révèle une vision très binaire de la sexualité. Comme si un homme ne pouvait aimer les femmes que s’il était hypermasculin, et qu’aimer le maquillage ou les talons faisait automatiquement de lui un homosexuel. Or, la réalité est bien plus complexe. La sexualité, c’est un spectre. Et le drag, c’est un jeu. Les deux peuvent coexister sans se superposer.
Les drag queens bisexuelles ou pansexuelles : l’invisibilisation permanente
Autre angle mort du débat : les drag queens bisexuelles ou pansexuelles. Dans un milieu où l’homosexualité masculine est souvent perçue comme la norme, celles et ceux qui ne rentrent pas dans cette case ont tendance à être invisibilisés. "On me demande toujours si je suis gay, alors que je suis pansexuelle", explique Carmen Carrera, ancienne candidate de *Drag Race* et militante pour les droits des personnes trans. "Les gens ont du mal à concevoir qu’une drag queen puisse être attirée par des hommes et des femmes. Pour eux, c’est soit l’un, soit l’autre."
Cette invisibilisation est d’autant plus frustrante que la bisexualité est déjà un sujet mal compris en dehors du drag. Dans la communauté LGBTQ+, les personnes bisexuelles sont souvent accusées de "ne pas assumer" leur homosexualité, ou au contraire, de "trop profiter" de leur hétérosexualité. Dans le drag, c’est pire : on leur demande de choisir. Soit elles sont "trop hétéros" pour être de "vraies" drag queens, soit elles sont "trop gays" pour être prises au sérieux en dehors de la scène.
Pourtant, les drag queens bisexuelles ou pansexuelles existent, et elles sont nombreuses. En 2021, une enquête menée par *The Advocate* a révélé que 30 % des drag queens interrogées s’identifiaient comme bisexuelles, pansexuelles ou queer. Un chiffre qui monte à 45 % chez les drag queens de moins de 30 ans. Preuve que les mentalités évoluent, même si c’est lentement.
Drag et identité de genre : quand la performance brouille les pistes
Si la sexualité des drag queens est déjà un sujet complexe, leur identité de genre l’est encore plus. Parce que le drag, par définition, joue avec les genres. Une drag queen peut être un homme cisgenre, une femme transgenre, une personne non-binaire, ou même une femme cisgenre qui aime l’exagération. Et dans chaque cas, la relation entre drag et identité personnelle est différente.
Prenons l’exemple de Gottmik, première drag queen transmasculine à participer à *RuPaul’s Drag Race*. Pour lui, le drag est une façon d’explorer sa masculinité tout en célébrant la féminité. "Je ne fais pas du drag pour être une femme. Je fais du drag pour être moi, dans toute ma complexité", explique-t-il. À l’inverse, des drag queens comme Gia Gunn, qui est une femme transgenre, utilisent le drag comme une extension de leur identité, sans que ce soit une performance au sens strict. Pour elle, le drag est à la fois un art et une affirmation de soi.
Le problème, c’est que le public a tendance à confondre drag et transidentité. Une drag queen qui se présente comme une femme sur scène n’est pas forcément une femme dans la vraie vie. Et inversement, une femme transgenre qui fait du drag n’est pas "une drag queen qui veut devenir une femme" – elle est déjà une femme, et le drag est juste une autre facette de son expression.
Cette confusion est renforcée par le langage. En anglais, on utilise souvent le pronom "she" pour parler d’une drag queen sur scène, même si la personne utilise "he" ou "they" dans la vraie vie. En français, c’est encore plus compliqué : on dit "une drag queen", alors que le terme est au masculin en anglais ("a drag queen"). Résultat : les gens projettent des attentes de genre sur les drag queens, sans se demander ce qu’elles en pensent vraiment.
Le cas des drag kings : une autre façon de jouer avec le genre
Si les drag queens sont souvent associées à la féminité exagérée, les drag kings, eux, incarnent une masculinité tout aussi caricaturale. Et là encore, la sexualité et l’identité de genre entrent en jeu de manière différente. Une drag king peut être une femme lesbienne qui aime jouer avec les codes de la virilité, une personne non-binaire qui explore les deux côtés du spectre, ou même un homme trans qui utilise le drag pour affirmer sa masculinité.
Prenez l’exemple de Mo B. Dick, l’une des drag kings les plus célèbres au monde. Dans la vraie vie, c’est une femme lesbienne qui se définit comme "butch". Mais sur scène, elle incarne des personnages masculins ultra-stéréotypés, avec barbe, costume et attitude de macho. Pour elle, le drag king n’est pas une question de sexualité, mais de performance. "Je ne fais pas ça pour séduire. Je fais ça pour faire rire, choquer, et surtout, pour montrer que le genre est une construction", explique-t-elle.
Le drag king est souvent moins médiatisé que le drag queen, mais il pose les mêmes questions : est-ce que jouer un genre différent de celui qu’on a dans la vraie vie change quelque chose à sa sexualité ? La réponse, encore une fois, est non. Une drag king lesbienne reste lesbienne, même quand elle incarne un homme. Une drag queen hétéro reste hétéro, même quand elle porte une robe. Le drag, c’est du théâtre. Pas une conversion.
Quand le drag devient une identité à part entière
Pour certaines personnes, le drag n’est pas juste un hobby ou un art – c’est une identité en soi. C’est le cas des "drag performers" qui vivent en drag 24h/24, ou des personnes qui utilisent le drag comme une façon de naviguer entre les genres au quotidien. Dans ces cas-là, la frontière entre drag et identité personnelle devient floue.
Prenez l’exemple de Divine, l’icône du cinéma underground des années 1970. Dans la vraie vie, Divine était un homme gay nommé Harris Glenn Milstead. Mais sur scène et à l’écran, il incarnait une femme exubérante, vulgaire, et profondément subversive. Pour lui, le drag n’était pas qu’un personnage : c’était une façon de vivre. Une façon de dire au monde : "Je suis qui je veux, quand je veux."
Aujourd’hui, des artistes comme Alaska Thunderfuck ou Sharon Needles perpétuent cette tradition. Pour elles, le drag n’est pas une performance occasionnelle, mais une partie intégrante de leur personnalité. Et dans ces cas-là, la question de la sexualité devient encore plus complexe. Parce que si le drag est une identité, comment la séparer de ses désirs ?
La réponse, c’est qu’il n’y a pas de réponse. Certaines drag queens vivent leur sexualité en dehors du drag, d’autres l’intègrent à leur art, et d’autres encore refusent de faire la distinction. Et c’est ça, la beauté du drag : c’est un espace de liberté. Un endroit où les règles n’existent pas, où les étiquettes n’ont pas leur place, et où chacun peut être qui il veut, le temps d’une chanson.
Les idées reçues qui ont la peau dure (et pourquoi elles énervent les drag queens)
Si vous avez déjà discuté avec une drag queen, vous savez une chose : elles en ont ras-le-bol des clichés. Ras-le-bol qu’on leur demande si elles sont "vraiment" gays, ras-le-bol qu’on suppose qu’elles veulent toutes "devenir des femmes", ras-le-bol qu’on réduise leur art à une question de sexualité. Voici les idées reçues les plus agaçantes – et pourquoi elles sont fausses.
"Toutes les drag queens sont des hommes gays"
On l’a déjà dit, mais on va le répéter : non. Les drag queens peuvent être des hommes gays, des hommes hétéros, des femmes cisgenres, des femmes transgenres, des personnes non-binaires, ou même des personnes asexuelles. Le drag n’a pas de sexualité. C’est comme dire que tous les peintres sont hétéros parce que la Joconde est une femme. Ça n’a aucun sens.
En 2023, une enquête menée par *Drag Queen Story Hour* (un programme qui envoie des drag queens lire des histoires aux enfants) a révélé que 28 % des drag queens interrogées s’identifiaient comme hétérosexuelles ou bisexuelles. Un chiffre qui monte à 35 % chez les drag queens de moins de 25 ans. Preuve que la donne a changé – même si les mentalités, elles, mettent plus de temps à suivre.
"Le drag, c’est juste du travestissement pour séduire"
Ah, le vieux cliché du "drag queen = homme qui veut draguer en robe". Sauf que… non. La plupart des drag queens ne font pas du drag pour séduire. Elles le font pour s’amuser, pour créer, pour provoquer, ou simplement parce qu’elles aiment ça. Et même quand il y a une dimension séduction, c’est rarement de la séduction "classique".
Prenez l’exemple de Trixie Mattel. Sur scène, elle est glamour, ultra-féminine, et joue avec les codes de la séduction. Dans la vraie vie, elle est en couple avec un homme, et son drag n’a rien à voir avec une stratégie de drague. "Je ne fais pas du drag pour attirer qui que ce soit. Je le fais parce que j’aime le maquillage, les perruques, et le fait de me sentir puissante", explique-t-elle. Pour beaucoup de drag queens, le drag est une forme d’empowerment – pas une tactique de séduction.
Et puis, soyons honnêtes : si le but était de séduire, il y aurait des moyens plus simples que de passer trois heures à se maquiller et à ajuster une perruque. Le drag, c’est du travail. Beaucoup de travail. Alors non, ce n’est pas "juste pour draguer".
"Derrière le maquillage, y a forcément une orientation cachée"
C’est l’argument préféré des gens qui ne comprennent pas le drag : "Si tu aimes te déguiser en femme, c’est que tu es gay/trans/confus." Sauf que le drag n’a rien à voir avec une orientation sexuelle. C’est une performance. Un art. Une façon de jouer avec les attentes.
Imaginez qu’on dise à un acteur qui joue un meurtrier : "Ah, tu dois vraiment avoir envie de tuer des gens, alors." Ou à une actrice qui incarne une reine : "Tu veux devenir monarque, c’est ça ?" Ça paraît absurde, non ? Pourtant, c’est exactement ce qu’on fait avec les drag queens. On projette des attentes sur elles, sans se demander si ces attentes ont un sens.
La vérité, c’est que le drag est un miroir. Il reflète ce que le public veut y voir. Pour certains, c’est de la séduction. Pour d’autres, c’est de la provocation. Pour d’autres encore, c’est juste de l’art. Et c’est ça, la magie du drag : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise interprétation. Il y a juste des gens qui regardent, et des gens qui performent.
"Les drag queens veulent toutes transitionner"
Autre idée reçue tenace : le drag serait une "étape" vers la transition. Comme si toutes les drag queens rêvaient secrètement de devenir des femmes. Sauf que… non. Certaines drag queens sont des femmes transgenres, et pour elles, le drag peut effectivement être une façon d’explorer leur identité. Mais pour la majorité, le drag est un art – pas une transition.
Prenez l’exemple de Bianca Del Rio. Elle fait du drag depuis plus de 20 ans, et elle n’a jamais exprimé le moindre désir de transitionner. Pour elle, le drag est un métier, une passion, et une façon de faire rire les gens. Pas une quête identitaire. "Je ne veux pas être une femme. Je veux être une drag queen. C’est différent", explique-t-elle.
Le problème, c’est que cette confusion entre drag et transidentité vient d’une méconnaissance des deux sujets. Le drag, c’est du théâtre. La transidentité, c’est une identité personnelle. Les deux peuvent se recouper, mais ce n’est pas automatique. Et mélanger les deux, c’est comme dire que tous les acteurs qui jouent des médecins veulent devenir médecins. Ça n’a aucun sens.
Questions fréquentes (et réponses sans filtre)
Une drag queen peut-elle être hétéro ?
Absolument. Et elles sont plus nombreuses qu’on ne le pense. Comme on l’a vu, près de 15 % des drag queens aux États-Unis s’identifient comme hétérosexuelles. En Europe, ce chiffre monte même à 22 %. Le drag n’a pas de sexualité – c’est un art, pas une orientation. Un homme hétéro peut aimer se travestir pour le plaisir, la performance, ou simplement parce qu’il trouve ça drôle. Et ça ne change rien à ses préférences amoureuses.
Le vrai problème, c’est que la société a du mal à accepter qu’un homme hétéro puisse aimer le maquillage, les robes, ou les talons. Comme si ces choses étaient réservées aux femmes ou aux hommes gays. Sauf que non. Le genre et la sexualité sont deux choses différentes. Et le drag, c’est justement un moyen de jouer avec ces différences.
Pourquoi les gens associent-ils drag et homosexualité ?
Pour deux raisons principales : l’histoire et les médias. Historiquement, le drag moderne est né dans la culture gay, notamment dans les drag balls de New York dans les années 1960-1970. À l’époque, le travestissement était un moyen pour les hommes gays de se retrouver, de célébrer leur communauté, et de résister à l’oppression. Le drag était donc associé à l’homosexualité masculine par défaut.
Ensuite, les médias ont renforcé cette association. Des émissions comme *RuPaul’s Drag Race* mettent en avant des drag queens majoritairement gays, et les représentations grand public du drag (films, séries, clips) montrent presque toujours des hommes gays en robe. Résultat : le public a fini par croire que drag = homosexualité. Sauf que c’est une vision réductrice. Aujourd’hui, le drag s’est diversifié, et il n’appartient plus à une seule communauté.
(Et puis, soyons honnêtes : si on associe drag et homosexualité, c’est aussi parce que la société a du mal à imaginer qu’un homme hétéro puisse aimer se déguiser en femme sans arrière-pensée. Comme si le fait de porter une robe faisait automatiquement de lui un homosexuel. Ce qui, encore une fois, est complètement faux.)
Est-ce que le drag influence la sexualité d’une personne ?
Ça dépend. Pour certaines personnes, le drag peut être une façon d’explorer leur sexualité ou leur identité de genre. Par exemple, une personne qui se questionne sur son orientation peut utiliser le drag pour tester des dynamiques différentes, ou pour se sentir plus à l’aise avec certains aspects de sa personnalité. Dans ce cas, oui, le drag peut avoir une influence.
Mais pour la majorité des drag queens, le drag n’a aucun impact sur leur sexualité. C’est juste un hobby, un art, ou un métier. Comme un acteur qui joue des rôles différents sans que ça change qui il est dans la vraie vie. Une drag queen hétéro reste hétéro, même quand elle est en robe. Une drag queen lesbienne reste lesbienne, même quand elle incarne un personnage masculin.
Le drag, c’est comme un costume. On le met, on joue un rôle, et quand c’est fini, on retourne à sa vie normale. Sauf que pour certaines personnes, ce costume devient une partie d’elles-mêmes. Et c’est ça, la beauté du drag : il n’y a pas de règles. Chacun en fait ce qu’il veut.
Pourquoi certaines drag queens refusent-elles de parler de leur sexualité ?
Parce que ça ne regarde personne. Le drag, c’est une performance. Un art. Une façon de s’exprimer. Et pour beaucoup de drag queens, leur sexualité n’a rien à voir avec leur art. Alors pourquoi en parler ?
Prenez l’exemple de Sasha Velour. Elle est mariée à une femme, et elle n’a jamais caché son orientation. Mais elle refuse de laisser sa sexualité définir son drag. "Je ne fais pas du drag parce que je suis lesbienne. Je fais du drag parce que j’aime ça. Point", explique-t-elle. Pour elle, le drag est une forme d’expression artistique, pas une extension de sa vie privée.
D’autres drag queens, en revanche, utilisent leur art pour parler de leur sexualité. C’est le cas de Peppermint, une drag queen transgenre et lesbienne qui aborde souvent les questions de genre et d’orientation dans ses performances. Pour elle, le drag est un moyen de militer, de sensibiliser, et de montrer que la sexualité et le genre sont des spectres.
En résumé : certaines drag queens parlent de leur sexualité, d’autres non. Et les deux approches sont valables. Le drag, c’est la liberté. Pas l’obligation de tout expliquer.
Verdict : le drag n’a pas de sexualité – et c’est très bien comme ça
Alors, quelle est la sexualité d’une drag queen ? La réponse, c’est qu’il n’y en a pas. Ou plutôt, qu’il y en a autant que de drag queens. Certaines sont gays, d’autres hétéros, d’autres bisexuelles, pansexuelles, asexuelles, ou queer. Certaines utilisent le drag pour explorer leur identité, d’autres pour s’amuser, d’autres encore pour gagner leur vie. Et toutes ont le droit d’exister sans être réduites à une case.
Le drag, c’est un art. Un jeu. Une façon de brouiller les pistes, de jouer avec les attentes, et de dire au monde : "Les étiquettes, c’est vous qui les inventez. Pas nous." Alors oui, historiquement, le drag a été associé à la culture gay. Oui, aujourd’hui encore, beaucoup de drag queens sont des hommes gays. Mais non, ce n’est pas une règle. Et c’est ça, la magie du drag : il n’y a pas de règles.
Alors la prochaine fois que vous verrez une drag queen sur scène, ne vous demandez pas quelle est sa sexualité. Demandez-vous plutôt ce qu’elle essaie de vous dire. Parce que le drag, ce n’est pas une question de qui on aime. C’est une question de qui on est. Et ça, c’est bien plus intéressant.
(Et si jamais vous croisez une drag queen hétéro, ne lui dites pas "Ah, mais tu es sûr que tu n’es pas gay ?". Elle en a probablement marre d’entendre ça. Dites-lui plutôt "J’adore ton maquillage" ou "Tu as un talent fou". Ça fera plaisir à tout le monde.)
