L'Italie, ce géant industriel qui a dit stop à l'atome
C'est sans doute l'exemple le plus frappant quand on se demande quel pays n'a pas de centrale nucléaire parmi les grandes puissances économiques. L'Italie, membre du G7 et nation pionnière de la physique nucléaire (merci Enrico Fermi), a totalement débranché ses réacteurs. Le truc c'est que ce n'est pas une question de capacité technique, mais un choix purement démocratique et politique qui a tout fait basculer à la fin des années 80.
Le traumatisme de Tchernobyl et le référendum de 1987
Tout change en 1987. Un an après la catastrophe de Tchernobyl, les Italiens sont appelés aux urnes. Le résultat est sans appel : une immense majorité s'oppose à la poursuite du programme nucléaire national. Du jour au lendemain, ou presque, le pays décide de fermer ses quatre centrales en activité (Caorso, Garigliano, Latina et Trino Vercellese). On est loin du compte si l'on pensait que c'était une transition douce ; ce fut un arrêt brutal, une rupture nette avec un demi-siècle de recherche atomique.
Une dépendance énergétique qui pèse sur la facture
Reste que cette décision a un prix. Sans nucléaire, l'Italie est devenue l'un des plus gros importateurs d'électricité en Europe. Elle achète massivement aux Français et aux Suisses. Ironie du sort : une partie de l'électricité consommée à Milan ou à Rome provient des centrales nucléaires françaises situées de l'autre côté des Alpes. Le problème, c'est que cette dépendance expose le pays aux fluctuations des prix du gaz, car pour compenser l'absence d'atome, Rome a misé massivement sur les centrales thermiques. L'Italie importe environ 13 % de son électricité, un chiffre qui fait grincer des dents lors des crises énergétiques mondiales.
Le gaz naturel comme béquille principale
Pour faire tourner ses usines, le pays a dû construire un réseau de gazoducs impressionnant. Mais là où ça coince, c'est que le bilan carbone n'est pas aussi propre que celui d'un pays nucléarisé. Certes, les énergies renouvelables progressent vite dans la botte italienne, mais le gaz reste le maître du jeu, assurant encore près de 40 % de la production électrique nationale.
L'Allemagne et l'Atomausstieg : la fin d'une ère en 2023
On ne peut pas parler des pays sans nucléaire sans évoquer le cas de l'Allemagne, qui a rejoint ce club très fermé le 15 avril 2023. Ce jour-là, les trois derniers réacteurs (Isar 2, Emsland et Neckarwestheim 2) ont été mis à l'arrêt définitif. C'est l'aboutissement d'un processus entamé sous Angela Merkel après le choc de Fukushima en 2011.
L'Allemagne a fait un pari audacieux, celui de l'Energiewende, la transition énergétique. Mais soyons honnêtes, c'est flou pour beaucoup de monde : comment un pays aussi industriel peut-il se passer d'une source d'énergie pilotable et décarbonée ? Pour l'instant, la réponse est un mélange complexe d'éolien, de solaire et, malheureusement, de charbon et de lignite pour pallier l'intermittence des renouvelables. La part du charbon dans le mix allemand reste supérieure à 25 %, ce qui fait hurler les défenseurs du climat.
L'Autriche ou l'art d'avoir une centrale qui n'a jamais servi
L'histoire de l'Autriche est sans doute la plus insolite de toutes. Imaginez un pays qui dépense des milliards pour construire une centrale nucléaire ultramoderne, celle de Zwentendorf, pour finalement décider, une fois le chantier terminé, de ne jamais l'allumer. C'est arrivé en 1978. Suite à un référendum remporté de justesse par les opposants (50,47 %), le gouvernement a fait voter une loi interdisant l'exploitation de l'énergie nucléaire sur le territoire.
Aujourd'hui, Zwentendorf est devenue un centre d'entraînement pour les techniciens du monde entier et un site de production de films. C'est un peu comme si vous achetiez une Ferrari pour la laisser pourrir au garage par conviction écologique. L'Autriche est désormais l'un des leaders mondiaux de l'opposition à l'atome, allant jusqu'à attaquer juridiquement la Commission européenne sur la classification du nucléaire comme "énergie verte".
Le paradoxe de l'Australie : riche en uranium, pauvre en réacteurs
Si vous cherchez un pays qui n'a pas de centrale nucléaire alors qu'il possède tout pour en avoir, regardez vers l'Australie. C'est fascinant. Le pays détient environ 30 % des réserves mondiales d'uranium connues. Il en exporte partout, mais n'en utilise pas un gramme pour sa propre électricité. Pourquoi ? Parce que le charbon est abondant, pas cher, et que le lobby minier y est historiquement très puissant.
Une interdiction légale difficile à lever
L'usage de l'énergie nucléaire est tout simplement interdit par deux lois fédérales datant de la fin des années 90. Pourtant, le débat revient sur le tapis. Avec la nécessité de réduire les émissions de CO2, certains politiciens australiens commencent à dire que se passer de l'atome est une erreur stratégique. Mais construire une filière de zéro prendrait des décennies. Du coup, l'Australie reste coincée entre ses mines de charbon polluantes et son potentiel solaire gigantesque, sans jamais franchir le pas du nucléaire civil.
Le projet AUKUS et le nucléaire militaire
Petite nuance tout de même : l'Australie va bientôt exploiter des sous-marins à propulsion nucléaire grâce à un accord avec les États-Unis et le Royaume-Uni. On assiste donc à une situation schizophrène où le pays accepte l'atome pour la guerre, mais le refuse pour éclairer ses villes. Je trouve ça assez paradoxal, pour ne pas dire hypocrite, mais c'est la realpolitik qui dicte les règles.
Pourquoi les pays en développement boudent-ils l'atome ?
Dans de nombreuses régions d'Afrique, d'Asie du Sud-Est ou d'Amérique latine, l'absence de centrales nucléaires n'est pas un choix idéologique, mais une contrainte matérielle. Construire un réacteur, c'est s'engager sur un chantier de 10 à 15 ans avec des coûts qui dépassent souvent les 10 milliards d'euros. Peu de pays ont les reins assez solides pour un tel investissement.
La fragilité des réseaux électriques nationaux
Le truc c'est qu'une centrale nucléaire ne peut pas fonctionner sur un réseau électrique instable. Un réacteur de 1000 MW qui s'arrête brusquement pour une maintenance ou un incident technique peut faire s'écrouler tout le réseau d'un pays si celui-ci n'est pas assez robuste. La plupart des pays d'Afrique subsaharienne n'ont pas un réseau capable d'absorber une telle puissance. C'est là où ça coince vraiment.
Le manque de personnel qualifié
Exploiter une centrale demande des milliers d'ingénieurs et de techniciens hautement spécialisés. Former cette élite prend du temps. Des pays comme le Nigeria ou l'Égypte lancent des programmes, mais ils dépendent entièrement de la technologie russe (Rosatom) ou chinoise. C'est un pari sur la souveraineté nationale qui fait réfléchir plus d'un gouvernement.
Les pays qui n'ont jamais voulu entendre parler du nucléaire
Certains pays ont inscrit le "sans nucléaire" dans leur ADN national. C'est le cas de la Nouvelle-Zélande. En 1987, le pays a adopté une loi créant une zone exempte de nucléaire. Cela ne concerne pas seulement les centrales, mais aussi l'interdiction pour tout navire à propulsion nucléaire ou transportant des armes atomiques d'entrer dans les eaux néo-zélandaises. C'est une position forte, presque spirituelle, liée à la protection de leur environnement insulaire unique.
Le Danemark est un autre exemple intéressant. Dans les années 70, le débat faisait rage. Mais une forte mobilisation citoyenne a poussé le Parlement à exclure officiellement le nucléaire du mix énergétique en 1985. Résultat : les Danois sont devenus les champions du monde de l'éolien offshore. Comme quoi, l'absence de nucléaire peut être un puissant moteur d'innovation dans d'autres domaines.
Idées reçues : Pas de nucléaire signifie-t-il une énergie propre ?
On fait souvent l'erreur de croire que les pays sans nucléaire sont forcément plus écologiques. C'est souvent l'inverse. Prenez la Pologne. Ce pays n'a pas encore de centrale nucléaire (bien qu'il vienne de signer pour en construire une avec les Américains). Pendant des décennies, la Pologne a produit plus de 70 % de son électricité grâce au charbon. Résultat : c'est l'un des pays les plus polluants d'Europe en termes d'émissions de CO2 par habitant.
De même, la Norvège n'a pas de centrale nucléaire. Mais attention, c'est une exception géographique. Ils ont tellement de montagnes et d'eau qu'ils produisent 95 % de leur électricité grâce à l'hydroélectricité. Tout le monde n'a pas cette chance. Pour la plupart des pays, l'absence de nucléaire signifie brûler du gaz, du pétrole ou du charbon. On n'y pense pas assez, mais l'atome est, malgré ses déchets, une énergie bas carbone.
Questions fréquentes sur les pays sans nucléaire
Est-ce que le Portugal a des centrales nucléaires ?
Non, le Portugal n'a jamais exploité de centrale nucléaire. Le pays a un temps envisagé la construction d'un réacteur à Ferrel dans les années 70, mais le projet a été abandonné face à une contestation populaire massive. Aujourd'hui, le Portugal mise énormément sur le solaire et l'éolien, parvenant parfois à couvrir 100 % de sa consommation avec les renouvelables pendant plusieurs jours consécutifs.
Le Luxembourg est-il contre le nucléaire ?
Absolument. C'est même l'un des opposants les plus virulents en Europe. Le petit Grand-Duché n'a pas de centrale, mais il se trouve juste à côté de la centrale française de Cattenom. Le gouvernement luxembourgeois demande régulièrement sa fermeture, craignant qu'un accident ne raye purement et simplement le pays de la carte, vu sa petite superficie.
Pourquoi l'Irlande refuse-t-elle l'atome ?
L'Irlande a une loi qui interdit explicitement la production d'électricité à partir de sources nucléaires. C'est un mélange de crainte environnementale et de volonté de rester indépendant des grandes technologies étrangères. Pourtant, l'Irlande est reliée au réseau britannique par des câbles sous-marins et consomme donc, de fait, un peu d'électricité nucléaire venant du Royaume-Uni.
La Grèce est-elle une zone sans nucléaire ?
Oui, et c'est principalement dû au risque sismique. La Grèce est située sur des failles géologiques très actives. Installer une centrale nucléaire dans une zone où la terre tremble régulièrement est jugé beaucoup trop dangereux et coûteux en termes de sécurisation des infrastructures. Ils préfèrent miser sur le soleil et le vent, ce qui semble plutôt logique vu leur climat.
L'essentiel : Un monde à deux vitesses
Au final, la question de savoir quel pays n'a pas de centrale nucléaire révèle une fracture mondiale profonde. D'un côté, une trentaine de nations hyper-industrialisées ou en forte croissance (comme la Chine et l'Inde) qui voient dans l'atome une nécessité pour la stabilité de leur réseau et la décarbonation. De l'autre, une immense majorité de pays qui, par choix politique, par peur des accidents ou par simple manque de moyens financiers, restent à l'écart de cette technologie. L'absence de nucléaire n'est pas une garantie de vertu écologique, loin de là. Elle est souvent le signe d'une dépendance accrue aux énergies fossiles ou d'une chance géographique particulière, comme pour la Norvège ou l'Islande. Je reste convaincu que le débat va s'intensifier dans les années à venir, car avec l'arrivée des petits réacteurs modulaires (SMR), plus abordables, la liste des pays sans nucléaire pourrait bien commencer à rétrécir sérieusement.
