Une école plus inclusive (mais est-ce si simple ?)
Le redoublement, un traumatisme évité
Les études (genre celles de la DEPP ou de l’OCDE) sont claires : le redoublement a souvent un impact psychologique négatif. Isolement, perte de confiance, échec renforcé... Certains élèves se retrouvaient catalogués comme “nuls” dès le collège. Aujourd’hui, on préfère accompagner, adapter, différencier. On garde l’élève dans le même groupe, et on tente de le faire progresser. Parfois à petits pas, mais sans lui faire tout recommencer.
Une stratégie pour ne pas “perdre” d’élèves
Il y a aussi une logique plus large : éviter le décrochage scolaire. Un élève qui redouble, c’est un élève qui, parfois, lâche prise complètement. Et on le sait : décrocher en 5e, ça peut vouloir dire se retrouver à galérer sans diplôme à 18 ans.
Les nouvelles méthodes d'accompagnement
Plutôt que faire redoubler, les établissements ont mis en place d’autres dispositifs. PPRE, soutien individualisé, AP (accompagnement personnalisé), stage de remise à niveau... L’idée, c’est de détecter plus tôt les difficultés et d’agir sans punir.
Des profs parfois partagés
Mais soyons honnêtes : tous les enseignants ne sont pas fans de cette évolution. J’ai encore en tête une discussion avec Mme Touzet, prof de SVT à Mantes-la-Jolie depuis 22 ans. Elle me confiait :
"Franchement, parfois je me dis qu’un redoublement bien accompagné ferait pas de mal. Mais on n’a plus vraiment le droit. Alors on bricole."
Et oui, on bricole. On fait des groupes de niveaux, on propose des devoirs supplémentaires, des rendez-vous avec les familles. Mais sans pouvoir “mettre sur pause” l’élève.
Une pression institutionnelle (et budgétaire)
On va pas se mentir : derrière la disparition du redoublement, y’a aussi une logique économique. Chaque redoublant, c’est un coût pour l’État — un an d’école en plus à financer. Et quand les rectorats fixent des “objectifs de non-redoublement”, ça veut dire ce que ça veut dire.
Des chiffres qui parlent
En 1995, presque 40 % des élèves redoublaient au moins une fois avant le lycée. Aujourd’hui ? Moins de 10 %. Pas parce que tout va mieux, hein. Mais parce que le redoublement est devenu l’exception.
Et les parents dans tout ça ?
C’est souvent là que le bât blesse. Les parents ne comprennent pas toujours pourquoi leur enfant, clairement en difficulté, passe quand même en classe supérieure. J’ai vu un père, à une réunion de fin d’année en 3e, s’emporter :
"Mais vous voulez qu’il aille en seconde générale avec 7 de moyenne ? Vous vous foutez de nous ou quoi ?"
Et pourtant... On lui avait proposé une voie pro, des stages, des aménagements. Il voulait le redoublement. Parce que dans sa tête, c’était encore synonyme de “deuxième chance”.
Conclusion : un redoublement qui change de visage
Alors non, les élèves ne redoublent plus — ou presque. Mais est-ce qu’on les laisse passer “comme ça” ? Pas tout à fait. L’école tente d’autres approches, pas toujours parfaites, parfois bancales, mais souvent mieux vécues.
Parce qu’au fond, redoubler, c’était un peu comme reculer pour mieux sauter. Aujourd’hui, on essaie plutôt de poser des rampes. Est-ce que ça marche ? Parfois oui. Parfois non. Mais c’est le chemin qu’on a pris.
