Les origines nordiques de la présence danoise au Groenland
La saga commence en 985 avec Éric le Rouge, exilé de Norvège, qui fonde les premières colonies vikings sur la côte sud-ouest du Groenland. Ces settlements, estimés à 2 000 à 5 000 habitants au XIVe siècle, relient le Groenland au royaume norvégien, puis à l'Union de Kalmar en 1397 qui intègre le Danemark. Les contacts s'estompent vers 1450 face au Petit Âge glaciaire, mais la revendication persiste.
Le Danemark ravive son emprise en 1721 via Hans Egede, missionnaire norvégien sous pavillon danois, qui établit Godthåb (Nuuk actuelle). Cette reprise coloniale s'appuie sur des chartes royales danoises datant de 1380, affirmant une continuité juridique malgré l'abandon médiéval. La colonisation danoise du Groenland s'étend alors sur 200 ans, intégrant chasse au phoque, morue et échanges avec les Inuits Thule.
Ce legs viking forge une identité partagée : toponymes scandinaves, christianisation forcée jusqu'en 1733, et un commerce monopolistique danois jusqu'en 1950. Sans cette base, point de traités ultérieurs.
Le Traité de Kiel de 1814 : pivot décisif de la souveraineté danoise
Signé le 14 janvier 1814 entre le Danemark-Norvège et la Suède, ce traité cède la Norvège à Stockholm mais confirme explicitement la possession danoise du Groenland, des Féroé et du Groenland. Article 4 stipule : "Le Roi de Danemark conservera les îles de Groenland et Féroé." Ce document, fruit des guerres napoléoniennes où le Danemark perd la Norvège, scelle le sort du Groenland pour un siècle.
Pourquoi ce choix ? Le Danemark, affaibli, préserve ses colonies atlantiques stratégiques pour la pêche et la navigation arctique. Les puissances européennes, Britanniques en tête, reconnaissent cette attribution lors du Congrès de Vienne (1815), évitant tout morcellement. Résultat : 216 6086 km² sous giron danois, contre 43 000 km² pour le Danemark métropolitain.
Les contestations émergent vite : en 1868, les États-Unis sondent un achat pour 8 millions de dollars, repoussé. L'Allemagne cartographie illégalement en 1900. Le Danemark riposte par des patrouilles et le Tribunal permanent de La Haye en 1933, qui valide sa souveraineté exclusive.
Comment l'autonomie groenlandaise de 2009 a redéfini les liens avec le Danemark
Adopté le 21 juin 2009, l'Acte d'autogouvernance (Selvstyre) transfère à Nuuk les compétences sur ressources naturelles, justice, police et éducation. Le Danemark garde la défense, politique étrangère et monnaie (couronne danoise). Population groenlandaise : 88 % Inuit, avec danois comme seconde langue.
Cette évolution suit l'Home Rule de 1979, post-référendum (53 % pour). Elle reflète une décolonisation progressive : Groenland vote contre l'EEE en 1982, sort de l'UE en 1985. Pourtant, la souveraineté pleine reste hypothétique, freinée par une dépendance budgétaire de 525 millions d'euros annuels en 2023, soit 60 % du PIB groenlandais (3,4 milliards d'euros).
Nuuk négocie âprement : en 2021, veto danois sur mines d'uranium ; en 2023, fonds arctique danois de 2 milliards de couronnes pour énergie verte. L'autonomie masque une tutelle financière persistante.
Les facteurs économiques : subventions danoises et ressources inexploitées
Le blocage économique prime. Le Danemark injecte 4,3 milliards de couronnes (577 millions d'euros) par an, couvrant santé (25 % du budget), éducation et infrastructures. Sans cela, chômage à 10 %, émigration massive vers Copenhague (15 000 Groenlandais vivent au Danemark).
Potentiel : 17 % des réserves mondiales d'hydrocarbures off-shore, terres rares abondantes. Mais exploitation freinée par coûts (forage à 12 milliards d'euros pour 1,4 milliard de barils estimés) et écologie. Export halieutique : 90 % du revenu (crevettes, flétan), 4 milliards de couronnes en 2022.
Une micro-digression sur l'ironie : un désert glacé subventionné pour sa glace, pendant que le réchauffement fond ses atouts stratégiques. Les experts divergent : l'indépendance boosterait-elle l'autonomie ou plongerait-elle dans la faillite, comme l'Islande pré-1944 ?
Pourquoi la géopolitique arctique renforce la mainmise danoise
L'Arctique fond : 40 % de glace en moins depuis 1979. Le Groenland abrite la base de Thulé (US depuis 1951, 148 militaires danois), vitale pour missiles balistiques et surveillance russe. Le Danemark y investit 1,5 milliard de couronnes en 2024 pour modernisation.
Revendications : 200 nautiques revendiqués en 1970, étendu à 2023 via CLCS de l'ONU. Face à Russie (50 % littoral arctique), Canada (Nunavut), Chine "État quasi-arctique". Le Danemark, via OTAN, déploie 53 F-35 en 2023 pour Qaanaaq.
Cette stratégie arctique danoise justifie la possession : sans Groenland, Copenhague perd son siège au Conseil arctique (1996). Trump en 2019 propose 600 milliards pour l'acheter ; rejet poli, mais offre danoise de 12,5 milliards de couronnes pour mines en 2021.
Comparaison avec l'Islande et les Féroé : le Groenland est-il une anomalie ?
L'Islande accède à l'indépendance en 1944, après union personnelle depuis 1918. Superficie 103 000 km², population 387 000, PIB par habitant 73 000 dollars (vs 47 000 au Groenland). Succès pêche et tourisme, sans subventions massives.
Les Féroé, 1 399 km², 54 000 habitants, obtiennent autonomie en 1948 mais restent dans le Royaume. Subventions : 600 millions de couronnes annuelles, pêche 90 % export. Similaire au Groenland, mais plus petit et proche.
Différence clé : Groenland isolé, climat extrême (-30°C hivernal), population dispersée (80 % côte sud). Indépendance islandaise coûte 20 ans de négociations ; pour Nuuk, études estiment 10-15 ans de transition, avec risque de 30 % chute PIB initiale.
Le mythe de l'indépendance imminente au Groenland
Sondages 2023 : 67 % des Groenlandais veulent l'indépendance "un jour", mais seulement 8 % d'ici 2030 (Inatsisartut). Partis pro-indépendance (Siumut, Inuit Ataqatigiit) dominent depuis 2021, mais bloqués par finances.
Erreurs courantes : confondre autonomie avec souveraineté (non, reine Margrethe II reste chef d'État). Ignorer veto constitutionnel danois. Ou surestimer res réserves rares à 10 milliards d'euros exploitables d'ici 2040, per Disko Nuggets.
Conseil pratique : pour suivre, consultez Naalakkersuisut rapports annuels. Évitez médias alarmistes promettant rupture en 2025 ; réalisme impose hybridité durable.
FAQ : questions clés sur la possession danoise du Groenland
Quel est le statut juridique exact du Groenland vis-à-vis du Danemark ?
Province autonome du Royaume du Danemark depuis 1953 (Constitution danoise art. 1). Acte 2009 permet référendum d'indépendance, mais mandat négociation préalable avec Copenhague. Pas de passeport séparé ; citoyens danois/européens.
Combien coûte la possession du Groenland au Danemark ?
Environ 4,3 milliards de couronnes par an (0,6 % budget danois, 18 milliards PIB). Retour : bases militaires, pêche exclusive, voix arctique. Coût net : 3 milliards après redevances.
Pourquoi le Groenland ne rejoint-il pas le Canada ou les USA ?
Histoire danoise ininterrompue depuis 1721 ; culture inuite thule vs qallunaat (inuits canadiens). Géopolitique : Ottawa revendique Hans Island (résolue 2022), Washington loue Thulé sans achat. Indeptendance requerrait consensus ONU improbable.
En synthèse, le Danemark possède le Groenland par un entrelacs historique (Traité de Kiel), économique (subventions vitales) et stratégique (Arctique clé). L'autonomie progresse, mais indépendance piétine face à réalités chiffrées : 60 % PIB dépendant, glace fondante boostant enjeux. Nuuk pèse ses chaînes ; Copenhague son levier. À 56 000 âmes sur 2 millions de km², ce duo improbable perdure, défiant vents glaciaux et appétits globaux. L'avenir ? Négociations patientes, pas rupture brutale.
