Le vrai problème, c’est que personne ne parle des mêmes impôts. Entre les prélèvements visibles (comme l’impôt sur le revenu) et les invisibles (cotisations sociales, TVA, taxes locales), on nage en plein brouillard. Sans compter que certains pays compensent par des services publics ultra-performants, tandis que d’autres laissent leurs citoyens se débrouiller. Bref, on est loin du simple "qui paie le plus" – la question, c’est surtout : qui paie le mieux ?
Pourquoi les classements traditionnels sont (presque) toujours faux
Prenez Eurostat. Leur dernier rapport place la France en tête des pays européens pour la pression fiscale globale, avec 46,1% du PIB en 2022. La Suède suit de près (42,6%), puis le Danemark (42,5%). Sauf que. Ces chiffres agrègent tout : impôts sur le revenu, cotisations sociales, taxes sur la consommation, impôts locaux, redevances diverses... Or, une TVA à 25% au Danemark n’a pas le même impact qu’une cotisation sociale à 15% en France. Et puis, il y a un détail qui change tout : qui paie réellement ces impôts ?
Car dans certains pays, les entreprises assument une part colossale des prélèvements. En France, par exemple, les cotisations patronales représentent près de 30% du coût du travail – un record en Europe. En Allemagne, elles sont deux fois moins élevées. Résultat : un salarié français peut avoir l’impression de payer moins qu’un Allemand, alors que son employeur, lui, paie bien plus. Et ça, les classements ne le montrent jamais.
Autre piège : les niches fiscales. La Belgique, souvent présentée comme un enfer fiscal, offre en réalité des régimes avantageux pour les expatriés et les hauts revenus. La fameuse "taxe sur les millionnaires" ? Elle ne concerne qu’une poignée de contribuables. Pendant ce temps, en Suède, même les revenus modestes paient des taux marginaux élevés – mais bénéficient en échange d’écoles gratuites, de soins de santé accessibles et d’un filet social solide. Alors, qui est vraiment le plus taxé ? La réponse n’est pas dans les chiffres bruts, mais dans ce qu’ils cachent.
Le mythe des pays "low tax" : quand les apparences trompent
L’Irlande, avec son taux d’imposition sur les sociétés à 12,5%, fait rêver les entrepreneurs. Pourtant, un célibataire sans enfant y paiera jusqu’à 48% d’impôt sur le revenu (en incluant les cotisations sociales) dès 40 000 € de revenus annuels. Soit presque autant qu’en France. La différence ? En Irlande, les services publics sont minimalistes : pas de transports en commun subventionnés, des hôpitaux saturés, et des universités payantes. Autant dire que l’argent économisé sur les impôts part souvent dans des assurances privées ou des écoles privées.
Même chose pour la Suisse. Les cantons à faible imposition comme Zoug ou Schwytz affichent des taux d’imposition sur le revenu ridiculement bas – parfois moins de 10% pour les hauts revenus. Sauf que. Les loyers y sont exorbitants, les assurances maladie obligatoires coûtent une fortune (jusqu’à 500 € par mois pour une personne seule), et les écoles internationales pour les enfants d’expatriés peuvent engloutir 30 000 € par an. Bref, le vrai coût de la vie efface souvent l’avantage fiscal. Et ça, personne ne le mentionne dans les brochures pour expatriés.
Les impôts invisibles : la TVA, ce tueur silencieux
On parle toujours de l’impôt sur le revenu, mais c’est la TVA qui pèse le plus lourd dans le budget des ménages. En Hongrie, elle atteint 27% – le taux le plus élevé d’Europe. En Suède, elle est à 25%, contre "seulement" 20% en France. Sauf que. En France, certains produits de première nécessité (alimentation, médicaments) bénéficient d’un taux réduit à 5,5% ou 10%. En Suède, tout est taxé à 25%, y compris les couches pour bébé et les produits d’hygiène féminine. Pour une famille modeste, la différence est colossale.
Et puis, il y a les taxes locales. En Espagne, les communes peuvent ajouter jusqu’à 1,5% d’impôt supplémentaire sur le revenu. À Barcelone, certaines zones résidentielles paient en plus une taxe foncière qui peut représenter 1% de la valeur du bien – chaque année. En Italie, les propriétaires doivent s’acquitter de la TASI (taxe sur les services indivisibles), qui finance l’éclairage public, la voirie... et qui peut coûter plusieurs centaines d’euros par an. Ces prélèvements, souvent oubliés, font exploser la facture fiscale réelle.
Le vrai classement : qui paie quoi, et pourquoi c’est injuste
Si on veut vraiment savoir qui paie le plus d’impôts en Europe, il faut distinguer trois catégories de contribuables : les salariés moyens, les hauts revenus, et les retraités. Car un système fiscal peut être progressif (les riches paient plus) ou régressif (les pauvres paient proportionnellement plus). Et ça change tout.
Les salariés moyens : la France et la Belgique en tête
Selon l’OCDE, un célibataire sans enfant gagnant le salaire moyen paiera, en 2023, 47% de son revenu en impôts et cotisations en Belgique. La France arrive juste derrière (46,1%), suivie de l’Allemagne (38,9%) et de l’Italie (35,2%). Mais attention : ces chiffres incluent les cotisations sociales, qui financent la retraite, la santé, le chômage... En France, une partie de ces cotisations est en réalité un salaire différé (votre retraite future). En Allemagne, les cotisations santé sont plafonnées, ce qui avantage les hauts revenus.
Le Danemark, souvent cité comme un enfer fiscal, a en réalité un système plus équitable. Un salarié moyen y paie environ 36% de son revenu en impôts – mais sans cotisations sociales (le système est financé par l’impôt). Et surtout, les services publics y sont si performants que les Danois n’ont pas besoin de souscrire à des assurances privées. La pression fiscale nette est donc bien inférieure à ce que suggèrent les chiffres bruts.
Les hauts revenus : la Scandinavie et la France taxent (vraiment) plus
Ici, le tableau change du tout au tout. En France, le taux marginal d’imposition sur le revenu atteint 45% – mais seulement pour la partie du revenu supérieure à 177 106 € par an. En Suède, il grimpe à 55,5% (incluant les cotisations sociales) pour les revenus au-delà de 70 000 € annuels. Au Danemark, le taux maximal est de 55,9% – et il s’applique dès 60 000 € de revenus. À titre de comparaison, en Allemagne, le taux maximal est de 45% (pour les revenus supérieurs à 277 826 €), et en Italie, il est de 43% (dès 75 000 €).
Mais le vrai piège, ce sont les impôts locaux. En Suisse, certains cantons appliquent des taux d’imposition progressifs qui peuvent faire exploser la facture pour les très hauts revenus. À Genève, un contribuable gagnant 1 million de francs suisses (environ 1 million d’euros) peut payer jusqu’à 40% d’impôts – sans compter les cotisations sociales. En France, les prélèvements obligatoires sur les revenus du capital (30% flat tax) sont bien moins élevés qu’en Suède (où ils peuvent atteindre 55%). Résultat : un entrepreneur français paiera souvent moins qu’un salarié suédois au même niveau de revenus.
Les retraités : l’Espagne et le Portugal, paradis fiscaux (temporaires)
Si vous êtes retraité, votre pays de résidence peut faire une énorme différence. En France, les pensions sont imposées comme des revenus classiques (avec un abattement de 10%). En Allemagne, elles le sont aussi, mais avec des exonérations partielles pour les petites pensions. En Espagne, en revanche, les retraités étrangers bénéficient d’un régime spécial : pendant 10 ans, ils ne paient que 7% d’impôt sur leurs pensions étrangères (contre 19% à 47% pour les Espagnols). Au Portugal, le régime du "non-habituel résident" (NHR) permet aux retraités étrangers de ne payer que 10% d’impôt sur leurs pensions pendant 10 ans – voire 0% pour certaines nationalités.
Mais attention : ces régimes sont en train de disparaître. Le Portugal a supprimé le NHR pour les nouveaux résidents à partir de 2024. L’Espagne pourrait suivre. Et puis, il y a un hic : ces pays taxent lourdement les successions. En Espagne, les héritiers peuvent payer jusqu’à 81% de droits de succession sur les gros patrimoines. En France, le taux maximal est de 45% (après abattement). En Allemagne, il peut atteindre 50%. Seule la Belgique fait pire, avec des taux allant jusqu’à 80% dans certaines régions.
Pourquoi certains pays taxent plus (et pourquoi ça ne dérange personne)
La Suède, le Danemark, la Finlande... Ces pays affichent des taux d’imposition parmi les plus élevés d’Europe, et pourtant, leurs citoyens ne descendent pas dans la rue pour réclamer des baisses d’impôts. Pourquoi ? Parce que le consentement à l’impôt dépend de ce qu’on en retire. Et là, le modèle nordique est imbattable.
L’équation scandinave : payer plus pour recevoir mieux
Au Danemark, un couple avec deux enfants paiera environ 40% de son revenu en impôts. Mais en échange, il bénéficiera :
- D’une crèche subventionnée à 200 € par mois (contre 1 200 € en France pour une crèche privée) - D’un congé parental de 52 semaines rémunéré à 80% du salaire - D’un système de santé où les délais d’attente pour une opération sont parmi les plus courts d’Europe - D’universités gratuites, même pour les étrangers - D’un réseau de transports en commun ultra-efficace et peu coûteux
En France, les mêmes services existent, mais ils sont souvent saturés, inégalement répartis, et financés par un mélange d’impôts et de cotisations sociales qui rendent le système opaque. En Allemagne, les crèches sont payantes (jusqu’à 600 € par mois), et les universités publiques commencent à introduire des frais d’inscription pour les non-Européens. Le modèle scandinave, lui, assume pleinement sa fiscalité élevée – et ça marche.
Car le vrai débat n’est pas "qui paie le plus", mais "qui paie le mieux". Un Suédois qui gagne 50 000 € par an paiera plus d’impôts qu’un Français au même salaire – mais il aura accès à des services publics de qualité, sans avoir à souscrire à des assurances privées ou à payer des frais de scolarité exorbitants. En France, un ménage de la classe moyenne peut se retrouver à débourser 1 000 € par mois pour une assurance santé complémentaire, une école privée, et des activités extrascolaires. Au final, la facture globale est souvent similaire – mais la répartition des coûts change tout.
Le cas français : un système complexe qui favorise les râleurs
La France a un problème unique en Europe : son système fiscal est si complexe que personne ne comprend vraiment qui paie quoi. Entre l’impôt sur le revenu (progressif), la CSG (proportionnelle), les cotisations sociales (partagées entre employeur et salarié), la taxe d’habitation (en voie de disparition), la taxe foncière, la TVA... Il est presque impossible de savoir combien on paie vraiment.
Et puis, il y a les exceptions. Les revenus du capital sont taxés à 30% (flat tax), contre jusqu’à 45% pour les revenus du travail. Les plus-values immobilières bénéficient d’abattements après 5 ans de détention. Les donations aux enfants sont exonérées jusqu’à 100 000 € tous les 15 ans. Autant dire que le système favorise ceux qui savent l’optimiser – et pénalise les autres.
Résultat : les Français ont l’impression de payer trop, alors que leur pression fiscale réelle n’est pas si éloignée de celle de leurs voisins. La différence, c’est que dans les pays nordiques, les citoyens voient concrètement ce que leur argent finance. En France, on a l’impression de jeter son argent dans un trou noir – d’où cette frustration permanente.
Les pays où vous paierez (vraiment) moins d’impôts – mais à quel prix ?
Si votre objectif est de minimiser vos impôts, certains pays européens offrent des alternatives intéressantes. Mais attention : ces paradis fiscaux ont souvent des contreparties lourdes. Voici les trois options les plus courantes – et leurs pièges.
1. La Bulgarie : le taux unique à 10%
La Bulgarie applique un taux d’imposition sur le revenu de 10% – le plus bas d’Europe. Pas de progressivité, pas de cotisations sociales écrasantes (environ 13% pour le salarié). Les entreprises, elles, paient 10% d’impôt sur les sociétés. Sur le papier, c’est le rêve.
Sauf que. Les infrastructures sont vétustes : routes défoncées, transports en commun inexistants en dehors de Sofia, hôpitaux sous-équipés. Les salaires moyens tournent autour de 700 € par mois – donc si vous gagnez 3 000 €, vous serez considéré comme riche, et les prix locaux (loyers, restaurants) s’adapteront en conséquence. Et puis, il y a la corruption : pour obtenir un permis de construire, ouvrir une entreprise ou même renouveler un passeport, les "cadeaux" sont souvent nécessaires. Autant dire que l’économie informelle représente près de 30% du PIB.
Pour qui ? Les freelances et les entrepreneurs qui peuvent travailler à distance, et qui n’ont pas besoin de services publics de qualité.
2. La Roumanie : le paradis des expatriés (temporaire)
La Roumanie applique un taux d’imposition sur le revenu de 10% (pour les revenus inférieurs à 12 000 € par an) et de 45% au-delà. Mais le vrai avantage, ce sont les cotisations sociales : environ 25% pour le salarié (contre 40% en France). Les entreprises, elles, paient 2,25% d’impôt sur les sociétés – un des taux les plus bas d’Europe.
Le problème ? Les hôpitaux publics sont dans un état catastrophique. Les routes sont dangereuses (la Roumanie a le taux de mortalité routière le plus élevé d’Europe). Et le système judiciaire est lent et corrompu. Beaucoup d’expatriés finissent par souscrire à des assurances privées et envoyer leurs enfants dans des écoles internationales – ce qui réduit considérablement l’avantage fiscal.
Pour qui ? Les jeunes actifs et les entrepreneurs qui peuvent se passer de services publics performants – mais qui devront prévoir un budget "sécurité" (assurance santé privée, école privée, etc.).
3. Malte : l’eldorado des retraités et des nomades digitaux
Malte applique un taux d’imposition progressif allant de 0% à 35%. Mais le vrai avantage, c’est le régime des "non-domiciliés" : si vous êtes résident mais pas domicilié à Malte, vous ne payez des impôts que sur les revenus générés localement. Les revenus étrangers (pensions, dividendes, plus-values) ne sont pas taxés – à condition de ne pas les rapatrier sur l’île.
En plus, Malte offre un climat ensoleillé, une communauté d’expatriés importante, et un coût de la vie raisonnable (hors immobilier). Le revers de la médaille ? Les hôpitaux publics sont saturés, et les délais d’attente pour une consultation peuvent atteindre plusieurs mois. Les écoles publiques sont médiocres, et les écoles internationales coûtent entre 8 000 € et 15 000 € par an. Et puis, il y a la chaleur étouffante l’été, et l’humidité qui transforme les logements mal isolés en saunas.
Pour qui ? Les retraités aisés, les nomades digitaux, et les entrepreneurs qui peuvent gérer leurs revenus à distance.
Les idées reçues qui faussent tout (et comment les éviter)
Quand on parle d’impôts en Europe, certaines idées reçues reviennent sans cesse. En voici cinq, démontées une par une.
"Les pays nordiques sont des enfers fiscaux"
C’est la rengaine préférée des anti-impôts : "Au Danemark, on paie 50% d’impôts, c’est du vol !". Sauf que. Ces 50% incluent les cotisations sociales, qui financent des services que les Danois n’auraient pas à payer autrement. Prenez la santé : en France, une consultation chez un spécialiste coûte entre 50 € et 100 € (remboursés à 70% par la Sécu, le reste par la mutuelle). Au Danemark, elle est gratuite. Même chose pour les crèches : en France, une place en crèche privée coûte entre 800 € et 1 500 € par mois. Au Danemark, elle coûte 200 € – et la qualité est bien supérieure.
Le vrai calcul, c’est : impôts + dépenses privées. Et là, le modèle nordique est souvent moins cher que le modèle français ou allemand. Car en France, on paie des impôts et des assurances privées, des écoles privées, des complémentaires santé... Au final, la facture globale est souvent similaire – mais avec moins de stress et plus de services.
"La France est le pays le plus taxé d’Europe"
Eurostat place effectivement la France en tête pour la pression fiscale globale (46,1% du PIB en 2022). Mais ce chiffre agrège tout : impôts sur le revenu, cotisations sociales, TVA, taxes locales... Or, une partie de ces prélèvements sont en réalité des salaires différés (retraite, santé). Si on ne compte que les impôts "purs" (IR, IS, TVA, taxes locales), la France se situe dans la moyenne européenne.
Le vrai problème français, ce n’est pas le niveau des impôts, mais leur complexité et leur injustice perçue. Entre les niches fiscales pour les riches, les régimes spéciaux pour les agriculteurs ou les artistes, et les cotisations sociales opaques, les Français ont l’impression de payer pour les autres. Et ça, c’est bien plus explosif qu’un taux d’imposition élevé.
"Les pays à faible imposition sont toujours avantageux"
L’Irlande, la Bulgarie, la Roumanie... Ces pays affichent des taux d’imposition attractifs, mais ils ont souvent des coûts cachés. En Irlande, les loyers à Dublin ont augmenté de 80% en 10 ans. En Bulgarie, les salaires sont si bas que les expatriés se retrouvent à payer des prix "occidentaux" pour tout (restaurants, loyers, écoles internationales). Et puis, il y a la qualité de vie : transports en commun inexistants, hôpitaux sous-équipés, corruption endémique...
Le vrai calcul, c’est : impôts + coût de la vie + qualité des services publics. Et là, les pays à faible imposition sont souvent moins avantageux qu’il n’y paraît. Sauf si vous êtes prêt à vivre comme un local – c’est-à-dire avec un niveau de confort bien inférieur à celui de l’Europe de l’Ouest.
"Les riches paient toujours plus dans les pays progressifs"
En théorie, oui. En pratique, c’est plus compliqué. Prenez la France : le taux marginal d’imposition sur le revenu est de 45% pour les revenus supérieurs à 177 106 €. Mais les revenus du capital (dividendes, plus-values) sont taxés à 30% (flat tax). Résultat : un entrepreneur qui se verse des dividendes paiera moins qu’un salarié au même niveau de revenus.
En Suède, le taux marginal atteint 55,5% – mais il inclut les cotisations sociales. Sauf que les Suédois ont trouvé la parade : les "fonder" (fonds d’investissement) permettent de différer l’imposition des plus-values. Et puis, il y a les dons : en Suède, les dons aux associations sont déductibles à 100% – une aubaine pour les riches philanthropes.
Même chose en Allemagne : le taux marginal est de 45%, mais les niches fiscales pour les investisseurs immobiliers ou les entrepreneurs sont légion. Bref, dans tous les pays, les riches trouvent des moyens d’optimiser – et souvent, ce sont les classes moyennes qui trinquent.
"Les retraités paient moins d’impôts que les actifs"
C’est vrai dans certains pays, faux dans d’autres. En France, les pensions sont imposées comme des revenus classiques (avec un abattement de 10%). En Allemagne, elles le sont aussi, mais avec des exonérations partielles pour les petites pensions. En Espagne, les retraités étrangers bénéficient d’un régime spécial (7% d’impôt sur les pensions étrangères).
Mais attention : les retraités paient souvent des impôts locaux plus élevés. En France, la taxe foncière peut représenter plusieurs milliers d’euros par an pour un propriétaire. En Italie, les retraités paient la TASI (taxe sur les services indivisibles), qui finance l’éclairage public et la voirie. Et puis, il y a les droits de succession : dans certains pays (Espagne, Belgique), ils peuvent atteindre 80% pour les gros patrimoines.
Le vrai avantage des retraités, c’est qu’ils ont souvent un patrimoine immobilier déjà payé – donc pas de loyer à débourser. Mais pour ceux qui dépendent uniquement de leur pension, la pression fiscale peut être lourde.
Questions fréquentes (et réponses sans langue de bois)
Est-ce que je paierai moins d’impôts en quittant la France ?
Ça dépend. Si vous êtes salarié moyen, vous paierez probablement moins en Allemagne, en Espagne ou en Italie – mais vous perdrez en services publics (santé, éducation, transports). Si vous êtes entrepreneur ou freelance, vous pourrez réduire vos impôts en Bulgarie, en Roumanie ou au Portugal – mais vous devrez prévoir un budget "sécurité" (assurance santé privée, école privée, etc.). Et surtout, n’oubliez pas le coût de la vie : un loyer à Lisbonne ou à Sofia n’a rien à voir avec un loyer à Paris.
Mon conseil perso ? Si vous voulez vraiment payer moins d’impôts, commencez par optimiser votre situation en France. Les niches fiscales (investissement locatif, PER, dons aux associations) permettent de réduire significativement sa facture fiscale – sans avoir à s’expatrier.
Quel est le pays le plus juste fiscalement en Europe ?
Difficile à dire, car la justice fiscale dépend de ce qu’on considère comme "juste". Si on prend comme critère la progressivité (les riches paient plus que les pauvres), alors la Suède et le Danemark sont en tête. Leurs systèmes sont très progressifs, et les niches fiscales sont limitées.
Mais si on considère que la justice fiscale, c’est "chacun paie en fonction de ce qu’il utilise", alors les pays à faible imposition (Bulgarie, Roumanie) peuvent sembler plus justes. Car dans ces pays, vous ne payez pas pour des services publics que vous n’utilisez pas.
Personnellement, je trouve que le modèle nordique est le plus équilibré : des impôts élevés, mais des services publics de qualité, et une progressivité qui limite les inégalités. En France, le système est trop complexe et trop inégalitaire – et ça, c’est bien plus problématique qu’un taux d’imposition élevé.
Pourquoi certains pays taxent-ils si peu les entreprises ?
C’est une stratégie pour attirer les investissements étrangers. L’Irlande, avec son taux d’imposition sur les sociétés à 12,5%, a réussi à attirer des géants comme Apple, Google ou Facebook. La Hongrie, avec son taux à 9%, séduit les PME européennes. La Bulgarie, avec son taux à 10%, attire les freelances et les entrepreneurs.
Mais attention : ces pays compensent souvent par d’autres taxes. En Irlande, la TVA est à 23%, et les cotisations sociales sont élevées. En Hongrie, les taxes locales peuvent être lourdes. Et puis, il y a le risque politique : ces régimes fiscaux avantageux sont souvent fragiles. L’Irlande a déjà dû relever son taux d’imposition sur les sociétés à 15% pour les très grandes entreprises, sous la pression de l’OCDE. Autant dire que ces paradis fiscaux pourraient ne pas durer.
Est-ce que les impôts vont baisser en Europe dans les prochaines années ?
Honnêtement, c’est peu probable. La plupart des pays européens sont endettés (la France à 110% du PIB, l’Italie à 140%, la Grèce à 170%...), et les dépenses publiques continuent d’augmenter (vieillissement de la population, transition écologique, défense...). Les baisses d’impôts récentes (comme en France avec la suppression de la taxe d’habitation) ont souvent été compensées par des hausses d’autres taxes (CSG, TVA, taxes locales).
La seule exception, ce sont les pays d’Europe de l’Est (Pologne, Hongrie, Roumanie), qui continuent de baisser leurs impôts pour attirer les investissements. Mais même là, les marges de manœuvre sont limitées : ces pays ont besoin de financer leurs infrastructures et leurs services publics, qui sont souvent en retard par rapport à l’Europe de l’Ouest.
Mon pronostic ? Les impôts vont continuer à augmenter, mais de façon indirecte : hausse de la TVA, création de nouvelles taxes (taxe carbone, taxe sur les GAFA...), suppression des niches fiscales. Les gouvernements éviteront les hausses d’impôt sur le revenu, qui sont politiquement explosives – mais ils trouveront d’autres moyens de faire rentrer de l’argent dans les caisses.
Verdict : qui paie vraiment le plus d’impôts en Europe ?
Si on devait résumer en une phrase : ce n’est pas celui qu’on croit. Les classements traditionnels (Eurostat, OCDE) donnent une image déformée de la réalité, car ils agrègent des prélèvements qui n’ont rien à voir entre eux. Un salarié moyen paiera plus en Belgique ou en France qu’au Danemark – mais il aura accès à des services publics de qualité variable. Un retraité paiera moins au Portugal ou en Espagne – mais il devra prévoir un budget "sécurité" pour compenser les lacunes des services publics. Un entrepreneur paiera moins en Bulgarie ou en Roumanie – mais il vivra dans un pays où les infrastructures sont vétustes et la corruption endémique.
Le vrai gagnant ? Le contribuable informé. Celui qui sait optimiser sa situation fiscale, qui compare non seulement les taux d’imposition, mais aussi le coût de la vie et la qualité des services publics, et qui adapte son choix en fonction de ses besoins. Car au final, la question n’est pas "qui paie le plus d’impôts", mais "qui paie le mieux" – c’est-à-dire qui obtient le meilleur rapport qualité-prix pour son argent.
Et là, le modèle nordique sort du lot. Oui, les impôts y sont élevés. Mais en échange, vous avez des services publics performants, une société plus égalitaire, et une qualité de vie difficile à battre. En France, on paie presque autant – mais on a l’impression de payer pour les autres, et les services publics sont souvent saturés ou inégalement répartis. Alors oui, les Danois paient plus d’impôts que les Français – mais ils en ont plus pour leur argent.
Quant à ceux qui rêvent de paradis fiscaux, ils feraient bien de se poser une question simple : êtes-vous prêt à vivre sans hôpitaux publics, sans transports en commun, et avec des écoles médiocres ? Si la réponse est oui, alors la Bulgarie ou la Roumanie vous tendent les bras. Sinon, il va falloir accepter l’idée que les impôts, c’est comme les assurances : on râle quand on les paie, mais on est bien content de les avoir quand on en a besoin.
Et vous, dans quel camp êtes-vous ?
