Le mythe du réfugié en costard avec forfait illimité
Allez, on va commencer par le plus gros cliché : l’image du réfugié qui débarque avec un iPhone dernier cri, logé gratos, blé en poche, et nous, pigeons, qui crachons au bassinet. Bon. Déjà, j’habite à Saint-Denis, pas très loin d’un centre d’accueil géré par la Croix-Rouge. Et tu sais ce que j’ai vu, moi, un matin de novembre, en allant chercher mon café ? Un gamin, pas plus de 18 ans, assis sur un banc, en doudoune trouée, en train de lire un bouquin en darija. Il grelottait. Un matin, je l’ai croisé dans le métro, avec une couverture de survie autour des épaules. Forfait 5G ? Sûrement pas. Alors oui, certains ont des téléphones. Parce que c’est vital, non ? Pour contacter leur famille, pour avoir les infos sur les démarches, pour survivre, un peu. Mais ça veut pas dire qu’ils vivent dans le luxe.
Le vrai coût, c’est pas celui qu’on croit
Alors, qui paie, vraiment ? Bon, déjà, l’argent vient de plusieurs poches. Il y a l’État, évidemment — via l’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) et la DAJ (Délégation aux adultes en situation de demande d’asile). Mais une bonne partie du fric, il arrive aussi de l’Union européenne. Le Fonds d’asile, de migration et d’intégration (FAMI), par exemple, cofinance pas mal de dispositifs. Donc non, on n’est pas tout seuls à payer. Et puis, il y a les associations. Beaucoup. Trop, parfois. Parce que l’État tarde, et du coup, c’est Emmaüs, Médecins du Monde, ou des collectifs de quartier qui colmatent. Et eux, ils vivent de subventions, de dons, de bénévoles. Donc, en gros, on paie oui, mais c’est aussi des bouts de nous, en direct, qui passent par des mains citoyennes.
Le logement, c’est quoi le deal ?
Un truc que les gens comprennent pas : le “logement” des réfugiés, c’est pas un studio T2 avec vue sur la tour Eiffel. Souvent, c’est des hôtels classés, payés par l’État, via l’Anad (Agence nationale de l’accueil des demandeurs d’asile). Enfin, quand il y a de la place. Parce que là, en ce moment, c’est la panique. Plein de centres sont débordés. À Marseille, j’ai un pote qui bosse dans une structure d’urgence : il m’a dit que des familles attendaient parfois des mois dans des gymnases, avec des matelas à même le sol. Et l’hôtel, tu sais ce que ça coûte ? Environ 70 à 100 balles par nuit, par personne. C’est cher. Très cher. Mais quand tu n’as pas d’autre solution, tu payes. Et oui, c’est notre argent. Mais c’est aussi un choix politique : accueillir ou laisser dormir sous les ponts ?
Et l’allocation ? Elle existe ?
Oui, y’a l’ADA — l’Allocation pour demandeur d’asile. À peine 500 balles par mois pour un adulte seul. Pas de quoi s’offrir un week-end à Marrakech, tu t’en doutes. Et encore, il faut être inscrit, avoir un récépissé, attendre des semaines parfois. Je connais une femme, Aïcha, syrienne, arrivée il y a deux ans par la Grèce. Elle m’a dit : “J’ai mis trois mois pour avoir mes premiers euros. Trois mois sans rien. On mangeait ce que les voisins nous donnaient.” Tu trouves ça normal ? Moi, ça me fout un coup au moral.
Et nous, les citoyens, on paie combien ?
Bon, je vais pas te mentir : oui, en tant que contribuables, on finance une partie. Mais faut relativiser. En 2023, le budget de l’Anad, c’était 1,2 milliard d’euros. Pour près de 200 000 demandeurs d’asile. En moyenne, ça fait 6 000 balles par personne par an. Soit, je sais, c’est pas rien. Mais quand tu compares avec ce qu’on dépense pour d’autres choses — genre les niches fiscales, ou les subventions aux énergies fossiles — bah t’as un peu envie de rire, ou de pleurer, je sais pas.
Et puis, y’a un truc qu’on oublie : beaucoup de réfugiés, une fois reconnus, ils travaillent. Ils cotisent. Ils deviennent des contribuables. Comme Nabil, que j’ai rencontré à un atelier de français. Il est ingénieur en informatique, originaire d’Algérie. Reconnu l’année dernière. Aujourd’hui, il bosse dans une boîte à Lyon. Il paie ses impôts, son loyer, il a même acheté une voiture d’occasion. Donc oui, on a “payé” pour lui pendant un temps. Mais maintenant, c’est lui qui nous “paye”, en quelque sorte. C’est un peu comme un prêt à long terme, tu vois ?
Les fausses bonnes idées qui coûtent cher
Et puis, tiens, un truc qui me saoule : les politiques de rétention, les centres de rétention administrative. Des gens enfermés, parce qu’ils sont en situation irrégulière. Coût : 150 à 200 balles par jour et par personne. Soit, là encore, notre fric. Et pour quoi ? Pour les garder dans des locaux sinistres, souvent dans des conditions douteuses. Alors que si on accélérait les procédures, si on mettait plus de moyens dans les commissions d’asile, ben on économiserait. Mais non. On préfère enfermer. Plus cher, plus inhumain. Mais bon, c’est comme ça.
Et toi, tu en penses quoi ?
Je te raconte tout ça, mais je me dis : et toi, t’en penses quoi ? Parce que moi, j’hésite. Des fois, je me dis qu’on fait trop. D’autres fois, je vois ces gosses, ces familles, et je me dis qu’on fait pas assez. Je suis tiraillé. On est tous tiraillés, non ? On veut aider, mais on a peur qu’on nous prenne ce qu’on a. Surtout quand on galère soi-même. Moi, j’ai pas de maison, j’habite en colocation. Je compte mes euros. Alors oui, je râle parfois quand j’entends “ils ont tout, on n’a rien”. Mais après, je me souviens d’Aïcha, de Nabil, du gamin sur le banc. Et je me dis : on pourrait faire mieux. Pas en donnant moins, mais en organisant mieux.
Enfin bref. Qui paie ? On paie tous. Un peu. Mais pas autant qu’on croit. Et surtout, pas seulement en cash. Parfois, on paie en humanité. Et franchement, est-ce que c’est vraiment un coût ?
