La guerre des chiffres entre Forbes et Hurun : pourquoi tout le monde s'emmêle les pinceaux
C'est là que le bât blesse. Quand on se demande qui compte le plus de milliardaires, la Chine ou les États-Unis, on tombe sur un mur de méthodologies contradictoires. D'un côté, le classement Forbes, la référence occidentale, identifie environ 813 milliardaires américains contre 406 en Chine continentale (614 en incluant Hong Kong et Macao). Sauf que, si vous lisez le Hurun Global Rich List, basé à Shanghai, le son de cloche diffère totalement. Pour eux, la Chine reste une usine à ultra-riches malgré une année noire.
Le flou artistique des seuils de fortune
Honnêtement, c'est flou. Pourquoi de tels écarts ? Car Hurun inclut des fortunes "grises" ou des actifs moins liquides que Forbes ignore royalement. Reste que la dynamique est claire comme de l'eau de roche : les États-Unis ont repris du poil de la bête grâce à l'explosion de l'intelligence artificielle. Pendant que la Silicon Valley sabrait le champagne, les promoteurs d'Evergrande à Shenzhen voyaient leur patrimoine s'évaporer plus vite qu'une flaque d'eau en plein mois d'août. Les variations de change, avec un dollar fort face à un yuan affaibli, n'arrangent rien à l'affaire. D'où ce sentiment de vertige quand on compare les deux puissances.
Une définition de la richesse qui diverge selon le Pacifique
Aux États-Unis, la fortune est publique, étalée, presque revendiquée comme un badge d'honneur. En Chine ? C'est plus complexe. Le gouvernement de Xi Jinping prône la "prospérité commune", un concept qui fait trembler les portefeuilles les plus garnis. On n'y pense pas assez, mais être trop riche en Chine aujourd'hui, c'est prendre le risque de devenir une cible politique. Résultat : beaucoup de milliardaires chinois préfèrent la discrétion de Singapour aux projecteurs de Shanghai, ce qui complique sérieusement le travail des statisticiens de la richesse.
L'insolente santé du capitalisme américain face aux doutes de l'Empire du Milieu
Mais comment les Américains ont-ils réussi à creuser à nouveau l'écart de manière aussi spectaculaire ? Le marché boursier américain a progressé de près de 25% sur l'année écoulée, porté par une poignée de géants technologiques. C'est l'ère des "Sept Magnifiques". Nvidia, Apple, Microsoft... ces boîtes ne fabriquent pas seulement des puces ou des téléphones, elles génèrent des milliardaires à la chaîne par un simple jeu d'écritures boursières. À côté, l'indice Hang Seng de Hong Kong a mangé son pain noir, perdant une part colossale de sa valeur.
L'effet IA : le turbo des fortunes made in USA
Prenez Jensen Huang, le patron de Nvidia. Sa fortune a fait un bond de 150% en un clin d'œil. C'est là que ça change la donne. La tech américaine ne se contente pas de dominer, elle cannibalise l'attention des investisseurs mondiaux. Aux États-Unis, le mécanisme de création de richesse est une machine de guerre qui tourne à plein régime, alimentée par des capitaux qui fuient les marchés émergents jugés trop risqués. À ceci près que cette richesse est de plus en plus concentrée dans quelques mains, un petit club très fermé qui pèse plus lourd que le PIB de bien des nations européennes.
La purge réglementaire chinoise ou le suicide des licornes
Côté chinois, le paysage est radicalement différent. Le secteur de la tech, autrefois fleuron de la croissance, a subi une douche froide. Entre les amendes records infligées à Alibaba et les restrictions sur les jeux vidéo pour les mineurs, le message de Pékin est limpide : personne n'est au-dessus de l'État. On est loin du compte par rapport aux années folles de 2018-2020. Jeff Bezos ou Elon Musk n'ont pas à craindre qu'une administration décide demain de démanteler leur empire pour "raisons sociales". Cette sécurité juridique perçue fait des États-Unis un aimant à capitaux, alors que la Chine, elle, doit ramer pour convaincre que l'on peut encore y devenir — et surtout y rester — riche.
La crise immobilière chinoise : le trou noir des milliards disparus
Le truc c'est que la fortune chinoise était assise sur un socle de béton. Or, ce socle s'effrite. L'immobilier représentait environ 70% du patrimoine des ménages en Chine. Quand les géants du secteur comme Country Garden vacillent, ce sont des dizaines de milliardaires qui retombent dans la catégorie des simples millionnaires, ou pire, qui croulent sous les dettes. Imaginez un gratte-ciel de 50 étages qui s'enfonce dans le sol : c'est exactement ce qui arrive au classement des riches à Pékin.
Des fortunes de papier qui s'envolent au premier coup de vent
Là où ça coince pour la Chine, c'est que ses milliardaires sont souvent des industriels ou des promoteurs. Aux États-Unis, on est sur de l'immatériel, du logiciel, de la donnée. C'est beaucoup plus volatile, certes, mais aussi beaucoup plus exponentiel. Un milliardaire chinois qui possède des usines de textile ou des parcs d'attractions ne peut pas rivaliser avec un Mark Zuckerberg dont la valorisation boursière peut prendre 30 milliards de dollars en une séance de trading. La nature même de la richesse a changé, et les Américains ont gardé une longueur d'avance sur ce terrain de jeu virtuel.
Le paradoxe de la production de nouveaux riches
Pourtant, il ne faut pas enterrer la Chine trop vite. Car, et c'est là l'ironie de l'histoire, la Chine continue de créer des milliardaires à un rythme effréné dans des secteurs stratégiques comme les batteries électriques et le photovoltaïque. Le patron de CATL ou les fondateurs de BYD sont là pour le rappeler : la transition énergétique est le nouveau réservoir à fortunes de l'Asie. Mais, autant le dire clairement, cela ne suffit plus pour compenser l'hémorragie massive dans les secteurs traditionnels. Le duel pour savoir qui compte le plus de milliardaires entre la Chine ou les États-Unis n'est plus une course de vitesse, c'est devenu une guerre d'usure économique.
L'attractivité territoriale et l'exode des portefeuilles
Une question se pose : où ces gens vivent-ils vraiment ? Si l'on regarde les villes, New York reste la capitale mondiale des milliardaires devant Londres et Mumbai. Pékin, qui occupait fièrement la première place il y a trois ans, a rétrogradé. On assiste à une sorte de "fuite des cerveaux dorés". Les riches chinois, par prudence ou par envie d'ailleurs, diversifient leurs avoirs. Ils achètent à Vancouver, investissent à Tokyo, placent leurs billes à Wall Street. Ce mouvement de capitaux renforce mécaniquement les statistiques américaines tout en appauvrissant les registres fiscaux de Shanghai.
New York contre Pékin : le match des métropoles
La Big Apple héberge aujourd'hui environ 110 milliardaires officiels. C'est colossal. Pékin en compte une centaine selon les sources les plus optimistes. Mais le profil n'est pas le même. À Manhattan, on trouve des gestionnaires de hedge funds et des héritiers de l'immobilier de luxe. À Pékin, ce sont des ingénieurs partis de rien ou des apparatchiks reconvertis dans le business. Cette sociologie de la richesse montre que le modèle américain est fondé sur la finance de marché, tandis que le modèle chinois repose sur la captation de la croissance domestique. Sauf que, quand la croissance chinoise tousse (elle plafonne désormais autour de 5%), tout l'édifice des fortunes privées se met à trembler.
Les mirages statistiques et la confusion entre patrimoine et pouvoir de marché
Le problème, c'est que l'on confond souvent l'affichage médiatique avec la réalité comptable des coffres-forts. Qui compte le plus de milliardaires, la Chine ou les États-Unis ? Si vous lisez la presse généraliste, la réponse semble osciller au gré des cycles boursiers, mais l'erreur majeure consiste à croire que tous les classements se valent. Or, la méthodologie de Hurun diffère radicalement de celle de Forbes. Résultat : on se retrouve avec des écarts de plusieurs centaines d'individus selon que l'on inclut ou non les participations opaques dans des sociétés non cotées.
Le mythe de la stabilité des fortunes asiatiques
On s'imagine que devenir milliardaire à Shenzhen est un ticket sans retour pour l'élite éternelle. Sauf que le turnover est vertigineux. En 2023, la Chine a vu plus de 150 noms disparaître de la liste Hurun en une seule année, souvent suite à des pressions réglementaires sur la tech ou l'immobilier. Les États-Unis, à l'inverse, conservent un noyau dur de dynasties dont la richesse, bien que fluctuante, ne s'évapore pas au premier froncement de sourcils gouvernemental. C'est là une nuance de taille pour quiconque cherche à savoir qui compte le plus de milliardaires, la Chine ou les États-Unis de manière structurelle.
L'illusion de la parité géographique
Autant le dire tout de suite, le fait que Pékin dépasse New York en nombre de résidents ultra-riches ne signifie pas un basculement de l'hégémonie financière globale. Mais est-ce vraiment significatif ? La richesse chinoise est atomisée entre une multitude d'entrepreneurs de l'industrie manufacturière. À l'opposé, les 748 milliardaires américains recensés par certaines sources possèdent une puissance de frappe cumulée qui dépasse de loin celle de leurs homologues mandarins, car leurs actifs sont libellés dans la monnaie de réserve mondiale. On oublie trop vite que la valeur faciale n'est pas la liquidité.
L'omission systématique de l'économie souterraine et grise
Il existe une part d'ombre dans ces calculs de prestige. En Chine, une part non négligeable de la fortune des élites n'est jamais déclarée par crainte des campagnes anti-corruption, rendant tout décompte partiel. (D'ailleurs, qui irait se vanter d'être trop riche quand le mot d'ordre est à la prospérité commune ?) À l'inverse, les montages fiscaux complexes aux États-Unis, via des trusts familiaux basés au Delaware ou au Dakota du Sud, masquent parfois l'ampleur réelle des patrimoines. Les listes que nous consultons ne sont que la partie émergée d'un iceberg de dettes et d'optimisation.
La variable cachée du capital-risque et la fabrique de licornes
Si vous voulez anticiper qui compte le plus de milliardaires, la Chine ou les États-Unis dans dix ans, regardez les investissements dans l'intelligence artificielle générative aujourd'hui. Reste que la dynamique a changé de camp récemment. Pendant que l'on se focalise sur les géants établis, le secteur du capital-risque américain a injecté plus de 170 milliards de dollars dans des startups l'an dernier. Cet afflux de liquidités crée des milliardaires sur papier bien avant que l'entreprise ne génère le moindre centime de profit. C'est une usine à valorisations délirantes.
Le conseil d'expert ici est simple : ne suivez pas les individus, suivez les flux de brevets. La Chine mise sur la propriété intellectuelle hardware et les batteries, tandis que l'on observe une domination américaine insolente sur le software et les protocoles de communication. Car c'est là que réside le véritable levier de création de richesse moderne. Un milliardaire chinois dans le textile n'a pas la même influence systémique qu'un milliardaire américain possédant un réseau social mondial. La géopolitique de la fortune est une partie d'échecs, pas une simple addition de comptes bancaires.
Questions fréquemment posées sur les puissances financières
Quelle est la fortune totale cumulée des milliardaires dans chaque pays ?
Les données de 2024 révèlent une avance monumentale des États-Unis avec une fortune cumulée dépassant les 4 500 milliards de dollars. En comparaison, malgré un nombre de têtes parfois supérieur dans certains rapports locaux, la richesse totale des milliardaires chinois plafonne autour de 2 000 milliards de dollars. Cette différence s'explique par la concentration extrême de la richesse aux mains des Big Tech américaines comme Apple ou Nvidia. À ceci près que la volatilité du yuan influence énormément ces conversions monétaires lors des bilans annuels.
Pourquoi les classements Forbes et Hurun donnent-ils des résultats différents ?
La divergence provient essentiellement du seuil d'inclusion et de la transparence des actifs privés. Hurun a un accès privilégié aux données transactionnelles en Asie mais utilise des méthodes d'estimation parfois jugées généreuses sur les valorisations non cotées. Forbes, plus conservateur, exige des preuves tangibles de propriété, ce qui tend à favoriser les actifs américains plus transparents. Est-il possible qu'une partie de la réponse à qui compte le plus de milliardaires, la Chine ou les États-Unis ne soit finalement qu'une question de définition statistique ?
Le nombre de milliardaires est-il un bon indicateur de santé économique ?
Pas nécessairement, car une multiplication de milliardaires peut traduire une capture de rente plutôt qu'une innovation productive. En Chine, l'explosion du nombre d'ultra-riches a longtemps été corrélée à une bulle immobilière qui menace aujourd'hui l'équilibre macroéconomique du pays. Aux États-Unis, la hausse du nombre de milliardaires coïncide souvent avec une augmentation des inégalités de revenus, posant des questions de stabilité sociale à long terme. Bref, avoir beaucoup de riches ne signifie pas que la classe moyenne prospère.
La fin de l'exceptionnalisme et le verdict du pragmatisme financier
Il est temps de sortir de cette fascination puérile pour le décompte des têtes couronnées de la finance mondiale. Le match pour savoir qui compte le plus de milliardaires, la Chine ou les États-Unis tourne court dès lors que l'on observe la capacité de conversion du capital en influence politique réelle. Si la Chine produit des milliardaires à la chaîne, elle les brise avec la même efficacité dès qu'ils sortent du rang, prouvant que là-bas, le Parti prime sur le Patrimoine. À l'opposé, les États-Unis ont laissé leurs milliardaires devenir des quasi-États, capables de lancer des satellites ou de racheter des infrastructures de communication majeures. Je prends le pari que la domination américaine restera qualitativement supérieure tant que le dollar sera l'unité de mesure de la réussite. Prétendre le contraire serait nier l'évidence de la puissance de feu de Wall Street face à une place boursière de Shanghai encore sous perfusion étatique.
