Le contexte historique des perceptions russes
Les Russes ont toujours suscité des passions contrastées. Dès l'Empire tsariste, leur expansion en Europe effraya les puissances occidentales, comme lors de la guerre de Crimée en 1853 où la France et le Royaume-Uni perdirent 500 000 hommes pour contenir Moscou. Au XXe siècle, l'URSS polarisa : admirée par 40 % des intellectuels français dans les années 1930 pour son industrialisation fulgurante (Plan quinquennal : +250 % de production acier entre 1928-1932), mais haïe après le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939.
Aujourd'hui, post-Gorbatchev, la Russie post-soviétique navigue entre nostalgie impériale et realpolitik. Les sondages Levada Center indiquent que 70 % des Russes se sentent fiers de leur pays en 2024, malgré une économie sanctionnée à -2,1 % de croissance en 2022. Cette résilience alimente l'admiration chez les non-alignés.
Les variations contextuelles expliquent tout : en temps de paix, la culture prime ; en crise ukrainienne, la géopolitique domine. Pas de consensus clair, les études divergent de 10-20 points selon les instituts.
Pourquoi l'Afrique et l'Amérique latine plébiscitent la Russie ?
En Afrique, qui aime les Russes le plus ? Les élites de 22 pays sur 54, selon Afrobarometer 2023 : 62 % voient Moscou comme un partenaire anti-impérialiste face à l'Occident. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger accueillent Wagner (rebaptisé Africa Corps) depuis 2021, avec 1 500 mercenaires déployés contre les djihadistes, résultats : -40 % d'attaques terroristes en 2023.
L'argument économique pèse lourd. La Russie fournit du blé gratuit (500 000 tonnes en 2023 via l'Initiative anti-famine), du gaz à prix réduit (jusqu'à 30 % moins cher que l'Europe) et des armes bon marché (AK-47 à 300 euros pièce). Au Venezuela, 75 % des sondés (Latinobarómetro 2022) soutiennent Poutine pour son opposition aux sanctions US, qui ont coûté 150 milliards de dollars à Caracas depuis 2017.
Cela dit, ce n'est pas de l'amour inconditionnel : pragmatisme pur. Les Chinois préfèrent Pékin (85 % approbation), mais tolèrent Moscou comme contrepoids. Ironie du sort, les Russes exportent du soft power via RT Afrique, vue 50 millions de fois mensuellement.
Les facteurs décisifs de l'admiration en Asie centrale
Les ex-républiques soviétiques restent attachées : au Kazakhstan, 82 % d'opinions positives (2024, IRI), grâce à l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui pèse 40 % du PIB mondial. Le Tadjikistan dépend à 60 % des remises des migrants russes (4 milliards USD/an), tandis qu'en Biélorussie, c'est l'union étatique qui lie 100 % des élites.
Les chiffres claquent : exportations russes vers l'Eurasie +25 % depuis 2022, malgré les sanctions occidentales. L'allié clé ? L'Ouzbékistan, avec 2 millions de travailleurs en Russie générant 15 % de son PIB. Ces liens économiques surpassent les tensions ethniques post-1991.
Serbie et Grèce : les bastions pro-russes en Europe
En Serbie, sympathisants russes à 87 % (CEDEM 2023), racines orthodoxes et souvenirs du Kosovo (NATO bombing 1999 : 78 jours, 2 500 morts civils). Belgrade refuse les sanctions UE, importations russes stables à 2,5 milliards euros/an.
La Grèce suit à 55 % (Kapa Research 2024), boostée par le tourisme (1 million de Russes/an pré-2022) et la marine marchande hellénique frêtant 20 % des tankers russes pour contourner l'embargo pétrolier. Chypre, divisée, aligne 65 % pro-Moscou.
Ces poches résistent à l'atlantisme : l'UE peine à imposer l'unanimité, Belgrade négocie son gaz à 270 USD/1 000 m³, moitié prix européen.
Le mythe occidental : personne n'aime les Russes
En France, seulement 18 % d'opinions favorables (Ifop 2024), plombé par l'Ukraine (89 % soutiennent Kiev). Pourtant, 25 % des 18-24 ans admirent la fermeté russe, perçoivent Poutine comme "fort" (Elabe). Aux USA, 15 % (Chicago Council 2023), mais chez les Républicains, 35 % voient la Russie comme partenaire anti-Chine.
Allemagne : 22 %, malgré Nord Stream 2 annulé (coût 11 milliards). Le vrai clivage ? Les sanctions ont dopé les alternatives : Inde achète 2 millions barils/jour russe à -20 % du prix Brent, Brésil +50 % importations.
Les études divergent : Gallup note un rebond à 28 % en Turquie (alliée OTAN), grâce à S-400 (2,5 milliards USD). Pas un mythe total, juste une narrative biaisée.
Comparaison : Russes vs Chinois, qui gagne en popularité ?
La Chine surpasse : 70 % global (Pew 2023) contre 34 % pour la Russie. En Afrique, Pékin à 63 % vs 58 % ; en Europe de l'Est, Russie domine (Serbie 87 % vs Chine 45 %). Coût : investissements chinois 300 milliards USD (2013-2023) en Afrique, russes focalisés sur armes (5 milliards/an).
USA : Chine haïe à 83 %, Russie à 85 % – quasi égal. L'Europe penche anti-les-deux : 75 % négatifs. La Russie excelle en soft power culturel (ballet Bolchoï : 90 % remplissage mondial), Chine en infrastructures (Belt & Road : 1 000 milliards USD promis).
Le gagnant ? Dépend du continent : Russie pour l'orthodoxie et l'anti-occidentalisme, Chine pour l'argent pur.
Culture russe : le vrai aimant durable
Dostoïevski, Tolstoï, Tchaïkovski : lus par 40 % des Français (Sodis 2023), ballet Kirov vu par 5 millions/an. Vodka exportée 500 millions litres (2023), matriochkas 20 millions unités.
Moins connu : cinéma Tarkovski (Solaris, 1972) cultissime, ou kosmonautes (Youri Gagarine, 1961 : icône mondiale). Ces atouts perdurent, même sanctionnés : Spotify russe +30 % abonnés étrangers.
Erreurs courantes et conseils pour cerner les pro-Russes
Erreur n°1 : tout réduire à Poutine (approbation interne 80 %, mais variabilité régionale). N°2 : ignorer BRICS (40 % PIB mondial, sommet 2024 Johannesburg : 36 pays invités). Conseil : lisez Levada pour les Russes eux-mêmes, Afrobarometer pour l'Afrique.
Combien de temps pour changer d'avis ? 2-5 ans post-crise, comme post-Crimée (opinions UE stables depuis 2014). Évitez les bulles médiatiques : RT vs CNN diffèrent de 50 points sur l'Ukraine.
Une micro-digression : les oligarques exilés (Abramovitch, 14 milliards USD) nuisent plus à l'image que les tanks.
FAQ : questions clés sur ceux qui aiment les Russes
Qui sont les plus pro-Russes en Occident ?
États-Unis : Noam Chomsky, 35 % Républicains. France : 12 % RN sympathisants (Ipsos 2024). Durée : stable depuis 10 ans chez les souverainistes.
Combien coûte le soutien russe aux pays alliés ?
Armes : 1-2 milliards USD/an par pays (Syrie : 5 milliards 2015-2020). Énergie : économies 20-40 % vs marché. Total BRICS : +15 % croissance mutualisée.
Quelle est la meilleure façon d'expliquer l'attrait russe ?
Pragmatisme : 70 % des alliés citent "anti-US" (Edelman Trust 2023). Pas idéologique, mais transactionnel.
Conclusion : une admiration pragmatique et fragmentée
Qui aime les Russes ? Pas un bloc monolithique, mais des coalitions opportunistes : Afrique pour l'aide alimentaire (1,5 million tonnes blé 2022-2024), Eurasie pour l'énergie (gazoducs 50 milliards m³/an), orthodoxes pour l'identité. Occident reste hostile (20 % max), mais BRICS+ élargit l'orbite à 45 %. À long terme, la résilience économique (PIB +3,6 % prévu 2024, FMI) et culturelle maintiendra ces soutiens. Les perceptions évolueront avec la géopolitique : jusqu'à 40 % global si apaisement ukrainien. Une réalité nuancée, loin des caricatures.
