L'état des lieux précis au printemps 2017 : une France au bord des 100 %
Quand on regarde dans le rétroviseur, la situation financière héritée du quinquennat de François Hollande n'était pas franchement brillante, même si certains indicateurs commençaient à repasser au vert. On sortait d'une période de croissance molle où le déficit public, bien que réduit par rapport aux années noires de l'après-2008, peinait à descendre sous la barre symbolique des 3 %. Reste que la dette, elle, continuait son ascension mécanique. C'est mathématique : tant qu'il y a un déficit, la dette gonfle. Point final.
La dynamique de fin de mandat sous l'ère Hollande
Entre 2012 et 2017, la dette est passée d'environ 90 % à près de 97 % du PIB. Une augmentation non négligeable, certes, mais nettement moins brutale que celle observée sous la présidence précédente. Là où ça coince, c'est que cette progression s'est faite malgré une pression fiscale record. Les Français s'en souviennent encore, ce fameux "ras-le-bol fiscal" n'était pas une invention de journalistes en manque de titres chocs. On a pressé le citron, mais le jus n'a pas suffi à éponger le passé.
Le rôle pivot de l'INSEE dans le calcul du passif
L'INSEE, avec sa rigueur habituelle, décomposait alors cette dette en plusieurs strates. L'État central se taillait la part du lion, avec environ 80 % du total. Les administrations de sécurité sociale et les collectivités locales complétaient le tableau. À cette époque, on n'y pense pas assez, mais la France bénéficiait déjà de taux d'intérêt extrêmement bas, ce qui rendait le service de la dette — c'est-à-dire le paiement des intérêts — relativement supportable malgré l'explosion du capital dû. C'était une sorte de drogue douce financière : on emprunte plus, mais comme ça coûte moins cher, on a l'impression que tout va bien.
Comment en est-on arrivé là ? Le poids des décennies précédentes
Il serait malhonnête de pointer du doigt un seul homme ou un seul gouvernement. La dette française est une œuvre collective, un monument bâti pierre par pierre depuis le milieu des années 1970. Pour être précis, le dernier budget à l'équilibre en France remonte à 1974. Autant dire que pour une grande partie de la population active actuelle, l'excédent budgétaire est un concept aussi abstrait que la téléportation.
La fin de l'insouciance et le tournant des années 80
Après les Trente Glorieuses, la machine s'est grippée. Le premier choc pétrolier a agi comme un révélateur. On a commencé à utiliser la dépense publique pour amortir les chocs sociaux. C'est noble, certes. Mais c'est coûteux. Sous la présidence de François Mitterrand, notamment après le tournant de la rigueur en 1983, la dette a commencé à devenir un sujet de préoccupation pour les technocrates de Bercy, même si le grand public s'en souciait comme de sa première chemise. On est passé d'une dette quasi inexistante à un fardeau qui commençait à peser sur les générations futures.
L'accélération des années 2000 et le non-respect des critères de Maastricht
Le pacte de stabilité et de croissance, vous vous rappelez ? Ces fameux 60 % de dette maximum par rapport au PIB. La France les a franchis allègrement au début des années 2000. Jacques Chirac, malgré sa promesse de réduire la "fracture sociale", n'a jamais vraiment réussi à inverser la tendance. Pire, la complexité de notre mille-feuille administratif a engendré des dépenses structurelles que personne n'osait vraiment sabrer. Résultat : chaque année, on rajoutait une couche de peinture sur un mur qui commençait sérieusement à se fissurer.
L'impact durable de la crise financière de 2008
S'il y a bien un événement qui a fait exploser les compteurs avant l'ère Macron, c'est la crise des subprimes. En 2007, la dette française stagnait autour de 64 % du PIB. Un chiffre presque raisonnable avec le recul actuel. Mais en l'espace de cinq ans, sous Nicolas Sarkozy, elle a bondi de plus de 25 points. C'est un saut quantique.
Le plan de relance et le sauvetage des banques
Face à l'effondrement du système financier mondial, l'État a dû jouer les pompiers. On a injecté des milliards pour éviter que les banques ne s'écroulent, pour soutenir l'industrie automobile et pour maintenir une consommation minimale. C'était nécessaire ? Probablement. Mais le prix à payer a été une dégradation brutale de notre signature financière. Je trouve ça d'ailleurs fascinant de voir comment, en l'espace de quelques mois, des décennies de gestion — certes imparfaite — ont été balayées par une tempête venue d'outre-Atlantique.
Le financement par l'emprunt systématique
À partir de 2009, la France est entrée dans une nouvelle dimension. On n'empruntait plus seulement pour investir, mais bel et bien pour payer les fonctionnaires et faire tourner la machine quotidienne. C'est là que le bât blesse. Quand un ménage emprunte pour sa consommation courante, on crie à la catastrophe. Quand c'est l'État, on appelle ça de la politique anticyclique. La nuance est subtile, mais les conséquences sur le long terme sont identiques : on s'enchaîne aux marchés financiers.
Comparaison européenne : la France faisait-elle figure de cancre ?
Pour bien comprendre la dette de 2017, il faut regarder ce que faisaient nos voisins. On n'était pas les pires, loin de là, mais on n'était plus dans le peloton de tête des bons élèves. L'Allemagne, après avoir digéré le coût de sa réunification, avait entamé une cure d'austérité drastique qui lui permettait de voir sa dette refluer. Pendant ce temps, nous, on continuait de ramer à contre-courant.
Le face-à-face avec le modèle allemand
Le contraste était saisissant. Alors que Berlin affichait des excédents budgétaires, Paris se battait pour chaque dixième de point de déficit. Cette divergence a créé des tensions énormes au sein de la zone euro. Les Allemands nous regardaient avec un mélange de pitié et d'agacement. On passait pour le cousin dépensier qui refuse de changer son train de vie alors que son compte en banque est dans le rouge vif. Mais, et c'est là une nuance importante, la France maintenait des services publics de haut niveau que beaucoup nous enviaient, même si le coût devenait prohibitif.
La situation par rapport à l'Italie et l'Espagne
Heureusement pour notre ego national, l'Italie était (et reste) dans une situation bien plus critique avec une dette dépassant les 130 %. L'Espagne, elle, avait été ravagée par l'explosion de sa bulle immobilière. La France faisait figure de "ventre mou" de l'Europe. Pas assez sérieuse pour être rassurante comme l'Allemagne, mais trop solide pour s'effondrer comme les pays du Sud. On flottait entre deux eaux, portés par la confiance que les investisseurs continuaient d'accorder à notre modèle social et à notre capacité de levée l'impôt.
Pourquoi cette dette n'inquiétait-elle pas plus que ça avant 2017 ?
On pourrait se demander pourquoi le pays n'a pas fait faillite bien avant. La réponse tient en trois mots : confiance, taux et épargne. La France est un pays riche. Très riche. Le patrimoine des Français est colossal, et l'État dispose d'un outil fiscal d'une efficacité redoutable. Tant que les investisseurs pensent que la France peut augmenter les impôts pour rembourser, ils prêtent.
Des taux d'intérêt historiquement bas
C'est le paradoxe des années 2010. Plus on s'endettait, moins ça nous coûtait cher en intérêts. La Banque Centrale Européenne (BCE) a inondé le marché de liquidités pour soutenir l'économie. Résultat : la France empruntait parfois à des taux négatifs. Oui, vous avez bien lu. Des gens payaient l'État français pour qu'il leur garde leur argent. Dans ces conditions, pourquoi se priver ? Pourquoi faire des réformes douloureuses quand l'argent tombe du ciel gratuitement ? C'est ce confort factice qui a anesthésié le débat politique sur la dette pendant des années.
La confiance inébranlable des marchés internationaux
La signature "France" restait une valeur refuge. Malgré les dégradations successives de notre note par les agences comme Standard & Poor's ou Moody's, les investisseurs continuaient de se ruer sur les OAT (Obligations Assimilables du Trésor). On est un pays qui n'a jamais fait défaut sur sa dette. C'est une réputation qui vaut de l'or. Mais attention, la confiance est un cristal fragile. Une fois brisée, elle ne se répare jamais vraiment. Soit dit en passant, cette confiance reposait aussi sur l'idée que la France finirait bien par faire ses réformes. On achetait du temps.
Les idées reçues sur la nature de la dette avant 2017
Il circule énormément de bêtises sur la dette. On entend souvent que c'est uniquement la faute des fonctionnaires trop nombreux ou des aides sociales trop généreuses. C'est un peu court comme analyse. La réalité est plus complexe, et souvent moins politiquement correcte.
Est-ce seulement la faute d'un État trop gourmand ?
Pas seulement. Une partie de la dette provient aussi d'un manque de recettes. Quand la croissance n'est pas au rendez-vous, les rentrées de TVA et d'impôt sur les sociétés s'effondrent. Or, les dépenses, elles, sont rigides. On ne baisse pas le salaire des profs ou les pensions de retraite du jour au lendemain parce que la croissance a perdu 0,5 point. C'est cet effet de ciseau qui creuse les déficits. Et puis, il y a le poids de l'investissement. Une partie de la dette a servi à financer des infrastructures, des hôpitaux, des universités. C'est une dette "saine" dans la mesure où elle prépare l'avenir. Le problème, c'est que la part de l'investissement dans la dette totale n'a cessé de fondre au profit du fonctionnement pur.
La part de l'investissement vs le fonctionnement quotidien
Honnêtement, c'est flou pour beaucoup de gens, mais la distinction est capitale. Si vous empruntez pour acheter votre maison, c'est un investissement. Si vous empruntez pour payer vos courses au supermarché, vous êtes dans le pétrin. Avant 2017, la France empruntait de plus en plus pour payer ses "courses". Environ 20 % de la dépense publique ne servait qu'à faire tourner la machine sans créer de valeur future. C'est précisément là que le bât blesse. On a consommé notre capital au lieu de le faire fructifier.
Questions fréquentes sur le passif financier de l'État
Le sujet est technique, et il est normal de s'y perdre un peu entre les milliards et les pourcentages.
Qui possédait réellement la dette française en 2017 ?
Contrairement à une idée reçue, la dette n'appartenait pas "aux Chinois". Environ 60 % de la dette française était détenue par des investisseurs étrangers, principalement des fonds de pension, des banques centrales et des assureurs internationaux. Le reste était aux mains de résidents français, via notamment l'assurance-vie. C'est d'ailleurs un point de force : les Français financent indirectement leur propre État. Mais cela signifie aussi que si l'État fait faillite, c'est l'épargne des Français qui part en fumée. Ambiance.
Quel était le coût annuel des intérêts à cette époque ?
Malgré une dette de plus de 2 200 milliards, la charge de la dette s'élevait à environ 42 milliards d'euros par an en 2017. C'était le deuxième poste budgétaire de l'État, juste derrière l'Éducation nationale et devant la Défense. C'est colossal. Imaginez tout ce qu'on aurait pu faire avec 42 milliards chaque année si on n'avait pas eu ces intérêts à payer. On aurait pu construire des centaines d'hôpitaux ou doubler le budget de la recherche. C'est l'argent du passé qui vient dévorer l'argent du futur.
La France aurait-elle pu rembourser sa dette d'un coup ?
Absolument pas. Personne ne rembourse jamais sa dette d'un coup. Le principe d'un État, c'est de "rouler" sa dette. Quand un emprunt arrive à échéance, on en contracte un nouveau pour rembourser le précédent. Le système tient tant que les gens acceptent de vous prêter à nouveau. C'est un jeu de chaises musicales permanent. Le jour où la musique s'arrête, c'est-à-dire le jour où plus personne ne veut prêter à la France, c'est le scénario à la grecque. Mais en 2017, on en était encore très loin.
Verdict : Un héritage lourd mais une situation sous contrôle apparent
Au final, la dette de la France avant Macron n'était pas une bombe à retardement prête à exploser dans la minute, mais plutôt un poison lent qui s'insinuait dans tous les rouages de l'économie. Avec 2 209 milliards d'euros au compteur, le pays avait déjà grillé toutes ses cartouches de sécurité. On était à la merci d'une remontée des taux ou d'un choc extérieur majeur. L'histoire a montré que le choc est venu (merci la pandémie), et que la dette a encore franchi des sommets que l'on n'aurait même pas osé imaginer en 2017. On est loin du compte si l'on pensait que le niveau de l'époque était le plafond.
Je reste convaincu que cette période de taux bas a été une occasion manquée. On aurait dû en profiter pour désendetter le pays massivement au lieu de se laisser bercer par l'illusion de l'argent gratuit. Bref, on a préféré la facilité du crédit à la dureté des réformes de structure. C'était confortable, c'était humain, mais c'était, sur le plan purement comptable, une erreur stratégique majeure. La France de 2017 était comme un grand domaine magnifique, mais dont la toiture commençait à prendre l'eau et dont le propriétaire préférait continuer à donner des réceptions plutôt que de payer le couvreur. Une gestion à la petite semaine qui nous a conduits là où nous en sommes aujourd'hui.
