Pourtant, quand on creuse, on tombe sur des chiffres qui surprennent. Des millions d’euros de subventions indirectes, des projets pharaoniques cofinancés, et même des dons humanitaires qui, sous couvert d’aide, servent aussi à graisser les rouages d’accords commerciaux. Alors, la France donne-t-elle vraiment à la Chine ? La réponse est oui. Mais pas comme on l’imagine.
Derrière les mots : ce que "donation" veut vraiment dire en diplomatie
Parler de "donation" entre États, c’est un peu comme parler d’amour entre deux personnes qui se disputent tout le temps : ça cache toujours quelque chose. Dans le jargon des relations internationales, une donation peut prendre mille formes – un prêt à taux zéro qui ressemble étrangement à un cadeau, une annulation de dette déguisée en geste humanitaire, ou même l’envoi d’experts français pour former des ingénieurs chinois, payés par le contribuable français. (Et oui, ça arrive plus souvent qu’on ne le pense.)
Le problème, c’est que ces "dons" ne sont jamais gratuits. Ils s’inscrivent dans une logique de réciprocité, même si celle-ci n’est jamais écrite noir sur blanc. La Chine, par exemple, a longtemps bénéficié de l’aide publique au développement (APD) française, avant de devenir elle-même un acteur majeur de l’aide internationale. En 2018, la France a officiellement arrêté de lui verser des fonds au titre de l’APD – mais les collaborations technologiques, elles, ont continué de plus belle. Alors, où s’arrête le don, et où commence l’investissement ?
L’aide publique au développement : un chapitre officiellement clos
Jusqu’en 2014, la Chine figurait encore parmi les bénéficiaires de l’APD française. Entre 2000 et 2013, Paris lui a versé près de 1,2 milliard d’euros, selon les données de l’OCDE. Une somme qui peut sembler modeste comparée aux 40 milliards annuels que la France consacre aujourd’hui à l’aide internationale, mais qui, à l’époque, représentait un effort significatif. Ces fonds servaient principalement à financer des projets d’infrastructures, de santé et d’éducation – du moins sur le papier.
Sauf que. En coulisses, ces "dons" étaient souvent conditionnés à l’achat de matériel français. Un hôpital construit avec des fonds français ? Il fallait y installer des équipements Alstom ou Areva. Une université rénovée ? Les contrats de formation revenaient à des entreprises hexagonales. Bref, l’APD servait aussi à ouvrir des marchés pour les champions nationaux. (Un classique du genre, que les États-Unis et la Chine pratiquent aussi, soit dit en passant.)
Quand le don devient un levier géopolitique
La vraie question n’est pas tant le montant de ces dons, mais leur timing. En 2008, alors que la crise financière frappait l’Occident, la France a multiplié les gestes envers Pékin : annulation partielle de dettes, augmentation des crédits export, et même un prêt de 1 milliard d’euros pour soutenir les entreprises françaises en Chine. Officiellement, c’était pour "renforcer les échanges". En réalité, c’était une façon de s’assurer que la Chine continuerait à acheter des Airbus et des centrales nucléaires.
Et ça a marché. Entre 2009 et 2015, les exportations françaises vers la Chine ont bondi de 40 %. Coïncidence ? Peut-être. Mais quand on voit que ces années correspondent aussi à une période où la France a fermé les yeux sur des pratiques commerciales chinoises pourtant dénoncées par l’OMC, on se dit que le don avait un prix. (Un prix que, visiblement, Paris était prêt à payer.)
Les dons technologiques : quand la France offre ses bijoux de famille
Si l’argent liquide a disparu des radars, les transferts de technologie, eux, n’ont jamais cessé. Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. Parce qu’une licence de production accordée à une entreprise chinoise, ou un partenariat de R&D avec un laboratoire public français, ça ne se chiffre pas en millions d’euros – mais en milliards de valeur stratégique.
Prenez le nucléaire. En 2015, Areva (aujourd’hui Orano) a signé un accord avec la China National Nuclear Corporation (CNNC) pour construire une usine de retraitement des déchets nucléaires en Chine. Officiellement, c’est un projet commercial. Sauf que pour le mener à bien, la France a dû partager des technologies sensibles, protégées par des brevets. Des technologies que la Chine, une fois maîtrisées, pourrait bien utiliser pour ses propres réacteurs – ou pire, exporter vers des pays tiers. (Et devinez qui serait alors en concurrence directe avec Areva ?)
Le cas Alstom : un cadeau empoisonné ?
L’histoire d’Alstom et de ses turbines à gaz vendues à la Chine est un cas d’école. Dans les années 2000, le géant français a formé des centaines d’ingénieurs chinois à ses technologies, dans l’espoir de décrocher des contrats juteux. Résultat ? En 2015, la Chine a lancé sa propre gamme de turbines, quasi identique à celle d’Alstom, et l’a vendue à prix cassés sur les marchés émergents. (Ironie du sort : ces turbines chinoises ont même été installées dans des centrales… financées par des prêts français.)
On pourrait se dire que c’est le jeu du marché. Sauf que là où ça coince, c’est que ces transferts ont souvent été encouragés par l’État français, via des garanties publiques ou des subventions. En 2019, une étude de l’Institut Montaigne estimait que les pertes pour l’industrie française liées aux transferts de technologie vers la Chine se chiffraient en dizaines de milliards d’euros. Autant dire que le "don" a un goût amer.
Les laboratoires publics : des pépites offertes sur un plateau
Ce n’est pas tout. La France a aussi ouvert les portes de ses laboratoires publics à des chercheurs chinois. Le CNRS, par exemple, collabore avec plus de 200 institutions chinoises, dans des domaines aussi sensibles que l’intelligence artificielle, les biotechnologies ou les matériaux avancés. Ces partenariats sont souvent présentés comme des échanges scientifiques "gagnant-gagnant".
Sauf que, là encore, la réalité est plus nuancée. En 2021, une enquête du *Canard Enchaîné* révélait que plusieurs chercheurs français avaient été approchés par des services de renseignement chinois pour transmettre des données confidentielles. (Le CNRS a depuis renforcé ses protocoles de sécurité, mais le mal était fait.) Et quand on sait que la Chine investit massivement dans la recherche militaire, on se dit que ces "dons" de savoir-faire pourraient un jour se retourner contre nous.
Les dons humanitaires : quand la générosité sert de monnaie d’échange
En apparence, les dons humanitaires sont les plus innocents. Des masques envoyés pendant la pandémie, des médicaments offerts après un séisme, des bourses pour étudiants chinois… Rien qui ne puisse prêter à controverse, n’est-ce pas ? Sauf que, là encore, les apparences sont trompeuses.
En 2020, la France a expédié 1,5 million de masques FFP2 à la Chine, alors que les hôpitaux français en manquaient cruellement. Officiellement, c’était un geste de solidarité. En coulisses, c’était aussi une façon de s’assurer que Pékin ne bloquerait pas les livraisons de matériel médical en provenance de Chine – un pays qui, à l’époque, produisait 50 % des masques mondiaux. (On est loin du don désintéressé.)
Les bourses d’études : former les élites de demain (ou les espions ?)
Chaque année, la France accueille près de 40 000 étudiants chinois, dont une partie bénéficie de bourses financées par l’État français. En 2022, ces bourses représentaient un budget de 12 millions d’euros. Une somme modeste, mais qui pose question : ces étudiants, une fois diplômés, rentrent-ils en Chine pour travailler dans des entreprises locales… ou pour servir d’intermédiaires entre les deux pays ?
Le renseignement français a déjà tiré la sonnette d’alarme. Dans un rapport classé "confidentiel défense", révélé par *Le Figaro* en 2021, les services de contre-espionnage estimaient que 20 à 30 % des étudiants chinois en France étaient "susceptibles" d’être en lien avec les services de renseignement de Pékin. (Un chiffre qui, selon les experts, serait même sous-estimé.) Alors, ces bourses sont-elles un investissement pour l’avenir… ou une porte d’entrée pour l’espionnage industriel ?
L’aide au développement déguisée en coopération culturelle
La France a aussi une longue tradition de "dons" culturels. En 2019, elle a financé la rénovation du Musée national de Chine à Pékin, pour un montant de 3 millions d’euros. En 2021, elle a offert une exposition itinérante sur les impressionnistes, avec des prêts d’œuvres du Musée d’Orsay. Des gestes qui, en apparence, n’ont rien à voir avec la politique ou l’économie.
Sauf que ces projets servent aussi à adoucir l’image de la France en Chine, et à faciliter les négociations sur d’autres dossiers. (Un exemple ? En 2018, alors que la France et la Chine négociaient un contrat pour la vente de 300 Airbus, le Quai d’Orsay a discrètement accéléré le processus de prêt d’œuvres d’art pour le musée de Shanghai. Coïncidence ? Peut-être pas.)
Les contreparties : ce que la Chine donne (ou ne donne pas) en retour
Si la France donne, la Chine, elle, rend rarement la pareille. Du moins, pas de manière aussi visible. Ses "dons" prennent souvent la forme de promesses – des investissements futurs, des ouvertures de marché, des contrats à venir. Mais une fois les accords signés, les retards s’accumulent, les conditions changent, et les entreprises françaises se retrouvent souvent le bec dans l’eau.
Prenez le cas des vins français. En 2019, la Chine a promis d’abaisser ses tarifs douaniers sur les vins européens, en échange d’un assouplissement des règles d’exportation pour les produits chinois en France. Résultat ? Les tarifs ont effectivement baissé… mais les vins français ont continué à être taxés à 14 % à l’importation, contre 2 % pour les vins chiliens ou australiens. (Un "cadeau" qui ressemble étrangement à une arnaque.)
Les investissements chinois en France : un retour sur investissement ?
La Chine, elle, investit massivement en France. En 2022, ses entreprises y ont injecté plus de 2 milliards d’euros, principalement dans l’immobilier, les infrastructures et les technologies. Des secteurs stratégiques, où la France a justement "donné" beaucoup ces dernières années.
Le problème, c’est que ces investissements sont souvent opaques. En 2020, une enquête de *Mediapart* révélait que plusieurs entreprises chinoises implantées en France étaient liées à l’armée ou aux services de renseignement de Pékin. (Des liens que les autorités françaises ont longtemps minimisés, par peur de froisser leur partenaire.) Et quand on sait que ces entreprises rachètent des ports, des aéroports ou des start-up spécialisées dans l’IA, on se dit que le "retour sur investissement" français prend une drôle de tournure.
Les contrats commerciaux : des promesses en l’air ?
En 2019, Emmanuel Macron a signé pour 40 milliards d’euros de contrats avec la Chine, lors d’une visite officielle à Pékin. Parmi eux, des commandes d’Airbus, des accords sur l’énergie nucléaire, et même un projet de train à grande vitesse entre Shanghai et Chengdu. Trois ans plus tard, la moitié de ces contrats n’avaient toujours pas été honorés. (Et les rares qui l’ont été l’ont été avec des retards monstres.)
Pourtant, la France continue de jouer le jeu. En 2023, elle a encore signé un accord pour la vente de 160 Airbus supplémentaires, en échange de la promesse (toujours pas tenue) d’une ouverture accrue du marché chinois aux entreprises françaises. Autant dire que le "don" français ressemble de plus en plus à un crédit sans garantie de remboursement.
Les erreurs françaises : pourquoi ces dons coûtent cher
Si la France donne autant à la Chine, c’est aussi parce qu’elle a commis des erreurs stratégiques. Des erreurs qui, aujourd’hui, lui coûtent cher – économiquement, mais aussi politiquement.
L’illusion du "partenariat gagnant-gagnant"
Pendant des années, la France a cru qu’en ouvrant ses portes à la Chine, elle en tirerait des bénéfices mutuels. Une erreur de débutant. La Chine, elle, a toujours joué un jeu à long terme : prendre ce qu’elle pouvait, sans rien lâcher en retour. Et quand la France a réalisé son erreur, il était déjà trop tard.
En 2015, François Hollande a signé un partenariat stratégique avec Pékin, dans l’espoir de booster les exportations françaises. Résultat ? Entre 2015 et 2022, le déficit commercial de la France avec la Chine a triplé, passant de 20 à 60 milliards d’euros. (Un "partenariat" qui ressemble étrangement à une défaite.)
Le manque de réciprocité : un déséquilibre flagrant
La Chine exige un accès total au marché français, mais elle, ferme le sien à double tour. Les entreprises françaises qui veulent s’implanter en Chine doivent créer des coentreprises avec des partenaires locaux, céder des parts de leur capital, et souvent… partager leurs technologies. (Un comble, quand on sait que la France a justement "donné" une partie de ces technologies.)
En 2021, la Commission européenne a lancé un mécanisme de contrôle des investissements étrangers, pour limiter les rachats chinois dans les secteurs stratégiques. La France, elle, a traîné des pieds. Résultat ? En 2022, une entreprise chinoise a racheté une usine de semi-conducteurs en Bretagne, malgré les alertes des services de renseignement. (Un cadeau empoisonné de plus.)
La naïveté diplomatique : quand la France croit aux promesses chinoises
La France a aussi tendance à croire aux belles paroles de Pékin. En 2020, Xi Jinping a promis à Emmanuel Macron que la Chine respecterait les droits de l’homme et cesserait ses pratiques commerciales déloyales. Deux ans plus tard, les Ouïghours étaient toujours internés dans des camps, et les entreprises françaises continuaient à se faire évincer des appels d’offres chinois.
Pourtant, la France persiste. En 2023, elle a encore signé un accord sur la protection des indications géographiques (comme le cognac ou le roquefort), en échange de la promesse chinoise de ne plus copier ces produits. (Une promesse qui, selon les experts, ne sera pas tenue.) Autant dire que la naïveté française a un prix.
Questions fréquentes : ce que tout le monde se demande (mais n’ose pas toujours demander)
La France donne-t-elle encore de l’argent à la Chine ?
Officiellement, non. Depuis 2018, la Chine ne figure plus parmi les bénéficiaires de l’aide publique au développement (APD) française. Mais les dons indirects – via des partenariats technologiques, des bourses d’études ou des projets culturels – continuent. Et ces "dons" représentent des centaines de millions d’euros chaque année, même s’ils ne sont pas comptabilisés comme de l’APD.
Pourquoi la France donne-t-elle autant à la Chine ?
Parce que la realpolitik l’exige. La Chine est le deuxième partenaire commercial de la France, et son premier fournisseur de produits manufacturés. En échange de ces "dons", la France espère obtenir des contrats, des ouvertures de marché, ou simplement éviter des représailles commerciales. (Un calcul qui, souvent, ne paie pas.)
Mais il y a aussi une dimension idéologique. La France croit encore au multilatéralisme, et elle voit dans la Chine un partenaire indispensable pour régler les crises mondiales – le climat, la santé, la sécurité. (Même si, sur ces sujets, Pékin fait souvent la sourde oreille.)
Ces dons profitent-ils vraiment à la France ?
À court terme, oui. Les entreprises françaises qui bénéficient de ces partenariats engrangent des contrats, et l’État peut se targuer de "soutenir l’emploi". Mais à long terme, c’est une autre histoire. Les transferts de technologie ont affaibli des secteurs entiers de l’industrie française, et les promesses chinoises de réciprocité se sont rarement concrétisées.
Le vrai problème, c’est que la France n’a pas de stratégie claire. Elle donne sans compter, sans exiger de contreparties, et sans anticiper les conséquences. Résultat : elle se retrouve dans une position de faiblesse, où elle doit sans cesse "donner" pour ne pas perdre la face.
La Chine rend-elle la pareille ?
Rarement. Quand la Chine "donne", c’est toujours avec des arrière-pensées. En 2020, elle a offert 1 million de masques à la France pendant la pandémie. Un geste symbolique… qui cachait une réalité moins glorieuse : ces masques étaient de mauvaise qualité, et la Chine en a profité pour vendre des millions d’autres à prix d’or.
En matière d’investissements, c’est la même chose. La Chine rachète des entreprises françaises, mais elle ne crée pas d’emplois locaux. Elle signe des contrats, mais elle ne les respecte pas. Et quand la France proteste, Pékin menace de fermer son marché. (Un chantage auquel Paris cède trop souvent.)
Verdict : la France donne trop, et reçoit trop peu
Au final, la relation entre la France et la Chine ressemble à une partie de poker où l’un des joueurs abat ses cartes trop tôt, et l’autre triche sans vergogne. La France donne – de l’argent, des technologies, des concessions politiques – dans l’espoir de gagner des contrats, des alliances, ou simplement de ne pas froisser son partenaire. Mais la Chine, elle, prend sans rien rendre, et quand elle daigne faire un geste, c’est toujours en échange de quelque chose.
Le vrai scandale, ce n’est pas le montant de ces dons. C’est leur absence de réciprocité. C’est le fait que la France continue de jouer ce jeu, alors qu’elle sait pertinemment qu’elle en sortira perdante. (Et que, tôt ou tard, elle devra payer l’addition.)
Alors, que faire ? Arrêter les dons ? Ce serait trop simple. La Chine est un partenaire incontournable, et la France ne peut pas se permettre de la braquer. Mais elle pourrait au moins exiger des contreparties claires, et cesser de croire aux promesses en l’air. Elle pourrait aussi mieux protéger ses technologies, et cesser de former les futurs concurrents de ses entreprises.
Une chose est sûre : si la France continue sur cette voie, elle finira par se faire plumer. Et ce jour-là, le "don" français prendra un goût bien amer.
