La fin d'une époque ou l'exception culturelle du pays du Soleil-Levant
Le Japon. C'est le nom qui revient en boucle, comme un vieux refrain, dès qu'on évoque l'absence de rendement. Pendant plus de deux décennies, la BoJ (Bank of Japan) a maintenu ses taux directeurs sous la barre du 0,1 %. On appelle ça la politique de taux d'intérêt zéro, ou ZIRP pour les intimes de la finance. Sauf que, là où ça coince, c'est que cette situation n'était pas un choix de confort mais une lutte acharnée contre la déflation. Imaginez un pays où les prix n'augmentent jamais, ou pire, baissent. Pourquoi dépenser aujourd'hui si demain c'est moins cher ? Résultat : l'économie se fige comme une statue de glace au milieu de Tokyo.
Le séisme discret de mars 2024
Le 19 mars 2024, le gouverneur Kazuo Ueda a fait ce que ses prédécesseurs n'osaient même pas murmurer : il a remonté le taux directeur pour la première fois en 17 ans. On est passé de -0,1 % à une fourchette entre 0 % et 0,1 %. Certes, c'est un changement de paradigme, mais soyons honnêtes, on est loin du compte par rapport aux 5 % de la Réserve fédérale américaine. Le Japon demeure la destination numéro un si vous cherchez quel pays a des taux d'intérêt nuls en termes réels. Pourquoi ce maintien ? Car la dette publique japonaise dépasse les 250 % du PIB. Si les taux montaient trop vite, le pays ferait faillite en un clin d'œil. C'est l'équilibre instable d'un funambule sur un fil d'acier.
Et c’est là que le bât blesse. Cette situation crée ce qu'on appelle le carry trade. Des investisseurs empruntent des yens pour presque rien et les réinvestissent ailleurs, au Mexique ou aux États-Unis, pour empocher la différence. C'est un jeu dangereux, une mécanique de précision qui, au moindre grain de sable, peut faire dérailler les marchés mondiaux.
Comment la Suisse a fini par lâcher prise sur ses taux négatifs
Reste que la Suisse a longtemps été le paradis, ou l'enfer selon votre point de vue, des taux négatifs. Pendant sept ans, entre 2015 et 2022, la Banque nationale suisse (BNS) a imposé un taux de -0,75 %. Oui, vous avez bien lu. Vous payiez pour laisser votre argent à la banque. Le truc c'est que la BNS voulait à tout prix empêcher le franc suisse de devenir trop fort face à l'euro. Une monnaie trop chère, c'est la mort de l'horlogerie et du chocolat à l'export. Autant le dire clairement : c'était une guerre des devises qui ne disait pas son nom.
L'inflation, cet invité surprise qui a tout gâché
Mais en septembre 2022, patatras. L'inflation mondiale a fini par franchir les Alpes. La Suisse a dû remonter ses taux à 0,5 %, puis 1 %, puis 1,75 %. On n'y pense pas assez, mais ce retour à la "normalité" a été un choc thermique pour le marché immobilier helvétique, habitué à l'argent coulant à flots. Aujourd'hui, quand on se demande quel pays a des taux d'intérêt nuls, la Suisse n'est plus la réponse automatique, même si ses taux restent parmi les plus bas d'Europe. On est passé du zéro absolu à une fraîcheur printanière qui pique quand même un peu le portefeuille des ménages.
Il est fascinant de voir comment une nation aussi conservatrice financièrement a pu naviguer en territoire inconnu pendant presque une décennie. Je pense d'ailleurs que les économistes du futur étudieront cette période comme une anomalie historique majeure, une sorte d'hallucination collective où les lois de la gravité financière ont été suspendues par décret administratif. Mais la réalité finit toujours par rattraper la fiction monétaire, n'est-ce pas ?
La zone euro et le mirage des taux directeurs à 0 %
La Banque Centrale Européenne (BCE) a elle aussi succombé à la tentation du néant. Entre 2016 et 2022, le taux de refinancement principal était calé sur 0,00 %. C'était l'ère de Mario Draghi et du célèbre "whatever it takes". On arrosait l'économie pour éviter qu'elle ne s'effondre. À cette époque, si vous me demandiez quel pays a des taux d'intérêt nuls, la réponse était simple : quasiment toute l'Europe de l'Ouest, de la France à l'Allemagne en passant par l'Espagne.
Le réveil brutal de Francfort
D'où vient le changement ? De l'énergie et des chaînes d'approvisionnement. En 2024, la BCE navigue désormais dans des eaux bien plus troubles avec des taux oscillant autour de 4 %. Mais attention, il y a un piège. Si l'on regarde le taux d'intérêt réel (le taux nominal moins l'inflation), beaucoup de pays européens ont encore techniquement des taux négatifs ou nuls. Si votre banque vous prête à 3 % alors que les prix montent de 4 %, vous gagnez de l'argent en vous endettant. C’est l’ironie suprême du système actuel : les taux montent sur le papier, mais votre dette s’évapore plus vite que vous ne la remboursez. Sauf que pour l'épargnant moyen, c'est la double peine. Son Livret A ne couvre plus la baguette de pain qui prend 10 centimes tous les six mois.
Bref, la notion de gratuité est devenue relative. On ne parle plus de taux zéro par choix politique, mais par nécessité de survie face à une croissance atone qui refuse de repartir malgré les perfusions massives de liquidités opérées pendant la crise sanitaire. (Notez d'ailleurs que certains pays scandinaves comme le Danemark ont suivi la même trajectoire, sortant à peine la tête de l'eau des taux négatifs après des années de gel monétaire intense).
Les paradis méconnus et les cas particuliers de l'argent sans coût
Il existe aussi des micro-États ou des économies très spécifiques où la question de quel pays a des taux d'intérêt nuls se pose différemment. Prenez certains pays du Golfe ou des juridictions où la finance islamique prédomine. Là-bas, l'intérêt (le riba) est proscrit. On ne parle pas de taux zéro au sens technique du marché monétaire occidental, mais d'un partage des profits et des pertes. Ça change la donne. Le coût de l'argent n'est pas un pourcentage affiché sur un écran de Bloomberg, mais un contrat de partenariat. C'est une autre façon de concevoir la valeur du temps et du risque.
Cependant, si l'on reste sur le terrain de la finance classique, on observe que des pays comme Fidji ou certaines îles du Pacifique maintiennent des taux très bas pour stimuler un tourisme dévasté par les crises successives. Là-bas, l'argent ne vaut rien parce que l'activité peine à redémarrer. Ce n'est pas un signe de santé, c'est un cri de détresse. C’est là que le concept d'intérêt nul montre son vrai visage : celui d'une économie qui a besoin de béquilles pour ne pas s'effondrer totalement. On est loin du rêve de l'emprunt facile, on est dans la gestion de l'urgence permanente où chaque point de base compte pour éviter la noyade sociale.

