Car le vrai sujet n’est pas tant de lister ces taxes oubliées (même si on va le faire, et en détail) que de comprendre pourquoi elles ont été supprimées, ce qui les a remplacées, et surtout, ce que ça change pour vous aujourd’hui. Parce qu’une suppression d’impôt, ça n’est jamais neutre. Ça se paie ailleurs. Toujours.
La taxe professionnelle : l’impôt qui a fait trembler les entreprises (et les maires)
Imaginez un prélèvement qui représentait, en 2009, près de 30 milliards d’euros par an – soit l’équivalent du budget de l’Éducation nationale. Un impôt si lourd que les entreprises le contestaient depuis des décennies, au point de menacer de délocaliser leurs usines. Et pourtant, jusqu’en 2010, la taxe professionnelle (TP) était la pierre angulaire du financement des communes et des départements. Son principe ? Taxer les entreprises sur la valeur de leurs équipements et de leurs biens immobiliers, mais aussi sur une partie de leur masse salariale. Autant dire que pour une usine ou un entrepôt, la facture pouvait vite devenir astronomique.
Pourquoi a-t-elle été supprimée ? (Spoiler : ce n’était pas par générosité)
Le coup de grâce est venu en 2009, sous Nicolas Sarkozy. Officiellement, il s’agissait de "libérer les entreprises" pour relancer l’emploi. En réalité, la TP était devenue un casse-tête politique : les maires, dépendants de cette manne pour financer écoles et crèches, hurlaient à chaque réforme. Les patrons, eux, menaçaient de partir. Et l’État, coincé entre les deux, cherchait une issue. La solution ? Une suppression progressive, étalée sur trois ans, avec un mécanisme de compensation censé être "neutre" pour les collectivités. Sauf que, comme souvent en fiscalité, le diable se cachait dans les détails.
Le remplacement de la TP a donné naissance à la contribution économique territoriale (CET), composée de deux volets : la cotisation foncière des entreprises (CFE) et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Le truc, c’est que la CVAE, elle, est plafonnée à 1,5 % de la valeur ajoutée – un cadeau pour les grosses boîtes, mais une perte sèche pour les petites communes qui vivaient des usines locales. Résultat : certaines villes ont vu leurs recettes fiscales fondre comme neige au soleil. Et devinez qui a comblé le trou ? Vous. Moi. Nous tous, via les impôts locaux.
Le jour où votre mairie a augmenté vos taxes d’habitation (sans vous le dire)
Prenez une commune comme Saint-Étienne. En 2010, la TP représentait 40 % de ses recettes fiscales. Quand elle a disparu, la ville a dû compenser. Comment ? En augmentant les taux d’imposition des ménages. La taxe d’habitation a bondi de 12 % en deux ans. À Lyon, même scénario : +8 % sur la taxe foncière. Et ce n’est pas un hasard si, dans le même temps, les services publics locaux ont commencé à se dégrader – moins de subventions pour les associations, des piscines qui ferment, des écoles en sous-effectif. La suppression de la TP, c’était un peu comme vider un seau d’eau dans un autre : le niveau reste le même, mais c’est toujours le contribuable qui finit par payer.
(Et non, la suppression de la taxe d’habitation n’a pas tout arrangé – on y reviendra.)
La vignette automobile : quand l’État a troqué un autocollant contre un casse-tête
Vous vous souvenez de ce petit carré de papier qu’on collait sur son pare-brise ? La vignette automobile, c’était un peu le symbole d’une époque où l’État prélevait sans complexe, avec un système si simple qu’on aurait pu le croire indestructible. Instaurée en 1956, elle rapportait chaque année l’équivalent de 1,2 milliard d’euros (en valeur actuelle). Son principe ? Un tarif progressif en fonction de la puissance fiscale du véhicule, payable une fois par an. Les recettes étaient reversées aux départements, qui s’en servaient pour financer les routes et les hôpitaux. Un système clair, prévisible, et surtout, très rentable.
Pourquoi a-t-elle disparu ? (Indice : ce n’était pas pour simplifier votre vie)
Officiellement, la vignette a été supprimée en 2001 pour "simplifier les démarches administratives". En réalité, c’était une décision purement politique. Lionel Jospin, alors Premier ministre, voulait marquer les esprits avec une mesure symbolique – et quoi de plus visible qu’un autocollant qu’on colle sur son pare-brise ? Sauf que, comme souvent, la suppression a eu des effets pervers. D’abord, les départements ont perdu une source de revenus stable. Ensuite, l’État a dû trouver un moyen de compenser ce manque à gagner. La solution ? Une augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), autrement dit, la taxe sur l’essence. Autant dire que le prix à la pompe a continué de grimper, mais cette fois sans que les automobilistes ne voient le lien.
Et puis, il y a eu un autre problème, plus insidieux : la vignette permettait de lutter contre la fraude. Sans elle, les contrôles sont devenus plus compliqués. Résultat, le nombre de véhicules non assurés a augmenté de 15 % en dix ans. Bref, on a troqué un système simple contre un bordel administratif – et une facture qui, au final, pèse toujours sur les mêmes.
Le jour où votre plein d’essence a coûté 5 centimes de plus (sans que vous le sachiez)
Prenez un automobiliste qui faisait le plein une fois par semaine en 2000. Avec la suppression de la vignette, son budget essence a augmenté de 3 à 5 % par an, selon les estimations. Pas assez pour qu’il s’en rende compte immédiatement, mais assez pour que, sur dix ans, la facture grimpe de plusieurs centaines d’euros. Et ce n’est pas tout : comme les départements ont perdu une partie de leurs recettes, certains ont dû augmenter les taxes locales – comme la taxe foncière sur les propriétés bâties. Autrement dit, même si vous ne conduisiez pas, vous avez payé pour la disparition de la vignette.
(Et si vous pensez que c’est du passé, attendez de voir ce qui s’est passé avec la taxe d’habitation.)
L’impôt sur les portes et fenêtres : la taxe qui a façonné nos villes (sans qu’on le sache)
Imaginez un impôt si vieux qu’il remonte à la Révolution française. Un prélèvement si ingénieux qu’il a influencé l’architecture de nos villes pendant plus d’un siècle. L’impôt sur les portes et fenêtres, instauré en 1798, taxait les propriétaires en fonction du nombre d’ouvertures de leur logement. Plus vous aviez de fenêtres, plus vous payiez. Simple. Efficace. Et surtout, très rentable : à son apogée, il représentait 10 % des recettes fiscales de l’État.
Pourquoi a-t-il été supprimé ? (Et pourquoi nos maisons sont devenues plus sombres)
Le problème, c’est que cet impôt avait un effet pervers : pour payer moins, les propriétaires ont commencé à murer leurs fenêtres. À Paris, au XIXe siècle, on estime que 20 % des ouvertures ont été bouchées pour échapper à la taxe. Les logements sont devenus plus sombres, plus humides, et surtout, moins sains. Les médecins de l’époque ont tiré la sonnette d’alarme : le manque de lumière favorisait les maladies comme la tuberculose. Du coup, en 1926, l’État a décidé de supprimer cet impôt – mais pas sans arrière-pensée. Car à l’époque, la France sortait de la Première Guerre mondiale, et il fallait relancer la construction. Or, un impôt qui décourageait les ouvertures, c’était contre-productif.
La suppression a été progressive : d’abord réduite en 1917, puis définitivement abolie en 1926. Et devinez ce qui l’a remplacé ? La taxe foncière. Autrement dit, on a troqué un impôt visible (et impopulaire) contre un prélèvement plus discret, mais tout aussi lourd. Le résultat ? Aujourd’hui, la taxe foncière représente en moyenne 1,2 % de la valeur locative d’un bien – soit bien plus que ce que rapportait l’impôt sur les portes et fenêtres à son époque.
Pourquoi votre appartement est moins lumineux qu’avant (et ce n’est pas qu’une question de goût)
Si vous habitez dans un immeuble haussmannien, regardez bien les façades. Vous remarquerez que certaines fenêtres sont plus petites que d’autres, ou carrément murées. Ce n’est pas un hasard : ces logements ont été construits à une époque où chaque ouverture coûtait cher. Et même si l’impôt a disparu il y a près d’un siècle, son héritage est toujours visible. Aujourd’hui, les promoteurs immobiliers continuent de privilégier les logements compacts, avec peu d’ouvertures, pour maximiser la rentabilité. Autrement dit, la disparition de cet impôt n’a pas effacé ses effets – elle les a juste rendus moins visibles.
(Et si vous pensez que c’est du passé, attendez de voir ce qui se passe avec la taxe carbone.)
La taxe carbone : l’impôt fantôme qui a failli tout changer
En 2014, la France a instauré une taxe carbone – un prélèvement sur les énergies fossiles, censé inciter les ménages et les entreprises à réduire leurs émissions de CO₂. L’idée était simple : plus vous polluez, plus vous payez. Le problème, c’est que cette taxe a été tellement mal expliquée, tellement mal calibrée, que les Français l’ont perçue comme une nouvelle ponction sur leur pouvoir d’achat. Résultat : en 2018, elle a déclenché la crise des Gilets jaunes. Et en 2020, elle a été purement et simplement gelée.
Pourquoi a-t-elle été suspendue ? (Et pourquoi elle pourrait revenir)
Le vrai problème de la taxe carbone, ce n’était pas son principe – après tout, une majorité de pays européens en ont une. Non, le problème, c’était son application. D’abord, elle a été instaurée sans compensation pour les ménages les plus modestes. Ensuite, elle a été présentée comme une mesure écologique, alors qu’en réalité, une partie des recettes servait à combler le déficit de l’État. Enfin, et surtout, elle a été mal expliquée : les Français n’ont pas compris pourquoi ils payaient plus cher leur essence ou leur chauffage, alors que les grandes entreprises, elles, bénéficiaient d’exonérations.
Du coup, en 2020, le gouvernement a décidé de geler la taxe carbone. Officiellement, c’était pour "protéger le pouvoir d’achat". En réalité, c’était une décision politique, prise sous la pression de la rue. Sauf que, comme souvent, la suppression a eu des effets pervers. D’abord, elle a envoyé un mauvais signal aux entreprises : si l’État recule sur la fiscalité écologique, pourquoi investir dans des technologies propres ? Ensuite, elle a creusé le déficit public : la taxe carbone rapportait 4 milliards d’euros par an. Et devinez qui va devoir combler ce trou ? Vous. Moi. Nous tous, via d’autres impôts.
Car le plus ironique, c’est que la taxe carbone n’a pas vraiment disparu. Elle a juste été intégrée dans le prix des carburants, sans que les consommateurs ne voient la différence. Autrement dit, on paie toujours, mais sans le savoir. Et comme l’État a besoin de recettes, il y a fort à parier que cette taxe fera son retour, sous une forme ou une autre.
Le jour où votre facture d’électricité a augmenté (sans que ce soit la faute d’EDF)
Prenez un ménage qui se chauffe au gaz. En 2018, avec la taxe carbone, sa facture annuelle a augmenté de 50 à 100 euros. En 2020, avec le gel de la taxe, elle aurait dû baisser. Sauf que, dans le même temps, les tarifs réglementés du gaz ont augmenté de 3 %. Et comme l’État a besoin de recettes, il a compensé ailleurs – par exemple, en augmentant la CSPE (contribution au service public de l’électricité), qui pèse sur votre facture EDF. Autrement dit, même si la taxe carbone a disparu des radars, son coût est toujours là. Il a juste changé de nom.
La taxe d’habitation : le prélèvement qui a disparu… pour mieux réapparaître
En 2017, Emmanuel Macron a annoncé la suppression progressive de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages. Une mesure phare, censée redonner du pouvoir d’achat aux Français. Sauf que, comme souvent, les choses sont plus compliquées qu’il n’y paraît. D’abord, parce que la suppression n’est pas totale : les 20 % de ménages les plus aisés continuent de la payer. Ensuite, parce que les communes, privées de cette recette, ont dû compenser ailleurs – notamment en augmentant la taxe foncière. Autrement dit, on a troqué un impôt visible contre un prélèvement plus discret, mais tout aussi lourd.
Pourquoi cette suppression est un leurre (et comment elle vous coûte plus cher)
Prenez une ville comme Bordeaux. En 2017, la taxe d’habitation représentait 30 % de ses recettes fiscales. Quand elle a disparu, la ville a dû trouver 100 millions d’euros par an pour compenser. Comment ? En augmentant la taxe foncière de 15 %. Résultat : les propriétaires, eux, ont vu leur facture exploser. Et les locataires ? Ils ont payé aussi, via les charges. Autrement dit, la suppression de la taxe d’habitation n’a pas fait baisser la pression fiscale – elle l’a juste déplacée.
Et ce n’est pas tout. Comme l’État a promis de compenser intégralement le manque à gagner pour les communes, il a dû trouver l’argent ailleurs. La solution ? Une augmentation des impôts nationaux, comme la TVA ou l’impôt sur le revenu. Autrement dit, même si vous ne payez plus la taxe d’habitation, vous payez toujours – mais sous une autre forme.
Le jour où votre loyer a augmenté (sans que ce soit la faute de votre propriétaire)
Prenez un locataire parisien. En 2017, son propriétaire payait 1 200 euros de taxe d’habitation par an. En 2023, cette taxe a disparu. Sauf que, dans le même temps, la taxe foncière sur le logement a augmenté de 20 %. Résultat : le propriétaire a répercuté cette hausse sur le loyer. Autrement dit, le locataire paie toujours, mais sous une autre forme. Et comme les loyers sont indexés sur l’inflation, cette hausse est devenue permanente. Bref, la suppression de la taxe d’habitation, c’était un peu comme déplacer un meuble dans une pièce : ça ne change pas la taille de la pièce, mais ça donne l’illusion que l’espace est mieux organisé.
Les impôts disparus qui continuent de nous hanter (sans qu’on le sache)
La liste des impôts supprimés en France est longue. Trop longue, peut-être. Car chaque disparition a laissé des traces – des trous dans les budgets publics, des habitudes qu’on a du mal à perdre, ou pire, des taxes de remplacement qui font grincer des dents. Prenez la taxe sur les salaires, supprimée en 1999. Elle a été remplacée par la CSG, un prélèvement qui pèse aujourd’hui sur tous les revenus, y compris les retraites et les allocations chômage. Autrement dit, on a troqué un impôt ciblé contre une taxe généralisée – et bien plus lourde.
Pourquoi ces suppressions coûtent plus cher qu’elles ne rapportent
Le problème, c’est que les impôts ne disparaissent jamais vraiment. Ils se transforment, se déplacent, ou réapparaissent sous une autre forme. Prenez la taxe professionnelle : supprimée en 2010, elle a été remplacée par la CET, qui pèse aujourd’hui sur les entreprises. Sauf que la CET est moins visible, moins contestée – et surtout, moins rentable pour les communes. Résultat : les villes ont dû augmenter les impôts locaux pour compenser. Autrement dit, on a troqué un impôt impopulaire contre un système plus opaque, mais tout aussi coûteux.
Et ce n’est pas tout. Comme l’État a besoin de recettes, il a tendance à compenser les suppressions par des augmentations ailleurs. Par exemple, quand la vignette automobile a disparu, la TICPE (taxe sur l’essence) a augmenté. Quand la taxe d’habitation a été supprimée, la taxe foncière a grimpé. Autrement dit, chaque suppression d’impôt est une illusion : on croit payer moins, mais on paie toujours – juste différemment.
Le jour où vous avez payé pour un impôt qui n’existe plus
Prenez un ménage moyen. En 2010, il payait la taxe professionnelle via les prix des produits qu’il achetait (car les entreprises répercutaient le coût sur les consommateurs). En 2020, il ne la payait plus – mais il payait la CET, via les mêmes mécanismes. Autrement dit, le coût était toujours là, mais il était moins visible. Et comme les prix n’ont pas baissé, le pouvoir d’achat n’a pas augmenté. Bref, la suppression de la taxe professionnelle, c’était un peu comme enlever une étiquette sur une bouteille : le contenu reste le même, mais on a l’impression que c’est différent.
Questions fréquentes : ces impôts disparus qui vous concernent encore
Pourquoi certains impôts sont-ils supprimés alors qu’ils rapportaient beaucoup ?
Parce que la fiscalité n’est pas qu’une question d’argent. C’est aussi une question de politique, d’image, et de rapport de force. Un impôt peut être supprimé parce qu’il est impopulaire (comme la taxe carbone), parce qu’il est inefficace (comme l’impôt sur les portes et fenêtres), ou parce qu’il pénalise un secteur économique (comme la taxe professionnelle). Mais dans tous les cas, l’État doit trouver un moyen de compenser le manque à gagner – et c’est souvent le contribuable qui paie la note, d’une manière ou d’une autre.
Est-ce que la suppression d’un impôt fait vraiment baisser la pression fiscale ?
Pas toujours. En réalité, la plupart du temps, la suppression d’un impôt est compensée par une augmentation ailleurs. Par exemple, quand la taxe d’habitation a disparu, la taxe foncière a augmenté. Quand la vignette automobile a été supprimée, la TICPE a grimpé. Autrement dit, on a l’impression de payer moins, mais on paie toujours – juste différemment. Le seul cas où la suppression d’un impôt fait vraiment baisser la pression fiscale, c’est quand l’État réduit ses dépenses en même temps. Mais ça, c’est rare.
Quels sont les impôts qui pourraient disparaître dans les années à venir ?
Difficile à dire, mais quelques candidats se dessinent. La taxe foncière, par exemple, est de plus en plus contestée, car elle pèse lourd sur les propriétaires. La CSG, elle aussi, pourrait être réformée, car elle est devenue un prélèvement généralisé qui touche tous les revenus. Et puis, il y a la taxe carbone, qui pourrait faire son retour sous une forme ou une autre, car l’État a besoin de recettes pour financer la transition écologique. Mais dans tous les cas, une chose est sûre : si un impôt disparaît, ce ne sera pas sans conséquences.
Est-ce qu’on paie moins d’impôts aujourd’hui qu’avant ?
Non. En réalité, la pression fiscale en France est l’une des plus élevées d’Europe. En 2023, elle représentait 46,1 % du PIB – un record. Le problème, c’est que les impôts ont changé de forme : ils sont moins visibles, mais tout aussi lourds. Par exemple, on ne paie plus la taxe d’habitation, mais on paie plus de taxe foncière. On ne paie plus la vignette automobile, mais on paie plus cher son essence. Autrement dit, on a l’impression de payer moins, mais en réalité, on paie toujours – et parfois plus.
Verdict : ces impôts disparus qui nous coûtent encore cher
La suppression d’un impôt, c’est rarement une bonne nouvelle. En apparence, ça peut sembler une victoire – moins de prélèvements, plus de pouvoir d’achat. Mais en réalité, c’est souvent une illusion. Car quand un impôt disparaît, l’État doit trouver un moyen de compenser le manque à gagner. Et devinez qui paie la note ? Vous. Moi. Nous tous, via d’autres taxes, d’autres prélèvements, ou simplement via des prix qui augmentent.
Le vrai problème, c’est que ces suppressions sont rarement neutres. Elles ont des effets pervers, des conséquences imprévues, et surtout, elles creusent les inégalités. Prenez la taxe professionnelle : supprimée pour "libérer les entreprises", elle a surtout profité aux grosses boîtes, tandis que les petites communes ont dû augmenter les impôts locaux. Prenez la taxe carbone : gelée sous la pression de la rue, elle a envoyé un mauvais signal aux entreprises, qui ont ralenti leurs investissements dans la transition écologique.
Alors oui, certains impôts méritaient de disparaître. La vignette automobile était archaïque. L’impôt sur les portes et fenêtres était injuste. Mais leur suppression n’a pas fait baisser la pression fiscale – elle l’a juste déplacée. Et aujourd’hui, on paie toujours, mais différemment. Moins visible. Moins contesté. Et surtout, moins compris.
Alors la prochaine fois qu’un politique annonce la suppression d’un impôt, méfiez-vous. Car dans le monde merveilleux de la fiscalité, rien ne disparaît vraiment. Tout se transforme. Et c’est toujours le contribuable qui finit par payer.
