Le contexte de 2022 : Pourquoi les livrets ont (enfin) bougé ?
Ce qu'il faut se rappeler de cette période, c'est que l'inflation a commencé à faire sérieusement sentir ses effets, et cela a forcé la main de l'État concernant les livrets réglementés. Avant, on laissait souvent dormir l'argent sur le Livret A simplement parce que c'était facile, sans même regarder le rendement ridicule. Du coup, quand on a vu la revalorisation du taux du Livret A et du LDDS (ex-LEP), même si elle était encore faible en valeur absolue, c'était un signal fort.
Selon moi, ce mouvement a permis de réhabiliter l'épargne de précaution au premier plan. Avant 2022, on cherchait souvent la performance à tout prix, quitte à bloquer l'argent pendant des années. Mais quand le coût de la vie augmente, la première chose à sécuriser, c'est sa capacité à réagir rapidement. J'ai remarqué que beaucoup de gens avaient encore leur épargne d'urgence sur des comptes courants qui ne rapportaient rien du tout, et ça, c'est une erreur coûteuse sur le long terme.
Cela dit, il ne faut pas s'emballer. Même si le rendement s'améliorait, il restait très inférieur au taux d'inflation réel. Donc, si votre objectif était de faire fructifier significativement votre capital, ces livrets étaient une base, mais certainement pas la solution finale. Il fallait regarder au-delà des enveloppes garanties par l'État.
Le Livret A et le LDDS : Les incontournables pour l'épargne de précaution
Pour l'argent dont vous pourriez avoir besoin dans les six mois – l'imprévu, la grosse réparation, ou même un apport pour une opportunité – le Livret A et le LDDS restent les rois incontestés de la simplicité. Leur avantage principal, c'est l'absence totale de fiscalité. Vous gagnez 1% ou 2%, vous gardez 1% ou 2%. C'est net, c'est clair, et c'est disponible immédiatement.
J'ai souvent conseillé de maximiser les plafonds de ces deux livrets avant toute autre chose. Le plafond du Livret A est de 22 950 €, et celui du LDDS est de 12 000 €. Si vous avez une somme importante à placer, c'est la première couche de votre sécurité financière. C'est ce que j'appelle le "matelas anti-stress". Il est essentiel d'avoir cette somme liquide, sans risque de voir sa valeur nominale diminuer à cause des marchés.
D'ailleurs, il est crucial de ne pas confondre les livrets fiscalisés et les livrets défiscalisés. Les livrets bancaires classiques, ceux que votre banque vous propose pour vous faire plaisir, ont des intérêts soumis aux prélèvements sociaux et à l'impôt sur le revenu. En 2022, avec des taux souvent autour de 0,5% après impôts, ils étaient souvent moins intéressants que le Livret A, même si ce dernier avait un plafond plus bas. C'est là que les gens se trompent, ils croient que tout compte épargne est égal devant le fisc.
L'Assurance Vie : Quand faut-il privilégier l'enveloppe fiscale ?
Ah, l'Assurance Vie. C'est le produit préféré des Français, et pour une bonne raison : sa fiscalité après huit ans est imbattable si vous savez vous en servir. En 2022, alors que les taux des fonds euros restaient prudents, je pensais qu'il fallait commencer à alimenter sérieusement son contrat si on avait déjà sécurisé ses liquidités sur les livrets.
Le gros avantage, c'est la progressivité de l'impôt. Après huit ans, vous bénéficiez d'un abattement annuel sur les gains retirés. Si vous avez moins de 8 ans de contrat, la fiscalité est plus lourde, mais elle reste souvent plus avantageuse que la Flat Tax (PFU) appliquée par défaut sur un compte-titres, surtout si vous avez des revenus modestes et que vous pouvez bénéficier du barème progressif de l'impôt sur le revenu.
Je pense qu'il faut voir l'Assurance Vie non pas comme un seul placement, mais comme une enveloppe qui permet d'héberger différents types d'actifs : des fonds euros sécurisés (qui ont commencé à légèrement remonter en taux en 2022, passant parfois de 1% à 1,5% selon les contrats), et des Unités de Compte (UC) investies en actions ou immobilier. Si vous avez un horizon de placement de plus de cinq ans, l'Assurance Vie permet de diversifier et de potentiellement battre l'inflation, ce que les livrets ne peuvent pas faire seuls.
Les comptes épargne fiscalisés : Le PEL et les comptes à terme face à l'inflation
Il y a des produits que l'on a tendance à oublier, mais qui peuvent avoir leur place dans une stratégie globale. Le Plan d'Épargne Logement (PEL), par exemple. En 2022, les nouveaux PEL ouverts avaient un taux garanti plutôt bas, autour de 1% ou 2,25% pour les anciens, mais le gros piège, c'est la fiscalité. Les intérêts sont soumis aux prélèvements sociaux et à l'impôt sur le revenu après quatre ans, sauf si vous l'utilisez pour contracter un prêt immobilier.
J'ai remarqué que beaucoup de gens gardaient leur PEL ouvert sans l'alimenter, juste pour conserver l'ancien taux avantageux s'ils l'avaient ouvert avant 2018. Si vous avez un vieux PEL avec un taux supérieur à 2,5%, il faut le garder précieusement, même si vous n'avez pas de projet immobilier immédiat, car il est très difficile de retrouver de tels rendements garantis ailleurs aujourd'hui sans bloquer l'argent sur une durée très longue.
Ensuite, il y a les comptes à terme (CAT). En 2022, avec la remontée des taux directeurs, les banques ont commencé à proposer des CAT plus attractifs, parfois au-delà de 2% pour des durées de 12 à 24 mois. Le gros inconvénient, c'est le blocage. Si vous retirez l'argent avant l'échéance, vous perdez souvent tous les intérêts acquis. C'est donc un placement pour une somme que vous êtes certain de ne pas toucher, mais qui offre une meilleure visibilité que les fonds en UC d'une assurance vie.
Mon conseil personnel : Ne pas laisser la peur de l'impôt paralyser vos choix
Ce que j'ai vu le plus souvent, c'est des gens qui refusaient d'ouvrir une Assurance Vie ou d'investir en Bourse parce qu'ils avaient peur des 30% de prélèvement forfaitaire unique (PFU). Et je comprends, 30%, ça fait peur sur le papier.
Mais il faut faire un calcul simple : si votre compte épargne non fiscalisé vous rapporte 1%, et que votre assurance vie, après frais et impôts, vous rapporte 3%, lequel est le meilleur ? Même avec une fiscalité de 30% sur les gains, vous êtes largement gagnant. L'erreur, c'est de comparer un rendement net garanti (Livret A) à un rendement brut potentiel (Assurance Vie en UC) et de conclure que le premier est mieux parce qu'il est "plus simple".
Selon moi, la meilleure stratégie en 2022, c'était de remplir les enveloppes sans impôt (Livret A, LDDS), puis de basculer vers des enveloppes fiscalement avantageuses (Assurance Vie de plus de 8 ans) pour le surplus, en acceptant une petite part de risque pour lutter contre l'érosion monétaire. Il faut accepter que l'argent qui dort est de l'argent qui perd de la valeur, peu importe la facilité de le récupérer.
Comment déterminer la bonne allocation pour votre profil ?
Pour savoir quel compte ouvrir en priorité, vous devez répondre à deux questions fondamentales : Quelle est votre horizon de temps, et quel est votre seuil de tolérance au risque ?
Si l'argent est pour dans moins de 2 ans, restez sur le Livret A ou le LDDS, point final. Si vous avez besoin de flexibilité, ne mettez pas plus que ce que vous êtes prêt à perdre dans une enveloppe risquée. Si vous avez un horizon de 5 à 10 ans, l'Assurance Vie avec une bonne dose d'UC devient indispensable pour compenser l'inflation.
J'ai toujours trouvé utile de faire un schéma simple : 100% Sécurité (Livrets) jusqu'à 6 mois de dépenses courantes. Ensuite, on commence à alimenter les enveloppes fiscales avantageuses (Assurance Vie), et seulement si tout cela est rempli, on regarde les produits fiscalisés comme les comptes-titres pour les objectifs très long terme. Cela permet d'avoir une progression logique et de ne jamais être pris au dépourvu.
En conclusion, 2022 a été une année charnière où l'épargne de taux zéro a commencé à mourir. Ouvrir un compte épargne en cette période signifiait choisir activement son niveau de risque et accepter, enfin, de se battre un peu contre les taux d'intérêt moroses en exploitant les avantages fiscaux disponibles.

