Pourquoi l'année 2022 a complètement rebattu les cartes de l'épargne
Franchement, 2022, ce n'était pas une année comme les autres pour l'épargnant qui avait du capital à placer. Après des années de taux zéro ou négatifs, où la seule stratégie viable était de mettre son argent en bourse ou de l'immobilier pour espérer battre l'inflation, tout a changé très vite. Je pense que le choc a été de voir l'inflation grimper au-delà des 5% dans la zone euro, ce qui rendait la simple détention de liquidités sur un compte courant absolument suicidaire.
Du coup, la question n'était plus "comment gagner beaucoup ?" mais plutôt "comment ne pas perdre en réalité ?". Quand vous avez 150 000 euros, même une inflation de 6% signifie une érosion de 9 000 euros de pouvoir d'achat sur l'année si cet argent dort. C'est une somme énorme, et cela m'a poussé à reconsidérer la pondération traditionnelle entre l'épargne de précaution et l'investissement productif. Il fallait agir vite, mais sans paniquer et acheter n'importe quoi sous prétexte de peur de rater le train de la hausse des taux.
J'ai remarqué que beaucoup attendaient encore les rendements mirobolants de l'assurance-vie d'antan, mais la réalité, c'est que les assureurs ont commencé à réagir tardivement. Il fallait donc être proactif et regarder du côté des produits dont la performance est directement liée aux taux courts, ce qui était une nouveauté depuis plus d'une décennie.
Le socle de sécurité : Quand faut-il privilégier la préservation du capital ?
Avec 150 000 euros, il y a toujours une partie que l'on ne doit absolument pas risquer, celle qui sert de filet de sécurité ou qui pourrait être nécessaire dans les deux ou trois ans à venir. Pour cette portion, la priorité absolue en 2022, c'était de retrouver des produits qui garantissent le capital, même si les rendements restaient modestes au début de l'année.
L'assurance-vie, par exemple, est redevenue intéressante sur la partie Fonds Euros. Je sais, pendant des années on se moquait des 1% ou 1,5% servis, mais quand les taux directeurs ont commencé à bouger, les assureurs ont annoncé des hausses. Selon moi, un fonds euros bien positionné, qui promettait 2% ou même 2,5% net de frais de gestion en fin d'année, devenait un placement honorable pour la tranquillité d'esprit. C'est une sécurité que vous ne trouverez nulle part ailleurs, car le capital est garanti par l'assureur, ce qui est différent d'un fonds monétaire classique.
En parallèle, il ne faut pas oublier les placements ultra-liquides, même si leur rendement reste encadré par les plafonds réglementaires. Le Livret A et le LDDS, avec leurs plafonds respectifs, sont parfaits pour une poche de trésorerie immédiate. Cela dit, avec 150 000 euros, vous allez rapidement saturer ces enveloppes. Il faut donc rapidement passer à des comptes à terme (CAT) ou des bons de caisse si vous voyez des offres intéressantes se présenter, car ces produits ont commencé à suivre la hausse des taux directeurs de la BCE plus rapidement que les fonds euros traditionnels.
Les Unités de Compte (UC) en Assurance-Vie : Le compromis nécessaire
Si vous voulez une enveloppe fiscale avantageuse (l'assurance-vie est imbattable après 8 ans), il faut accepter de mettre une partie en Unités de Compte. En 2022, j'aurais été très sélectif ici. Je pense que l'erreur serait de s'orienter vers des fonds actions trop spéculatifs ou trop corrélés aux marchés technologiques qui souffraient beaucoup de la hausse des taux. Il fallait privilégier les UC qui investissaient dans des actifs réels ou des stratégies défensives.
Par exemple, certaines SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) qui avaient déjà des rendements locatifs solides et qui n'étaient pas trop exposées aux bureaux vides commençaient à offrir un rendement supérieur à 4% en distribution, avec l'avantage de la diversification immobilière sans les tracas de gestion. C'était un bon moyen de compenser l'inflation sans prendre le risque de vendre des actions en catastrophe si le marché baissait trop brutalement.
Actions : La sélection chirurgicale plutôt que la dispersion totale
Si une partie de ces 150 000 euros est destinée à travailler sur un horizon de 5 ans ou plus, l'action reste le moteur de performance historique. Mais en 2022, le marché était nerveux, très nerveux. Les entreprises dites de "croissance pure" sans bénéfices immédiats ont été massacrées par la remontée des taux, car leur valeur future est mathématiquement moins importante aujourd'hui.
Selon moi, la stratégie gagnante était de se recentrer sur la valeur. Il fallait privilégier les entreprises qui généraient déjà des flux de trésorerie massifs, qui avaient des bilans propres et qui, en plus, bénéficiaient indirectement de la crise énergétique ou de la nécessité de sécuriser les chaînes d'approvisionnement. Je pense notamment à certaines valeurs industrielles européennes solides ou des sociétés gérant des infrastructures essentielles.
Il fallait éviter de sur-pondérer les ETF généralistes qui étaient encore très chargés en valeurs américaines de croissance. C'est là que l'approche conversationnelle est importante : si vous parlez à un ami, vous lui dites : "Regarde les entreprises qui vendent des choses dont on a besoin même quand l'économie ralentit." C'est plus utile que de lui donner un code d'ETF aléatoire.
L'immobilier physique face à la hausse des taux d'emprunt
Placer 150 000 euros pour acheter un bien immobilier en direct en 2022, c'était une tout autre affaire qu'en 2020. Les taux d'emprunt ont commencé à grimper de manière significative, surtout à partir du milieu de l'année. Cela réduit drastiquement votre capacité d'emprunt pour un même effort mensuel, et surtout, cela fait chuter la capacité d'un futur acquéreur à vous racheter le bien.
Si vous aviez l'intention d'acheter dans l'optique de la location courte durée (type Airbnb), c'était aussi une période compliquée car les signaux économiques devenaient moins clairs quant à la demande touristique future. Je pense qu'il était plus prudent d'utiliser ces 150 000 euros comme apport massif pour un bien locatif classique, mais seulement si le rendement locatif brut (hors charges et impôts) dépassait clairement les 5% pour absorber la hausse des coûts de crédit et l'inflation locative potentielle.
Si l'objectif était purement patrimonial et non de générer un revenu courant immédiat, l'investissement en nue-propriété pouvait être une option intéressante, car elle permet de se positionner sur un actif physique à prix décoté, en attendant la pleine jouissance. Cela dit, c'est un placement très illiquide, ce qui est difficile à conseiller quand on a un gros paquet d'argent à gérer sur une année aussi incertaine que 2022.
Les erreurs classiques que j'ai vues commettre avec de telles sommes
La plus grande erreur que j'ai observée, c'est la paralysie par l'analyse. On voit les marchés baisser en bourse, on voit les taux monter, et du coup, on se dit : "Je vais attendre que ça se tasse." Mais attendre en 2022, c'était laisser l'inflation faire son travail de sape. Il fallait accepter de ne pas acheter au plus bas, mais il fallait absolument sortir de l'inertie.
Ensuite, il y a eu la tentation des placements "miracles" qui promettaient de battre l'inflation à coup sûr sans risque. Souvent, ces offres renvoyaient vers des produits très complexes ou, pire, des sociétés peu scrupuleuses. Avec 150 000 euros, vous êtes un client de choix pour les conseillers, mais il faut rester vigilant. Si une offre semble trop belle pour être vraie, c'est qu'elle l'est probablement, surtout quand le marché général panique.
J'ai aussi vu des gens sur-allouer massivement sur les cryptomonnaies, pensant que c'était la seule parade à la monnaie fiduciaire. Or, 2022 a été une année terrible pour ce secteur, et une allocation supérieure à 5% de ce montant dans des actifs non corrélés et aussi volatils, c'était juste prendre un risque démesuré pour l'essentiel de votre capital.
En résumé, comment structurer ce portefeuille de 150 000 euros ?
Si je devais résumer ma vision pour ces 150 000 euros en 2022, je dirais qu'il fallait construire une pyramide inversée par rapport aux années précédentes. La base doit être solide, très solide. Je viserais peut-être 30% à 40% dans des enveloppes sécurisées qui commencent à offrir 2% ou 3% (fonds euros performants, CAT courts). Cela sécurise une bonne partie du pouvoir d'achat contre l'inflation immédiate.
Ensuite, une part significative, disons 40% à 50%, devrait aller vers des actions de qualité, idéalement via des enveloppes fiscales optimisées comme une assurance-vie bien gérée ou un PEA avec une sélection axée sur la valeur et les dividendes stables. Enfin, les 10% à 20% restants pourraient être utilisés pour des paris plus tactiques ou des actifs réels via des véhicules moins liquides comme certaines SCPI ou des obligations d'entreprises bien notées, dont le rendement devenait soudainement intéressant avec la hausse des taux.
Ce n'est pas une formule magique, bien sûr, mais c'est une approche qui reconnaît la réalité économique de 2022 : l'argent ne peut plus se permettre de rester inactif, mais il doit être protégé de la volatilité extrême qui caractérisait cette période de transition monétaire.

