On a souvent tendance à enterrer le Japon un peu trop vite sous prétexte que sa croissance stagne depuis trois décennies alors que la Chine galope, mais c’est oublier que la richesse est un stock autant qu'un flux. Pour comprendre qui mène la danse, il faut plonger dans les méandres de la dette, de l'innovation et surtout de la démographie qui s'apprête à redistribuer les cartes de façon brutale dans les dix prochaines années.
La puissance brute contre le confort individuel : deux visions de la fortune
Regarder le PIB nominal, c'est un peu comme comparer un paquebot géant à un yacht de luxe. La Chine est ce paquebot, massif, impressionnant, capable de déplacer des montagnes de marchandises et d'influencer les cours mondiaux par sa seule inertie. Le Japon, lui, ressemble à ce yacht sophistiqué, moins imposant visuellement, mais dont les finitions et les équipements internes sont d'une qualité largement supérieure. Le Produit Intérieur Brut chinois dépasse désormais celui du Japon d'un facteur quatre, une bascule historique qui s'est opérée autour de 2010 et qui n'a cessé de s'accentuer depuis.
Le PIB nominal, ce chiffre qui flatte Pékin
Il n'y a pas photo sur le volume global. La Chine est devenue l'usine du monde, puis son laboratoire, et désormais son banquier. Avec une croissance qui, bien que ralentissant, reste largement supérieure à celle des pays développés, Pékin a accumulé une puissance de feu financière sans précédent. Reste que cette richesse est diluée dans une population de 1,4 milliard d'âmes. Résultat : quand on divise la richesse totale par le nombre d'habitants, le décor change du tout au tout.
Pourquoi le PIB par habitant reste la boussole du citoyen
C'est là où ça coince pour la Chine. Le PIB par habitant chinois plafonne aux alentours de 12 500 dollars, ce qui place le pays dans la catégorie des revenus intermédiaires supérieurs selon la Banque Mondiale. À côté, le Japon affiche fièrement environ 34 000 dollars par tête, malgré la dévaluation récente du yen qui a mécaniquement fait baisser ce chiffre en dollars. Mais au-delà des statistiques froides, c'est l'accès aux soins, la qualité des infrastructures publiques et la sécurité qui marquent la vraie différence de richesse. Je reste convaincu que le bien-être d'un pays se lit plus dans la propreté de ses rues de province que dans le nombre de gratte-ciels de sa capitale.
L'héritage nippon face à l'appétit chinois pour les actifs
Le Japon possède un atout que la Chine commence tout juste à construire : une épargne colossale et des investissements massifs à l'étranger. Depuis des décennies, les entreprises japonaises ont racheté des usines, des marques et des brevets partout dans le monde. C'est ce qu'on appelle la Position Extérieure Nette. Le Japon est le plus grand créancier du monde. En clair, le monde doit de l'argent au Japon.
Le patrimoine des ménages au pays du Soleil-Levant
Les familles japonaises sont assises sur une montagne de cash. On parle de plus de 2 000 billions de yens d'actifs financiers détenus par les particuliers. C'est une réserve de sécurité monumentale. Certes, le Japonais moyen ne vit pas dans un palais, l'espace étant une denrée rare sur l'archipel, mais il possède une stabilité financière que peu de peuples partagent. Et c'est précisément là que le contraste avec la Chine est le plus saisissant.
L'émergence fulgurante d'une classe moyenne en Chine
En Chine, la richesse est neuve, elle est parfois fragile et surtout, elle est massivement concentrée dans la pierre. Pour un Chinois de la classe moyenne, 70% de son patrimoine est souvent lié à son appartement. Or, on sait que le secteur immobilier chinois traverse une zone de fortes turbulences. Autant le dire clairement : la richesse chinoise est une richesse de papier qui dépend de la valeur des actifs immobiliers, tandis que la richesse japonaise est plus diversifiée et liquide.
Le rôle des géants de la tech chinoise dans la balance
Tencent, Alibaba, BYD. Ces noms ne sont plus de simples entreprises, ce sont des écosystèmes entiers qui génèrent des milliards de dollars. La Chine a réussi là où le Japon a un peu échoué ces vingt dernières années : créer des plateformes numériques dominantes. Ces entreprises sont les nouveaux moteurs de la richesse nationale chinoise, exportant leurs services et leurs technologies jusqu'en Europe et aux États-Unis, ce qui compense en partie la faiblesse du marché intérieur immobilier.
La face cachée de la richesse : dettes et fragilités systémiques
On ne peut pas parler de richesse sans regarder les cadavres dans le placard, à savoir la dette. Le Japon est souvent pointé du doigt pour sa dette publique dépassant les 260% de son PIB. C'est un chiffre qui ferait paniquer n'importe quel économiste si cette dette n'était pas détenue à 90% par les Japonais eux-mêmes. Le Japon se doit de l'argent à lui-même, ce qui change radicalement la donne en termes de souveraineté et de risque de faillite.
Le Japon, champion du monde de l'endettement public
Est-ce un signe de pauvreté ? Pas forcément. C'est plutôt le signe d'un État qui a financé son maintien à flot par l'emprunt massif. Mais tant que les taux d'intérêt restent bas et que la confiance des épargnants locaux est là, le système tient. Sauf que cette situation limite les marges de manœuvre pour investir dans les technologies de rupture. Le Japon gère son déclin avec une élégance rare, mais il reste un pays qui vit sur ses acquis.
La bulle immobilière chinoise, ce château de cartes menaçant
Du côté de Pékin, le problème est différent. La dette est moins publique et plus corporate ou locale. Les gouvernements provinciaux chinois se sont endettés jusqu'au cou pour construire des infrastructures parfois inutiles afin de doper les chiffres de la croissance. Le risque ici est une crise de confiance systémique. Si les prix de l'immobilier s'effondrent durablement, des millions de Chinois verront leur richesse s'évaporer en quelques mois. On est loin du compte par rapport à la sérénité japonaise.
Innovation et brevets : qui domine réellement le futur ?
La richesse de demain, c'est la propriété intellectuelle. Pendant longtemps, on a accusé la Chine de copier. C'est fini. Aujourd'hui, la Chine dépose plus de brevets que n'importe qui d'autre, notamment dans les batteries électriques, la 5G et l'intelligence artificielle. Mais le Japon n'a pas dit son dernier mot. Il reste le maître incontesté de la robotique de précision et des matériaux avancés. Le Japon possède une profondeur technologique que la Chine peine encore à égaler dans les domaines ultra-spécialisés.
Le savoir-faire industriel japonais n'est pas mort
Prenez l'industrie automobile. Toyota reste le premier constructeur mondial. Pourquoi ? Parce que la richesse japonaise repose sur une maîtrise des processus de fabrication qui frise la perfection. Le "Made in Japan" reste une garantie de valeur ajoutée que la Chine tente désespérément d'atteindre avec ses marques de voitures électriques comme NIO ou XPeng. Le Japon vend de la fiabilité, la Chine vend de la connectivité et du prix.
La Chine et la course à l'intelligence artificielle
Là, c'est le terrain de jeu de Pékin. Avec des bases de données gigantesques et une absence quasi totale de barrières liées à la vie privée, la Chine développe des outils d'IA qui vont générer une productivité monstrueuse. C'est une nouvelle forme de richesse, immatérielle, qui pourrait permettre à la Chine de dépasser définitivement le Japon en termes d'efficacité économique pure d'ici 2030. Mais est-ce que cela rendra les gens plus riches ou simplement l'État plus puissant ? C'est toute la question.
Inégalités et répartition de la fortune au sein de la population
Si vous marchez dans les rues de Tokyo, vous ne verrez quasiment pas de pauvreté extrême. La richesse au Japon est incroyablement bien répartie. C'est une société de classe moyenne homogène. En Chine, le contraste est violent. Vous avez des milliardaires à Shenzhen qui vivent dans un futur cyberpunk, tandis qu'à quelques centaines de kilomètres de là, dans les campagnes du Gansu, on vit encore comme au siècle dernier. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités, est bien plus élevé en Chine qu'au Japon.
Le modèle de cohésion sociale japonais
Le Japon a fait le choix de la stabilité sociale au détriment de la croissance explosive. C'est un luxe de pays riche. On préfère que tout le monde ait un emploi, même si c'est pour faire un travail un peu obsolète, plutôt que de laisser une partie de la population sur le carreau. Cette cohésion est une forme de richesse invisible mais capitale pour la pérennité d'une nation. Car un pays riche avec des citoyens en colère est un pays fragile.
Le fossé grandissant entre les côtes et l'intérieur chinois
La Chine essaie de corriger le tir avec sa politique de "prospérité commune". Mais c'est un défi titanesque. Transférer la richesse accumulée dans les métropoles côtières vers l'arrière-pays rural est un processus lent et douloureux. Tant que ce fossé ne sera pas comblé, la Chine ne pourra pas prétendre être un pays "riche" au sens global du terme. Elle reste une puissance riche avec une population encore majoritairement modeste. Soit dit en passant, c'est aussi ce qui fait sa force de frappe : une main-d'œuvre qui a encore faim.
Questions fréquentes sur la richesse en Asie
Le Japon peut-il redevenir la deuxième économie mondiale ?
Honnêtement, c'est flou, mais la réponse courte est non. La démographie japonaise est un boulet trop lourd. Avec une population qui diminue et vieillit, le Japon ne peut plus rivaliser en volume avec la Chine ou même les États-Unis. Son objectif n'est d'ailleurs plus la croissance, mais le maintien de sa qualité de vie. C'est un changement de paradigme que nous, Occidentaux, avons parfois du mal à saisir.
Est-ce que la Chine est plus riche que les États-Unis ?
En parité de pouvoir d'achat (PPA), la Chine a déjà dépassé les États-Unis. Cela signifie qu'avec la même somme d'argent, on peut acheter plus de choses en Chine. Mais en dollars sonnants et trébuchants, l'Oncle Sam garde une avance confortable. Et surtout, le dollar reste la monnaie de réserve mondiale, ce qui est une forme de richesse suprême que le yuan n'a pas encore réussi à détrôner.
Quel pays offre le meilleur salaire moyen ?
Le Japon, sans aucune hésitation. Un jeune diplômé à Tokyo commencera avec un salaire bien supérieur à son équivalent à Pékin, même si l'écart se réduit dans les secteurs de la tech. Mais là où le Japon gagne encore, c'est sur le pouvoir d'achat réel et la stabilité des prix, bien que l'inflation récente commence à titiller les portefeuilles nippons. On est loin du compte en Chine où le coût de la vie dans les grandes villes est devenu prohibitif par rapport aux salaires.
Le verdict final : une question de perspective
Alors, qui est le plus riche ? Si vous êtes un chef d'État ou un géopolitologue, la Chine est le pays le plus riche. Sa capacité à financer des infrastructures mondiales (les nouvelles routes de la soie), à construire une marine de guerre colossale et à dicter ses conditions commerciales en fait la puissance dominante. La richesse ici est synonyme de puissance et d'influence. C'est une force de frappe brute qui change le cours de l'histoire.
Mais si vous êtes un individu qui cherche la sécurité, la santé, un patrimoine stable et un environnement de vie sain, alors le Japon reste, et de loin, le pays le plus riche. La richesse japonaise est une richesse de civilisation, mûre, apaisée et surtout mieux partagée. Je trouve ça surestimé de ne regarder que les courbes de croissance du PIB sans voir ce qu'il y a derrière. La Chine est une puissance en devenir qui a encore tout à prouver sur sa capacité à offrir une vie prospère à l'ensemble de ses citoyens, tandis que le Japon est une puissance établie qui apprend à gérer l'après-croissance.
Bref, le Japon possède ce que la Chine achète : du temps, de la stabilité et une confiance sociale inébranlable. La Chine, elle, possède ce que le Japon a perdu : l'énergie de la jeunesse et une ambition dévorante. Au final, la richesse de l'un est le miroir des manques de l'autre. Le Japon est le pays du "mieux", la Chine est le pays du "plus". À vous de choisir quelle définition de la richesse vous préférez, mais personnellement, je préfère vivre dans un pays qui sait entretenir ses ponts plutôt que dans un pays qui en construit dix nouveaux par jour sans savoir s'ils tiendront vingt ans.
