Les relations énergétiques tendues entre l'Algérie et le Maroc
Les échanges énergétiques entre l'Algérie et le Maroc se limitent historiquement au gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe, fermé par Alger en 2021 après 25 ans de service. Ce pipeline, long de 1 200 km, transportait jusqu'à 13 milliards de m³ par an vers l'Espagne, mais son arrêt a scellé les liens gaziers bilatéraux. L'électricité, quant à elle, n'a jamais franchi les frontières de manière commerciale.
En 2023, l'Algérie produit environ 85 TWh d'électricité par an, dont 98 % à partir de gaz naturel, grâce à Sonelgaz qui domine le secteur avec une capacité installée de 28 000 MW. Le Maroc, via l'ONEE, atteint 45 TWh annuels pour une capacité de 12 000 MW, en diversifiant vers le solaire et l'éolien. Pourtant, aucune ligne haute tension ne relie Tlemcen à Oujda, à seulement 50 km de distance.
Les tentatives d'interconnexion remontent aux années 1980, avec un accord en 1989 pour une ligne de 400 kV, mais les travaux ont stoppé net en 1994 suite à la guerre du Golfe et des instabilités régionales. Aujourd'hui, les surcapacités algériennes – excédent de 5 000 MW en hiver – pourraient théoriquement alimenter le Maroc, mais la politique prime sur l'économie.
Pourquoi l'absence d'export d'électricité Algérie-Maroc persiste-t-elle ?
Les tensions diplomatiques Algérie-Maroc constituent le frein principal. La rupture des relations en 2021, motivée par le soutien marocain au plan d'autonomie saharien, a gelé tout projet commun. Alger accuse Rabat de proximité avec Israël, tandis que le Maroc dénonce le soutien algérien au Polisario. Résultat : zéro mégaoctet échangé depuis des décennies.
Techniquement, une interconnexion de 700 MW via une ligne de 400 kV coûterait autour de 500 millions d'euros, amortissable en 5-7 ans à un prix de 60 €/MWh. L'Algérie exporte déjà 2-3 TWh/an vers la Tunisie et l'Espagne via le HVDC depuis 2019 (700 MW de capacité), prouvant sa capacité logistique. Mais vers le Maroc ? Niet.
Sur le plan économique, le Maroc n'est pas un client prioritaire. Alger préfère les devises européennes stables aux échanges voisins instables. Et ironie du sort, tandis que l'Espagne paie 70 €/MWh pour de l'électra algérienne, le Maroc négocie des tarifs spot à 40 €/MWh avec l'Espagne – un marché saturé.
Capacités de production électrique en Algérie : un potentiel sous-exploité
Sonelgaz gère 95 % de la production algérienne, avec 22 GW thermiques et 6 GW renouvelables en développement. En 2022, la consommation nationale culmine à 18 GW en été, laissant un marge de 10 GW exportables. Les centrales à cycle combiné, comme celle de Terga (1 320 MW), atteignent 60 % de rendement, bien au-dessus de la moyenne arabe de 45 %.
Cette surcapacité – environ 20 % en moyenne annuelle – s'exporte partiellement : 1,5 TWh vers la Tunisie en 2023 à 55 €/MWh, et via l'Espagne depuis mars 2019 avec des pointes à 400 MW. Pourquoi pas le Maroc ? Parce que les lignes existantes vers l'est (Libye : 200 MW) saturent déjà les infrastructures frontalières.
Les investissements massifs, 5 milliards USD d'ici 2027 pour 7 GW solaires, visent l'autoconsommation et l'export européen. L'Algérie table sur 22 % d'énergies renouvelables d'ici 2030, réduisant sa dépendance au gaz domestique (70 milliards m³/an produits).
Mais attention : les blackouts récurrents en Algérie, comme en août 2023 avec 3 GW perdus, révèlent des faiblesses réseau. Exporter vers un voisin hostile ? Risqué.
Le réseau électrique marocain : dépendance aux importations espagnoles
L'ONEE pilote un système interconnecté à 225 kV et 400 kV, couvrant 45 000 km de lignes pour 41 millions d'habitants. Production 2023 : 43 TWh, dont 37 % renouvelables (Noor Ouarzazate : 580 MW solaire). Consommation en hausse de 6 %/an, projetant 60 TWh en 2030.
Les importations représentent 10-15 % des besoins : 4 TWh/an depuis l'Espagne via deux câbles sous-marins (Algeciras-Tanger : 400 MW depuis 2021, capacité totale 1 400 MW d'ici 2027). Tarifs variables : 50-80 €/MWh en hiver, couvrant les pics à 10 GW.
Aucune connexion avec l'Algérie, malgré la proximité. Le Maroc explore l'Égypte via la LIBYCO (projet de 3 000 km, 2 GW), mais les délais s'étirent jusqu'en 2030.
Projets d'interconnexion électrique Maghreb : échecs et perspectives
Le grand rêve maghrébin d'un réseau unifié date de 1988, avec l'Union du Maghreb arabe. Projet phare : ligne 400 kV Algérie-Maroc-Tunisie, 1 100 km pour 1 200 MW, budget initial 800 millions USD. Abandonné en 1994, relancé en 2003, stoppé par le gazoduc dispute.
Aujourd'hui, l'interconnexion Algérie-Tunisie (1 000 MW depuis 1987) turbine à 70 % d'utilisation, exportant 2,5 TWh/an. Vers la Libye : 300 MW opérationnels depuis 2022. Le Maroc, isolé, mise sur l'Espagne (import 5 TWh en 2023, +25 % vs 2022).
Perspectives ? Un câble sous-marin Maroc-Algérie via la Méditerranée ? Coût prohibitif à 2 milliards €. Plus réaliste : reprise post-diplomatique, mais les experts tablent sur 2035 minimum. En attendant, le Maroc accélère le Xlinks (3,6 GW solaire vers UK d'ici 2030).
Comparaison des marchés électriques : Algérie vs Maroc
L'export d'électricité Algérie-Maroc n'existe pas, mais comparons les forces. Algérie : leader gazier, prix spot interne 4 centimes/kWh, export 6-7 centimes. Maroc : tarifs 8 centimes/kWh résidentiel, leader renouvelables avec 52 % du mix en 2024 (vs 2 % Algérie).
Tableau chiffré : Algérie exporte 4 % de sa production (3,5 TWh/85 TWh), Maroc importe 12 % (5 TWh/43 TWh). Efficacité réseau : pertes Algérie 12 %, Maroc 8 %. Potentiel solaire : Maroc 5,5 kWh/m²/jour, Algérie 5,2.
Le Maroc gagne en attractivité pour les investisseurs étrangers (Masen attire 10 milliards USD), tandis que l'Algérie stagne à 2 milliards. Si interconnexion, Alger fournirait les bases loads, Rabat les pics renouvelables variables.
Impact des tensions géopolitiques sur les échanges énergétiques
La fermeture du GME en novembre 2021 a coûté au Maroc 1 milliard € en importations alternatives via LNG. Électricité suit le même chemin : pas de swap possible malgré besoins mutuels. L'Algérie perd 300 millions €/an en transit fees.
Débats internes : en Algérie, des voix au sein de Sonelgaz plaident pour une reprise pragmatique ; au Maroc, l'ONEE priorise la souveraineté (plan 52 % renouvelable 2030). Consensus ? Absent. Une micro-digression : imaginez un tweet présidentiel débloquant 500 MW – l'utopie maghrébine.
Scénarios futurs : normalisation diplomatique improbable avant 2026, mais un pic gazier mondial pourrait forcer la main. Pour l'instant, zéro volt transfrontalier.
Erreurs courantes et conseils pour analyser les flux électriques régionaux
Erreurs fréquentes : croire à des exportations occultes via Tunisie – faux, les compteurs frontaliers sont publics. Ou ignorer les surcoûts logistiques : une interconnexion terrestre coûte 30 % moins qu'un câble maritime, mais la politique gonfle le risque à 50 %.
Conseil pratique : consultez les rapports UTE (Union Technique de l'Électricité) pour données MW/GWh précises. Pour les investisseurs, misez sur le Maroc (retour 12 %/an renouvelables) plutôt que l'Algérie bloquée (8 %). Vérifiez toujours les bilans officiels Sonelgaz/ONEE : écarts de 5-10 % courants.
Autre piège : sous-estimer le stockage. Sans batteries (Maroc : 1 GW en 2025), les renouvelables ne compensent pas l'absence algérienne.
FAQ : questions fréquentes sur l'électricité Algérie-Maroc
Combien l'Algérie pourrait exporter vers le Maroc si interconnexion ?
Potentiel : 2-3 TWh/an initialement, via 600 MW en pointe. Prix compétitif à 50-65 €/MWh, couvrant 5 % des besoins marocains. Mais dépend d'une ligne 400 kV de 100 km, investissable à 200 millions € partagé.
Quelle alternative pour le Maroc face à l'absence d'électricité algérienne ?
Import Espagne (hausse à 2 GW d'ici 2027), solaire local (Noor 2 GW), et hydro (Al Wahda 1 000 MW). Coût global : stable à 60 €/MWh mixé, vs 70 € pur import.
Y a-t-il des projets concrets d'interconnexion électrique Algérie-Maroc en 2024 ?
Aucun avancé. Discussions bilatérales gelées ; focus régional sur Egypte-Maroc via Libye, mais retardé à 2030. Suivez l'AEM (Agence Electrique du Maghreb) pour mises à jour.
Conclusion : un horizon électrique maghrébin incertain
Est-ce que l'Algérie vend de l'électricité au Maroc ? Clairement non, et cela risque de durer tant que les contentieux politiques persistent. L'Algérie dispose d'un excédent gazier sous-exploité, le Maroc d'un réseau agile tourné renouvelables, mais l'absence de lien direct coûte cher aux deux : 500 millions €/an en opportunités perdues. Une reprise post-2030, dopée par la transition verte commune, reste plausible si diplomatie prime. En attendant, le Maghreb paie le prix de son isolement électrique, privilégiant des partenariats euro-méditerranéens plus fiables. Les données 2024 confirment : zéro échange, cent pour cent tensions.

