Attends, on parle de quoi là ? De pages ? De mots ?
Parce que bon, déjà, faut se mettre d’accord. Quand on dit « long », on parle de quoi ? De l’épaisseur du truc ? Du nombre de pages ? Du poids ? (Parce que j’ai vu un truc une fois, au musée de Lyon, un livre relié en plomb, mais bon, c’était plus une œuvre d’art qu’un truc à lire.) En vrai, ce qui compte, c’est le nombre de mots. C’est là que ça devient dingue.
Alors j’ai commencé à creuser. Et franchement, on tombe sur des trucs complètement barrés. Par exemple, il y a À la recherche du temps perdu de Proust — 3 000 pages, 1,3 million de mots. Impressionnant, ouais. Mais c’est pas le roi du classement. Pas du tout.
Le truc avec Marcel, c’est qu’il met 20 pages à décrire un coucher de soleil
Je l’aime bien, Proust, hein. Mais bon, il fait chier un peu. T’as envie de lui dire : « Marcel, on a compris, la madeleine, la tante Léonie, le plancher qui grince… avance ! » Mais bon, c’est de la littérature. Ça compte. Mais même lui, il est loin du compte.
Le vrai monstre, c’est un truc que j’avais jamais entendu : Aleph de Ryōichi Kurokawa. Attends, tu connais pas ? Moi non plus, jusqu’à hier. C’est un Japonais, artiste multimédia, et il a conçu un projet en 2015 où il a utilisé des algorithmes pour générer un « livre » de… 100 000 000 de pages. Oui, cent millions. Pages. Pas de mots, des pages. Et chaque page contient un motif visuel unique, généré par IA. Il est stocké sur un disque dur. Et il pèse environ 21 téraoctets.
Attends. Un livre de 21 téraoctets ? C’est quoi ce délire ? C’est encore un livre, ça ? Parce que là, on sort du domaine de la lecture, on entre dans l’art conceptuel. C’est beau, c’est fou, mais tu vas pas t’installer avec un thé pour lire Aleph tranquillement. Tu pourrais même pas l’imprimer — il faudrait des forêts entières, et ton dos exploserait au troisième volume.
Mais si on parle de truc écrit par un humain, avec des phrases, du sens… là, on change de terrain
Parce que bon, Aleph, c’est un peu de la triche, non ? C’est une machine qui l’a fait. Moi, je veux du texte écrit par un cerveau humain, avec des nuits blanches, du café, des doutes existentiels. Alors là, on revient à des trucs un peu plus… lisibles.
Et là, le champion, c’est Remembrance of the Daleks de Paul Auster… Non, attends, je déconne. C’est pas ça. Ah si : La Comédie humaine de Balzac. 90 romans, nouvelles, études, tout ça reliés entre eux. Au total ? Environ 2,4 millions de mots. Et il voulait en faire encore plus, mais il est mort. À 51 ans. À force de bosser comme un dingue, de boire du café noir, de fumer comme un pompier. Le mec a écrit la moitié de la France.
Je me souviens, en fac de lettres, on devait lire Le Père Goriot. J’ai mis trois semaines. Et j’étais pas le seul. Il y en avait un, Samir, qui l’a rendu en disant : « J’ai lu les 20 premières pages, après j’ai regardé la série. » Le prof a soupiré, mais bon, il comprenait. Balzac, c’est dense. C’est riche. C’est chiant parfois. Mais c’est monumental.
Mais attends… et les bouquins religieux ?
Parce que là, je me suis dit : et si on parlait des textes sacrés ? Le Chuang Tzu, les Mahābhārata… Surtout le Mahābhārata. Ce truc, c’est énorme. 1,8 million de mots. 100 000 vers. Et c’est à la fois un poème, une épopée, une leçon de philosophie, une série familiale compliquée comme pas permis. Des trahisons, des guerres, des dieux, des frères qui s’entretuent… Un peu comme Game of Thrones, mais en sanskrit, et avec 2000 ans d’avance.
Je l’ai entamé une fois, pendant un été à Bordeaux, chez ma tante. Elle me l’a prêté en disant : « Tu verras, c’est passionnant. » J’ai lu 50 pages. Et puis j’ai préféré aller à la plage. Mais j’ai gardé le livre. Il trône sur mon étagère, comme un rappel de mes bonnes intentions.
Et si on parlait de trucs complètement fous, genre les encyclopédies ?
Parce que bon, l'Encyclopædia Britannica, c’est 44 millions de mots. Mais c’est pas un seul auteur. C’est une équipe. Alors on va dire que ça compte pas vraiment. Pareil pour Wikipédia — si tu imprimes tout, t’as des tours Eiffel en papier. Mais c’est pas un « livre » au sens classique.
Non, moi ce qui m’intéresse, c’est l’humain seul face à sa page blanche. Qui a eu cette folie ? Cette envie de tout dire, de tout raconter ?
Finalement, le livre le plus long, c’est peut-être celui qu’on n’a pas encore lu
J’y pense souvent. Parce que bon, on peut parler de chiffres, de records, mais… le livre le plus long, c’est peut-être celui qui t’accompagne des années. Celui que tu ouvres, que tu refermes, et que tu relis. Comme Madame Bovary, que j’ai lu à 18 ans, mal, vite, sans comprendre. Et que j’ai relu à 30, et là, paf, j’ai pleuré. Pas parce que c’était long, mais parce que j’étais long à comprendre.
Vous savez quoi ? Peut-être que la longueur, finalement, c’est pas dans les mots. C’est dans ce que ça te fait. Dans le temps qu’il reste en toi.
Mais bon, si on veut un nom, un truc à citer en soirée pour faire genre t’es cultivé… Alors disons que le Mahābhārata est le plus long ouvrage littéraire jamais composé par l’humain. Et Aleph, le plus long truc qui porte le nom de « livre », même si c’est un peu de la science-fiction.
Après, si tu veux un conseil perso ? Lis pas tout d’un coup. Commence par un truc court. Un peu de Camus. Ou un bon polar. Parce que sinon, tu finiras comme moi, avec une étagère pleine de promesses non tenues.
Enfin bref. Et toi, t’as déjà lu un livre de plus de mille pages ? Raconte.
