Ce n'est pas une question ouverte, loin de là. C'est une simple déclaration d'introduction, un marqueur social. Et c'est là que réside toute la difficulté, car les codes sociaux changent vite, surtout quand on passe de la politesse française à celle, souvent plus directe, des pays anglophones.
L'héritage : Pourquoi cette formule existe-t-elle encore ?
Si vous lisez de vieux romans, ou si vous regardez des films d'époque se déroulant à l'époque victorienne ou édouardienne, vous entendez cette phrase partout. Elle était l'équivalent exact de notre "Enchanté de faire votre connaissance" ou d'une salutation très formelle entre inconnus de statut social équivalent. Elle ne demandait pas un compte rendu détaillé de votre état de santé ou de vos activités récentes, non, c'était juste une reconnaissance polie de l'existence de l'autre dans un cadre formel.
J'ai remarqué, en étudiant les manuels d'anglais des années 50, que cette formule était enseignée comme LA manière de se présenter. Du coup, beaucoup de gens qui ont appris l'anglais il y a longtemps restent bloqués dessus. Mais le monde a évolué, et le langage avec lui. Aujourd'hui, dans 99% des interactions, si vous dites "How do you do?" à un collègue ou à un ami d'ami, vous allez probablement obtenir un regard interrogateur, ou pire, une réponse du type : "Je vais bien, merci, et toi ?" – ce qui montre que l'interlocuteur n'a pas compris que ce n'était pas une vraie question.
Le verdict moderne : Quand est-ce *vraiment* approprié de dire "How do you do?"
Alors, y a-t-il des moments où cette phrase passe encore le barrage du ridicule ? Oui, mais ils sont rares et très spécifiques. Je dirais qu'il faut l'associer mentalement à des événements où la tradition prime sur la fluidité conversationnelle.
Pensez aux événements de très haute société britannique, par exemple. Si vous êtes invité à des courses hippiques prestigieuses comme Ascot, ou si vous rencontrez un membre de la noblesse pour la première fois dans un cadre officiel, il est possible que votre hôte utilise cette formule. Dans ce cas précis, l'utiliser en retour est un signe de respect pour le protocole en vigueur. Cela montre que vous comprenez les règles subtiles du jeu social.
Autre cas, très rare : certaines cérémonies diplomatiques ou des rencontres d'affaires internationales où les participants viennent de cultures où la formalité est encore le standard absolu. Même là, je conseillerais d'attendre que l'autre personne ouvre le bal avec cette formule. Si vous êtes en position d'infériorité hiérarchique, il vaut mieux s'en tenir à un simple "It's a pleasure to meet you."
L'erreur classique : Quand ne *jamais* utiliser cette phrase
C'est là que je pense qu'il faut être le plus prudent. Les francophones ont tendance à sur-formaliser l'anglais parce que nous sommes habitués à un registre soutenu pour marquer le respect. Mais en anglais, cette sur-formalisation sonne souvent faux ou condescendant.
N'utilisez jamais "How do you do?" dans les situations suivantes, je vous le garantis :
- Pour saluer un ami ou un collègue que vous voyez tous les jours.
- Dans un café, un restaurant, ou un magasin (sauf si le personnel est formé spécifiquement pour un service ultra-luxueux, ce qui est rarissime).
- Lors d'une première rencontre informelle où vous êtes introduits par un ami commun lors d'un dîner décontracté.
Si vous entrez dans un bureau moderne à Londres et que vous dites "How do you do?" au manager que vous venez rencontrer pour un entretien, il y a de fortes chances qu'il pense que vous faites une blague ou que vous avez mal compris le niveau d'engagement requis pour la réunion. Selon moi, on confond souvent la politesse avec la rigidité. La politesse moderne, c'est la clarté et la chaleur, pas la distance.
Les alternatives indispensables : Que dire à la place pour paraître naturel
Si "How do you do?" est une relique, quelles sont les options viables pour les introductions et les salutations quotidiennes ? J'ai remarqué que la simplicité gagne toujours.
Pour une première rencontre (le contexte où "How do you do?" était autrefois roi), optez sans hésiter pour :
"Nice to meet you." C'est clair, chaleureux, et universellement compris. Si vous voulez ajouter une petite touche, vous pouvez dire : "It’s very nice to finally meet you."
Pour les salutations régulières (le remplacement de "How are you?"), variez un peu. C'est ce qui rend votre anglais humain. J'aime bien utiliser des formes plus courtes, plus détendues :
- "How’s it going?" (Très courant aux États-Unis).
- "What’s up?" (Extrêmement décontracté, à réserver aux pairs).
- "How have you been?" (Si vous ne l'avez pas vu depuis quelques semaines).
Le point crucial, c'est que ces alternatives appellent une réponse normale : "Good, thanks," ou "Not too bad."
La réponse attendue : Comment réagir quand on vous le demande
Ceci est l'astuce la plus importante, et celle qui fait échouer la plupart des gens qui pensent utiliser "How do you do?" correctement. Si quelqu'un vous dit "How do you do?", la réponse attendue n'est pas "I am fine, thank you."
La réponse attendue, si vous êtes dans le contexte ultra-formel où cette phrase est utilisée, est de lui renvoyer la même formule : "How do you do?"
Imaginez la scène : M. Dupont rencontre Lord Kensington. Lord Kensington dit : "How do you do?". M. Dupont, pensant bien faire, répond : "I am having a terrible week, my cat is sick, and the traffic was awful." C'est un désastre social. Lord Kensington s'attendait à un simple écho rituel.
Si vous n'êtes pas sûr du contexte, et que vous ne voulez pas risquer de paraître soit trop familier, soit trop archaïque, il est préférable d’utiliser une formule d’introduction standard comme "Pleased to meet you" et d’attendre la suite de la conversation.
Le facteur géographique : Est-ce différent à Londres ou à New York ?
Absolument. Je pense que la formalité est beaucoup plus ancrée dans la culture britannique que dans la culture américaine. Aux États-Unis, même dans les cercles d'affaires haut de gamme, on privilégiera rapidement "It’s a pleasure to make your acquaintance" ou simplement "How are you doing today?". L'Américain moyen trouve "How do you do?" étrange, voire prétentieux.
En revanche, au Royaume-Uni, surtout dans les institutions établies (la finance, le droit, la politique traditionnelle), cette expression conserve une résonance. Même si elle est peu utilisée, elle est mieux comprise comme un marqueur de très haute formalité. Mais attention, même dans ces milieux, je crois que la tendance est à l'assouplissement. L'ère du tutoiement linguistique progresse partout, même si c'est plus lent outre-Manche.
Conclusion : Ma recommandation personnelle pour l'usage courant
Si vous me demandez, en tant que rédacteur qui passe son temps à analyser les nuances de la langue, mon conseil final est le suivant : oubliez "How do you do?" pour vos interactions quotidiennes. Conservez-le dans votre répertoire mental comme une curiosité historique ou une petite arme secrète si vous devez un jour vous retrouver à une réception de gala où le protocole est roi. Pour tout le reste, privilégiez la simplicité et la chaleur de "How are you?" ou "Nice to meet you". C'est plus authentique, c'est plus moderne, et surtout, c'est beaucoup moins risqué. Vous aurez l'air d'un locuteur compétent et non d'un personnage sorti d'un roman de Jane Austen.

