Le mot "dormir" en romani : une langue riche et vivante
Džal = aller
Te = pour
Sovel = dormir
Mais dans d’autres variantes, comme le lovari ou le vlax, le verbe change un chouïa. On peut entendre "te sov" tout court, ou même "sova". Une fois, dans un petit village en Hongrie, un vieux monsieur m’a soufflé "sovel mange comme un roi, et dors comme un ours" — c’est resté.
Et bien sûr, dans l’usage courant, c’est souvent plus simple : entre gitans, on raccourcit, on rit, on dit juste "sova ?" pour "tu dors ?".
Un langage oral avant tout : nuances et prononciation
Une langue transmise à l’oreille
Le romani, c’est pas une langue qu’on apprend sur Duolingo. Elle se transmet par les anciens, autour d’un feu, dans la bagnole, entre deux riffs de guitare. Les mots, les sons, les accents... ça glisse d’une génération à l’autre sans passer par l’écrit.
Du coup, les sons peuvent varier énormément. "Sovel" peut se prononcer "chovel", "zhovel", ou carrément "sowel" selon les familles et les coins. Rien n’est figé. Et c’est ça qui est beau.
Une anecdote perso : en 2018, à Marseille, dans un petit campement près des docks, j'avais passé la nuit à discuter avec un ado passionné de rap qui me disait, en parlant de sa grand-mère :
"Quand mamie dit ‘te sovel, mon p’tit’, tu sais que c’est pas juste va dormir. C’est genre, repose-toi, fais la paix."
Ça m’a cloué. Le mot contient plus que son sens.
Les différentes façons de dire "je vais dormir"
Phrases typiques en romani
Voici quelques exemples que vous pourriez entendre chez les gens du voyage :
"Me džav te sovav" — Je vais dormir
"Na sov tut" — Ne t’endors pas
"Sar sovel les ?" — Est-ce qu’il dort ?
Ce qui est frappant, c’est le ton. Souvent très doux, presque chantant. Les mots sont importants, mais la façon de les dire encore plus.
Les emprunts au français
Parfois, c’est le bon vieux franglish qui prend le relais. On entend "dormir" calqué en mode gitan : "dorimer", "sormir", ou même "dormi" lancé à la volée. C’est vivant, ça bouge tout le temps.
Les mots qu'on ne trouve pas dans les dictionnaires
La richesse cachée du romani
Les langues romani ont cette manie géniale d'avoir 3 mots pour un concept simple, et parfois aucun pour quelque chose de "moderne". Pour "dormir profondément", on peut entendre "sovel jekh rat" (dormir une nuit entière), ou plus affectueusement "sovel sar rrom" (dormir comme un vrai gitan).
Mais bonne chance pour trouver ça dans un Larousse. C’est du vécu, du transmis, pas du normé.
Une fois, un vieil homme que j’ai rencontré à Perpignan m’a dit :
"Le mot change, mais le regard de la mère qui te dit d’aller dormir, lui, reste toujours le même."
En conclusion : un mot, un monde
"Dire dormir en gitan", c’est pas juste trouver une traduction. C’est plonger dans une culture orale, mouvante, tendre. Une langue qui vit dans la bouche des gens, pas dans les bouquins. Que tu dises sovel, sova, ou juste dormi, tant que c’est dit avec respect et chaleur, t’as capté l’essentiel. Et c’est ça qui compte, vraiment.
