On a tendance à croire que les États sont éternels. Grave erreur. L'histoire est un cimetière de nations. Le truc c'est que, pour la première fois, ce ne sont plus seulement les guerres qui redessinent la mappemonde, mais des forces invisibles comme le climat ou le refus de faire des enfants. Là où ça coince, c'est que notre droit international n'est absolument pas prêt à gérer des "États sans territoire".
L'océan grignote les terres : le cas désespéré des archipels du Pacifique
Le changement climatique n'est pas une menace lointaine pour tout le monde. Pour certains, c'est déjà une réalité qui frappe à la porte, ou plutôt qui s'infiltre sous le pas de la porte. Les petits États insulaires sont en première ligne. On ne parle pas ici d'une simple érosion côtière, mais d'une submersion totale et définitive. Prenez Tuvalu. Ce minuscule archipel de neuf îles culmine à peine à 4,5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Autant dire que la marge de manœuvre est inexistante.
Tuvalu et la stratégie désespérée de l'État numérique
Le gouvernement de Tuvalu a pris une décision qui semble sortir d'un roman de science-fiction. Puisque leur terre physique est condamnée par la montée des eaux (on estime que 50 % de la capitale Funafuti sera inondée quotidiennement d'ici 2050), ils ont décidé de devenir la première "nation numérique" au monde. L'idée ? Télécharger leur culture, leur histoire et leurs archives sur le cloud. Mais reste que, sans terre, peut-on encore parler d'un pays ? Le droit international, basé sur la Convention de Montevideo de 1933, exige un territoire défini pour reconnaître un État. Si le territoire coule, le siège à l'ONU coule-t-il aussi ? C'est un flou juridique total qui angoisse les diplomates.
Kiribati et l'achat de terres à l'étranger
À Kiribati, la situation est tout aussi critique. Le pays a déjà acheté 20 kilomètres carrés de terres aux Fidji pour assurer sa sécurité alimentaire et, éventuellement, y déplacer sa population. C'est du jamais vu. Imaginez un pays entier qui déménage chez son voisin. Le problème, c'est que les habitants de Kiribati ne veulent pas être des réfugiés climatiques sans racines. Ils veulent rester Kiribatiens, même sur une terre étrangère. Or, la logistique d'un tel transfert est un cauchemar administratif et humain. On est loin du compte en termes de préparation internationale pour accueillir ces populations déplacées.
Les chiffres qui donnent le vertige pour 2100
Les rapports du GIEC sont formels : si nous continuons sur cette trajectoire, le niveau moyen des mers pourrait grimper de 1 mètre d'ici la fin du siècle. Pour des pays comme les Maldives, où 80 % des 1 190 îles se situent à moins de 1 mètre d'altitude, le calcul est vite fait. Plus de 500 000 habitants devront trouver un nouveau foyer. Ce n'est pas une probabilité, c'est une échéance mathématique. Résultat : ces nations pourraient techniquement cesser d'exister physiquement avant que vos petits-enfants n'atteignent l'âge de la retraite.
Le suicide démographique : quand un pays s'éteint faute de citoyens
Il existe une autre façon de disparaître, beaucoup plus silencieuse et insidieuse. Pas besoin de vagues géantes ou de bombes. Il suffit que les berceaux restent vides. C'est ce qui guette certaines puissances asiatiques et européennes. On n'y pense pas assez, mais un pays n'est rien sans son peuple. Si la population s'effondre, les structures de l'État suivent le même chemin, jusqu'à ce que le pays ne soit plus qu'une coquille vide administrée par des robots ou absorbée par des voisins plus dynamiques.
La Corée du Sud face au mur de 0,7
Le cas de la Corée du Sud est proprement terrifiant. Avec un taux de fécondité tombé à 0,72 enfant par femme en 2023, le pays est en train de s'évaporer. Pour stabiliser une population, il faut 2,1 enfants par femme. À ce rythme, la population sud-coréenne de 51 millions d'habitants pourrait être divisée par deux d'ici la fin du siècle. Je reste convaincu que c'est le défi le plus existentiel du XXIe siècle, bien plus que les tensions avec le Nord. Une société qui ne se renouvelle plus finit par perdre sa capacité d'innovation, de défense et, finalement, sa raison d'être nationale.
Le Japon et le syndrome de la maison vide
Le Japon suit une trajectoire similaire, bien qu'un peu moins brutale. On y compte déjà des millions de "akiya", ces maisons abandonnées dans les zones rurales parce qu'il n'y a plus personne pour y vivre. Le pays perd environ 800 000 habitants par an. C'est comme si une ville de la taille de Marseille disparaissait chaque année de la carte. Sauf que le Japon refuse encore une immigration massive qui pourrait compenser ce déclin. Du coup, on assiste à une contraction lente mais inexorable de la nation nippone.
L'implosion géopolitique : les frontières qui ne tiennent plus
Parfois, un pays disparaît parce qu'il se fragmente de l'intérieur. Les tensions ethniques, religieuses ou économiques finissent par faire sauter les coutures de la carte. On a vu l'URSS exploser en 15 morceaux en 1991. Qui sera le prochain ? Certains experts regardent avec inquiétude vers des États dont la cohésion nationale ne tient plus qu'à un fil, ou à la poigne d'un dictateur vieillissant.
La Libye et le spectre de la partition
Depuis la chute de Kadhafi, la Libye n'est plus vraiment un pays unifié. Elle est coupée en deux, voire en trois, avec des gouvernements rivaux à l'Est et à l'Ouest. Est-ce que la Libye existera encore sous sa forme actuelle dans vingt ans ? Rien n'est moins sûr. La tendance est plutôt à la création de micro-États plus homogènes mais plus fragiles. C'est un peu comme si le concept même d'État-nation hérité de la colonisation était en train de rendre l'âme en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
Le cas épineux de la Belgique et de l'Espagne
N'allez pas croire que cela n'arrive qu'ailleurs. En Europe, la Belgique vit dans un état de divorce permanent entre la Flandre et la Wallonie. Jusqu'ici, le compromis à la belge a fonctionné, mais pour combien de temps ? En Espagne, la Catalogne a montré que les velléités d'indépendance ne sont pas des feux de paille. Si ces régions font sécession, le pays d'origine ne "disparaît" pas totalement, mais il change de nature, de poids économique et d'identité. La fragmentation est le nouveau moteur de l'histoire européenne.
Les États faillis : quand l'économie s'effondre totalement
Un pays peut aussi disparaître parce qu'il n'est plus capable d'assurer les fonctions de base d'un État : sécurité, monnaie, services publics. On appelle cela un État failli. Dans ces zones grises, le drapeau flotte encore à l'ONU, mais sur le terrain, ce sont les gangs, les milices ou les cartels qui font la loi. Haïti en est l'exemple le plus tragique actuellement. Le gouvernement n'y contrôle plus grand-chose, et la capitale est aux mains de groupes armés.
Quand l'inflation atteint des millions de pourcents, comme on l'a vu au Zimbabwe ou au Venezuela, la monnaie nationale disparaît. Et quand la monnaie disparaît, une partie de la souveraineté s'en va avec elle. Le pays devient une zone d'influence pour les puissances voisines ou pour des entités transnationales. À ceci près que personne ne veut vraiment annexer un pays en ruine, on préfère le laisser pourrir sur pied, ce qui est peut-être pire que la disparition pure et simple.
La montée de la "Souveraineté Numérique" et les nations virtuelles
Et si le futur des pays n'était plus géographique ? C'est une hypothèse qui gagne du terrain. Avec l'essor du télétravail, des cryptomonnaies et du métavers, certains imaginent des nations basées sur l'adhésion à des valeurs ou à des protocoles plutôt que sur le partage d'un sol. C'est une vision qui me semble un brin optimiste, voire naïve, car au bout du compte, on a toujours besoin de manger et de dormir quelque part physiquement.
Cependant, des projets comme "NationStates" ou les initiatives de citoyenneté numérique de l'Estonie montrent que la notion de pays devient plus fluide. L'Estonie propose déjà une "e-residency" qui permet à n'importe qui dans le monde de créer une entreprise dans l'UE sans y mettre les pieds. Si un pays comme Tuvalu perd son sol mais garde ses citoyens connectés et sa reconnaissance diplomatique, il devient une nation purement numérique. C'est un saut dans l'inconnu qui redéfinit totalement ce qu'est un pays.
Idées reçues sur la fin des nations
On entend souvent que la mondialisation allait tuer les États-nations. C'est faux. On n'a jamais vu autant de nouveaux pays apparaître que depuis cinquante ans. Le problème, ce n'est pas la disparition de l'idée de pays, c'est l'inadéquation entre les frontières actuelles et les réalités climatiques ou culturelles du XXIe siècle. On imagine aussi que les grands pays sont protégés. Pourtant, l'histoire nous montre que plus un empire est vaste, plus sa chute est spectaculaire. La taille n'est pas un gilet pare-balles contre l'effondrement systémique.
Une autre erreur consiste à croire que la technologie peut tout compenser. On pense aux îles artificielles de Dubaï pour sauver les nations insulaires. Sauf que le coût de construction et d'entretien de telles structures est prohibitif pour des pays pauvres. La technologie est une solution de riche pour un problème qui frappe d'abord les pauvres. Honnêtement, c'est flou de savoir comment ces populations vont s'adapter sans une solidarité internationale massive qui, pour l'instant, brille par son absence.
Questions fréquentes sur l'avenir des pays
Quel est le pays le plus menacé par la montée des eaux ?
Sans aucun doute les Maldives et Tuvalu. Les Maldives ont déjà envisagé d'épargner une partie de leur PIB touristique pour acheter une nouvelle patrie en Inde ou en Australie. C'est une course contre la montre contre l'érosion et l'acidification des océans qui détruit les barrières de corail protectrices.
Est-ce qu'un pays peut vraiment être supprimé de la carte ?
Juridiquement, c'est compliqué. Un État ne cesse d'exister que s'il est annexé par un autre, s'il se fragmente totalement ou s'il perd son territoire et sa population. Mais dans les faits, un pays peut devenir une "fiction juridique" : il existe sur le papier mais n'a plus aucune réalité concrète sur le terrain.
Quels sont les nouveaux pays qui pourraient apparaître ?
Le Bougainville (actuellement en Papouasie-Nouvelle-Guinée) a voté pour son indépendance et pourrait devenir le prochain État souverain. On regarde aussi de près le Groenland, qui s'éloigne lentement de la tutelle danoise à mesure que la fonte des glaces rend ses ressources naturelles plus accessibles.
Verdict : Vers une géographie de l'éphémère
L'avenir de la carte du monde s'annonce particulièrement instable. Entre les nations qui coulent littéralement sous les flots et celles qui se vident de leur substance humaine, le concept d'État-nation tel qu'on l'a hérité du traité de Westphalie est en train de prendre l'eau. L'adaptation sera le maître-mot des prochaines décennies. Il est fort probable qu'en 2100, la liste des membres de l'ONU soit radicalement différente de celle d'aujourd'hui, avec des absents notables et des nouveaux venus nés du chaos climatique ou numérique.
Au fond, le plus grand danger pour un pays n'est pas sa disparition physique, mais l'oubli. Tant qu'une culture et une langue survivent, la nation existe, même sans terre. Mais quand la terre s'en va et que la population se disperse, le risque de dissolution totale devient immense. Nous entrons dans une ère où les frontières seront plus mouvantes que jamais, nous rappelant que sur cette planète, nous ne sommes que des locataires dont le bail peut être résilié par la nature ou par notre propre folie démographique.

